Mot à  Mo J'aime les mots et écrire, même maladroitement

18jan/120

Cap Frehel…

Un voile d'humidité grise recouvrait la lande tandis que s'effaçait bientôt le vieux phare de pierres sombres posé sur le bord de la falaise. La Manche roulait ses eaux terreuses vers le rivage ourlant chaque rouleau d'une écume de rage...

Depuis un moment déjà un ciel lourd de reproches nous annonçait le grain qui  au loin zébrait Fort La Latte et plus loin les côtes de Saint-Brieuc. Le vent de plus en plus fort s'engouffrait entre les bâtiments donnant un écho lugubre à ses brutales rafales.

Face à la mer, vacillante et fragile, à scruter un horizon estompé et brumeux, je ne pouvais détacher mon regard de ces flots impétueux qui inlassablement s'attaquaient aux  schistes bruns soulignant la côte. Plus rien alentour. Depuis un moment nul ne se risquait au bord de la falaise, et le rideau de pluie masquait le littoral. Plus rien qu'une houle fiévreuse...

Alors je réalisai combien la nature ce jour là avait su fidèlement traduire mes sentiments et mon idée de la solitude. La force démesurée de cet océan démonté me ramenait brutalement à l'essentiel, me rappelant sans ambages ma vulnérabilité... Ce tumulte d'eau et de vent ressemblait  curieusement au silence, car expurgé de tous bruit civilisé, un silence primitif ... L'eau  sauvage amante pour quelques heure seulement d'un ciel  nébuleux et fuyant, dénuée de la moindre humanité... Seule, je me sentais l'Eve d'un monde originel, seule, sans recours et cependant libérée... Toute ma colère, toutes mes attentes me semblaient vaines... Chaque rouleau fracassé me remémorait mon douloureux passé, me donnait  l'envie d'un cri que personne n'entendrait, mais qui me libérerait de cet souffrance inavouée... Chaque lame argentée me rappelait combien mon avenir était précaire... Non, les années n'avaient rien apaisé, ou pas autant que je voulais bien m'en persuader...

Le crachin depuis un moment se dérobait sous la morsure d'une pluie glaciale, il me fallut presque m'arracher à ce spectacle cyclopéen tant la violence des éléments m'hypnotisait... A quelques mètres seulement de l'à-pic le brouillard diaphane permettait l'esquisse d'une civilisation, le charme était rompu...

8déc/110

« Silicone » Valley…

Raisonnable jusqu'à nier mes craintes face aux carabins qui jusqu'ici m'affirmaient combien mon inquiétude était injustifiée... Patiente jusqu'à retarder de les rappeler pour ne pas ajouter aux centaines de patientes affolées par les dernières informations passées au travers du filet de silence dont on nous entourait...

Je ne sais plus à quel "sein" me vouer !...

Pendant des mois taire ma préoccupation qui aurait été taxée d'absurde ou d'illégitime... Sagement décider de n'écouter qu'une voix, celle de mon chirurgien, peu prolixe par ailleurs, de ne pas me perdre dans les méandres d'Internet, de ne pas me laisser bêtement alarmer par des avis non contrôlés...

Et toujours cette incertitude... A quand " l'Intercession des "seins"...

Apprendre la mort d'une femme aux seins siliconés et jusqu'à l'effarement constater qu'alors seulement l'urgence semblerait s'imposer... Être enfin convoquée et repasser tous ces examens qui vous laissent des heures dans l'attente et le tourment des résultats...

Ne pas réussir à obtenir une réponse claire à une question simple : "Faut-il ou non conserver en son  sein ces prothèses frelatées ? Pire, devoir se justifier d'une inquiétude, pour ne jamais savoir si la décision prise le sera pour des raisons thérapeutiques, de budget, de politique sanitaire, ou de protection contre une patiente  hypocondriaque potentiellement "à problèmes" pouvant éventuellement "porter plainte" contre un état de faits dont personne n'endosse la responsabilité ni ne trouve de solution !

Un laboratoire qui n'existe plus et n'est donc plus ni crédible ni solvable... Des médecins qui parlent à mots pesés, qui ne s'engagent en rien dans une décision qu'ils vous laissent "libre" de prendre ou pas.... Comme si soudain  leur science toute entière nous était déléguée !!!!!

LÂCHETÉ !!!

Je réclame seulement un diagnostic et un conseil précis à des professionnels instruits et expérimentés, dont c'est le métier,  pour éclairer les victimes néophytes que nous sommes !

Et qu'enfin, on cesse d'opposer porteuses de prothèses à des fins thérapeutiques et porteuses de prothèses à des fins esthétiques ! Comme si ces dernières étaient tenues pour responsables des malversations d'un laboratoire malhonnête ! Comme si cette quête d'esthétisme devait être jugée et punie d'une façon ou d'une autre ! Si bien entendu la démarche n'a rien de comparable, le résultat espéré doit en tous cas répondre aux mêmes impératifs sanitaires de santé publique, et l'obligation pour elles comme pour nous de repasser sur le billard doit être pris en charge de la même façon ! Que je sache, nous nous en serions bien passées  les unes et les autres !

A toutes les victimes des profits réalisés au détriment de notre santé par des gens peu scrupuleux !

 

On serre toujours contre son sein ceux qu'on aime, et l'art d'écrire n'est que celui d'allonger ses bras... (Diderot dans une lettre à Sophie VOLLAND)

* Voir précédemment "Crabes fourbes ou méduses frelatées" Mot-a-mo.com Mars 2011

 

1déc/110

Une cigogne… 30 Novembre 2011 – OSCAR

Une cigogne pourtant bien au chaud sous les Tropiques n'a pas attendu Février pour revenir dans nos contrées... En cette fin Novembre l'occasion était d'importance : elle a déposé un beau petit bébé dans les bras impatients de ses parents... Fatigué après un si long voyage, notre petit gars s'y est endormi sans faire plus de façons !

Ainsi, Petit Bout, te voici enfin parmi nous ! Ces neufs mois nous ont parus bien longs...

Pour tout dire j'en suis encore toute retournée ! Si j'ai bien entendu qu'enfin tu étais né, je ne suis pas sûre de l'avoir vraiment réalisé... Une bulle de bonheur me tient en son giron depuis quelques heures et me laisse rêveuse...  Ainsi, tant d'années ont déjà filé ?!...

Je me revois toute jeune accouchée regarder dormir mon bébé, heureuse comme je ne savais pas qu'on pouvait l'être, mais déjà habitée d'une sourde inquiétude qui ne me quitterait jamais plus... Ce petit bout de zan qui est devenu ton Papa, ce petit, tout petit enfançon qui respirait si calmement entre ses draps blancs, s'était, en quelques heures, approprié toute ma raison d'exister... Rien ne devait lui arriver de fâcheux, et j'hésitais entre exulter de joie ou m'effondrer en larmes sous ces trois petits kilos de responsabilité...

Ainsi demain je viens à ta rencontre... J'en suis toute intimidée... Pas plus haut que trois pommes, je sens bien cependant que c'est toi qui mènera l'entretien... Il va me falloir "grave assurer" comme "ils" disent aujourd'hui... Je vais tâcher de mettre tous les atouts de mon côté, mais je ne fais pas la fière, les enfants sont d'impitoyables procureurs...

Petit Oscar tout neuf, je n'ai pas eu besoin de te serrer sur mon cœur pour que déjà celui-ci t'appartienne... Je me rends d'avance et sans condition... Tu me promets là un bien joli voyage au Pays des Merveilles, donnes moi ta menotte, si tu en as envie, moi je veux bien t'accompagner un bout de ce chemin plein de promesses, désormais j'ai appris à prendre le temps, et pour toi, j'en prendrais aussi souvent qu'il te plaira...

Petit Oscar choupinou, faisons demain connaissance... Et si mes yeux par mégarde venaient à trop briller, qu'une larme versée ne t'inquiète pas davantage, c'est que tant d'émotions et de bonheurs à la fois rendent  fragiles les grand-mamans...

 

Pour Oscar, mon premier petit-stroumpf...

20nov/110

Venise…

Elle ne fut d'abord qu'un fantasme, un joli rêve. Puis devint un tendre projet. L'attendre fut un plaisir et fit partie du voyage. Enfin, la découvrir fut un émerveillement de chaque instant...

...

Sous les réverbères la nuit vernissait les quais mouillés par la pluie, l'obscurité jamais ne parvenait  à s'emparer complétement des lieux, où que nous allions un clapotis accompagnait nos pas dans un murmure de notes humides...

Curieux de sentiers moins battus, nous empruntions des canaux presque déserts, où nul touriste ne s'aventurait. Engoncée entre rives pavées et bâtisses aux couleurs délavées l'onde mêlée d'algues sombres somnolait sous la lune.

Dans les lumières et le brouhaha du Grand Canal, un encombrement de  gondoles noires capitonnées de velours pourpre et or glissait en silence. Quelque sérénade parfois s'échappait d'une barque sombre où l'on distinguait à peine deux amoureux trop intimidés pour penser à s'embrasser... La foule bruissante des touristes agglutinés sur les balustrades du Rialto leur volait le peu d'intimité qu'ils auraient aimé préserver...

Au déplaisant carnaval que nous proposaient les vendeurs de souvenirs estampillés de lettres pailletées, nous préférions les ruelles de l’Académie où nous regardions les compagnons menuisiers en plein façonnage de forcoles ou de rames. Un pont plus loin, des artisans pétrissaient la pâte de papier mâché qui bientôt, épousant des formes fantasmagoriques, donnerait  des masques  extravagants et colorés.

De vieilles librairies aux devantures à la peinture écaillée, des avant-cours protégées de grilles ouvragées, quelques palais somptueux bien cachés derrière des patios ombragés...

Plus loin, la Place Saint-Marc et ses Procuraties face à sa somptueuse Basilique aux fringants chevaux de bronze, ses minutieuses mosaïques byzantines... Sur le côté, face au Grand Canal, la Piazetta et ses deux colonnes emblématiques surmontées de Saint-Marc et de Théodore,  gardiens d'une lagune romantique, colonnes pourtant jadis témoins des exécutions capitales, où désormais nul vénitien superstitieux ne se risque à s'aventurer....

Parcourant les salles du Palais des Doges, le pied presque marin tant les planchers épousent l'élasticité des flots sous les pilotis, nous laissant presque étourdis par cet étonnant roulis...

Éberlués devant les bouches grimaçantes des "Bocche di leone" avides de dénonciations anonymes, ébranlés en découvrant les geôles froides aux toits plombés, puits de désespérances à quelques portes du grand tribunal, les coursives sombres du pont des Soupirs, ses escaliers étroits comme autant de marches pour une descente aux Enfers sans nul espoir de dérobade...  Et nous suivant pas à pas l’écho lugubre des gémissements et des plaintes des condamnés, comme autant de douleurs et de désespoirs avant d'être à jamais enfermés...

De ruelles en canaux, de ponts de pierre en ponts de bois, de balustrades de ferraille en marches biscornues ou fendillées, partout le roucoulement d'une langue italienne pleine de spontanéité chatoyante et imagée... Une ville magique, une élèvation élégante et harmonieuse, une  immersion fraîche et lumineuse, une corne d'abondance qu'il est vain de vouloir décrire, un écrin d'histoire, de beauté et de culture qui nous laisse rêveurs, certains que l'Humanité n'est pas seulement capable du pire mais aussi et définitivement susceptible du meilleur....

 

"On ne quitte pas Venise, Monsieur ! On s'en arrache..." (François MAURIAC)

 

12oct/110

Je pense à vous Madame…

Ce soir un petit berceau tout habillé de lin occupe un coin de mon salon... Et je pense à vous, Madame...

C'est un petit lit de bois qui a déjà bercé deux générations. Dans quelques semaines, un petit bébé y dormira, ce sera un petit garçon, notre petit-fils, Madame...

Je ne doute pas que Chloé vous ai souvent parlé de ce tout nouveau bonheur, une Maman c'est tellement important dans ces moments là... On est si heureuse et si fière... Un peu inquiète aussi... On découvre son corps différent, tant de sensations nouvelles, d'interrogations, d'émerveillements... Je n'ai certainement pas répondu à ses attentes aussi bien que vous l'auriez fait, et puis vous savez, je crains toujours d'être maladroite ou inopportune...  Mais c'est un vrai bonheur que de les voir s'aimer autant et partager si harmonieusement cette promesse... Dans ces moments là, je pense à vous, Madame...

Je n'habite pas tout près d'eux, mais j'essaye d'être présente, ni trop, ni trop peu... Un apprentissage parfois délicat... Et puis, on a de la chance, aujourd'hui, la technologie permet d'oublier la distance...

Chaque fois qu'ils arrivent chez moi ou que je vais chez eux, je suis tellement, tellement heureuse ! Alors forcément, là aussi,  je pense à vous, Madame...

Je suis toute émue qu'ils aient bien voulu de mon vieux berceau... Toute à mon plaisir, j'ai proposé de le remettre en état. Je bricole un peu, et j'aime la couture aussi. Cet été, j'ai accompagné Chloé choisir le tissu de son choix, (un joli vichy "taupe" et "écru", ce sont des couleur à la mode, pleines de douceur, et qui pouvait convenir tout autant à une petite fille qu'à un petit garçon). Vous allez rire, mais plus d'une fois je me suis trouvée prétentieuse... Et l'exercice devint une gageure ! J'aurais aimé pouvoir le coudre avec vous, vos conseils m'auraient été bien nécessaires !  Plus d'une fois, en soupirant,  j'ai pensé à vous, Madame...

Enfin, ce soir, j'ai noué le dernier ruban aux petits barreaux ouvragés, je ne suis pas mécontente d'avoir terminé... J'étais un peu inquiète à l’idée de ne pas réussir à l'achever à temps.... C'est que je pars dans deux jours le leur apporter !

Avec les petites chutes de tissu, j'ai même réussi à rhabiller un panier en osier dont je me servais pour poser quelques langes, crèmes et autres barboteuses près de la table à langer. Votre fille l'a trouvé ravissant et, en riant, m'a dit qu'elle allait le garder pour elle ! Je crois que tout ça lui fait plaisir... Alors, quand elle a ce si joli sourire et que je la vois heureuse, si vous saviez comme je pense à vous, Madame...

 

A Brigitte, ( + Avril 2010),  pour Chloé...

 

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Puisque maman ne le rajoute pas, je me permets d'illustrer ce texte avec une photo envoyée hier soir sur notre téléphone a Chloé et moi :

Merci maman. 

Berceau bébé