Orpheline…
Ce matin le ciel n'est plus qu'un chagrin... Le printemps s'est pudiquement retranché derrière des nuages gris et ose à peine pointer le bout de son nez... Seul un pâle rayon en s'en échappant réchauffe une tâche de primevères juste écloses sous la rosée du jardin...
Au moment où tout s'arrangeait...
Juste quand il n'y avait plus que du bonheur à partager...
Elle est partie si vite...
Un merle s'est posé sur le faîte d'un mélèze et s'égosille à nous convaincre qu' un nouvel Avril est pourtant là...
Alors je pense à toi Petite Fille, car l'oiseau m'a dit...
Qu'il fallait te laisser pleurer, que ces larmes étaient la seule façon de t'apaiser...
Qu'il ne fallait pas t'inquiéter de ne pas avoir eu le temps de lui dire merci,
De t'avoir donné la vie, d'avoir tout compris, tes erreurs et tes chagrins,
Tes choix, tes désirs et tes envies, une Maman c'est fait pour ça ...
Que désormais près de toi mon garçon saurait te dire tous les mots qui te soulageront et qui, venant d'autres que lui, te sembleraient maladroits...
Que son Amour, doucement, tendrement, te protégerait du vertige de cet abominable vide et que tu te sentirais sereine...
Orpheline...
Prendre soin…
Prendre soin...
De l'hiver qui s'étire et pose un bonnet de laine sur les premiers jours de Mars...
D'une éclaircie qui parfois déchire les nuages et nous improvise un printemps de fortune dont la douceur rassure nos espoirs...
De cet ami perdu de vue qu'on croise au hasard d'une rue où l'on n'a pas d'habitudes...
D'une soirée glaciale sur les gradins d'une patinoire presque déserte, où, le temps d'un match de hockey, la claquement du palet contre les balustres a ranimé des silhouettes et réveillé ma mémoire...
De l'arôme du café qui s'acoquine à l'odeur des croissants frais posés sur la table du bistrot, et du froissement des pages du journal qu'on feuillette avant d'aller travailler.
De la douceur de la couette quand on s'y glisse pour la nuit, de l'éponge tiède au sortir de la douche, de l'écharpe bleue qui réchauffe le col de mon pardessus.
Du sourire de la caissière du supermarché ou de l'affabilité d'un client moins pressé qui me laisse passer.
Du poids d'un panier rempli des légumes du marché et du fumet de poulet rôti qui aiguise l'appétit...
De l'odeur d'encre violette qui s'échappe de mes vieux cahiers où s'est glissé un buvard de velours tout tâché de mes essais, de celle piquante de naphtaline dans la penderie du grenier qui protège des habits qu'on ne remettra plus, ou de celle amère et mouillée de mon petit chien qui rentre du jardin...
De la trace d'un parfum familier au creux de la maille d'un gilet qu'on garde comme la relique d'un bonheur défunt...
D'un soupir échappé d'une caresse, d'un sourire rescapé d'une chamaille, du frisson de bonheur quand je t'attends sur le quai venteux de la gare et que le train enfin s'arrête dans un crissement stridents d'essieux...
De cette faveur inespérée que la vie nous fait en nous proposant de continuer le chemin tous les deux, et de ce quotidien qu'on pourrait broder de tendres habitudes...
De ces jours qu'on vit comme une routine, de tous ces petits bonheurs que chaque matin donne sans compter mais qu'on ignore tant ils nous semblent légitimes...
Deux capucines…
Y'a deux capucines qui fleurissent au pied d'un vieux mur, elles se nourrissent d'un filet de terre égaré sur le bitume, on ne sait jamais assez où la richesse se niche...
C'est aussi l'idée qu'on devrait se faire du bonheur,il existe plein d'endroits où le trouver, mais ces endroits là , on ne les voit pas, ou bien l'on préfère croire qu'ils n'existent pas...
C'est qu'il est parfois plus facile d'y renoncer...

