Le chagrin d’un homme…

Il a enfermée sa tête entre ses mains, comme un enfant qui croit qu’ainsi on ne le voit plus, comme si rien de plus douloureux encore ne pourrait ici l’atteindre…

Ses doigts blanchissent tant il y concentre sa tension jusqu’à laisser plus tard des marques sur ses joues…

Je sais qu’à ce moment je ne peux rien pour lui, il faut que le chagrin s’épuise entre ses mains, que l’inquiétude, telle l’eau d’un ruisseau, file entre ses phalanges et qu’enfin s’apaisent ses peurs…

Sa douleur est sèche, aucune larme ne viendra la submerger, un homme « ça ne pleure pas » n’est-ce pas, c’est ainsi en tous cas qu’on apprenait aux petits garçons à devenir des hommes, des « vrais »…

Je suis certaine cependant, qu’au creux de ses paumes ses yeux fermés sont emplis des larmes qu’il peine à retenir, je sais combien il faudrait qu’il ne fasse plus barrage à ce torrent de souffrances et d’émotions… Pourquoi fallait il tellement apprendre aux garçons à masquer leurs désarrois ?… Pourquoi fallait il leur faire croire qu’en cachant leurs sentiments ils deviendraient plus forts alors que plus ils les maitrisent plus ils se fragilisent ?…

L’étau se desserre lentement, les doigts reprennent vie, sans doute se croit il à même de soutenir à nouveau l’azur et le regard des autres… Il y parviendra, parce qu’échouer ne se peut pas… Moi seule saurais que derrière ses tempes blanchies par les années et encore battantes de l’effort qu’il aura dû fournir pour empêcher le désespoir de l’engloutir, se terre cette terrifiante torture…

Rarement s’expose au grand jour le chagrin d’un homme, et parfois l’impuissance à le soulager est pour moi d’un tout aussi grand poids…

Bien que ma vie n’ait pas toujours été ni tendre ni avare de chagrins abyssaux, sur mon cœur et mes frêles épaules je suis prête à l’aider à porter le sien le temps qu’il faudra, à trouver mille moyens pour l’affamer pour qu’un jour il se dilue et disparaisse à jamais dans les potions et les remèdes que j’aurais fini par trouver au fond de mes alambics d’où s’ échappent en volutes douces tout l’amour et toute la patience que j’ai en réserve pour consoler le chagrin de mon homme…

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *