Murmures du Der…

Der…

Là-bas…

Où l’eau le dispute à la verdure, où, dans les champs ondulants sous la brise légère, il arrive qu’avec un peu de patience, on puisse voir picorer les grands oiseaux gris… Où le bruissement de la forêt toute proche inquiète autant qu’il apaise… Où quelque courant d’air emporte avec lui le gémissement grinçant des arbres dont les troncs plient sous le vent qui les étreint… Où l’empreinte de nos semelles dans les chemins boueux trahit nos guets silencieux…

Der sauvage et mystérieux… Où je reviens avec ce désir impérieux de nostalgie et de douceur aussi… Qu’en penserais-tu, toi, en nous voyant cheminer dans tes pas, comme si ton éternité ne se pouvait retrouver qu’entre étangs et marais… La traversée du petit bois n’est qu’un frissonnement de branches bercées, un gazouillis de moineaux bien cachés dans les fourrés, le zéphyr complice me chuchote à l’oreille qu’il est possible que quelques esprits puissent nicher dans les sous-bois ou plus loin, au creux des bosquets bourgeonnants…

J’ai emmené avec moi celui qui aujourd’hui est mon ange gardien, il marche devant moi, et voilà que je me surprends à prendre bien garde à ce que mes yeux embués ne confondent pas vos deux silhouettes… La glaise humide des sentiers aurait-elle ce pouvoir miraculeux de mieux lui faire connaitre celle que je fus et celle que je suis devenue, à lui qui a cette vertu de comprendre que cette brisure fait à jamais partie de moi, et l’ intelligence d’accepter que mes réminiscences puissent parfois m’entrainer loin de lui un instant sans que notre amour n’en soit diminué pour autant… En m’accompagnant ici, il savait qu’il entrerait dans le livre de ma vie, que j’en feuilletterais les pages, et qu’il m’aiderait à les tourner… Le Passé est un peu notre pays natal, celui qui nous a vu grandir, celui qui nous a construit. L’apprivoiser c’est nous aimer pour ce qu’il a fait de nous, et bien fou serait celui qui imaginerait pouvoir le faire sans l’approcher un tant soit peu…

Der, où nos enfants, Pierre et Pauline ont laissé un bout de leur enfance… Ils t’y retrouvent chacun à sa manière, qui sur la route de la digue où nous allions observer le réveil de l’ile aux oiseaux, qui à l’ombre discrète des cabanes au calme des étangs. Leurs regards se perdent dans l’envol des grues sauvages, dans le plongeon d’un foulque ou dans le cri strident d’une poule d’eau. Eux aussi ont tenu à y emmener leurs amours, ici reposent leurs âmes d’enfants, ce temps béni d’une fragile innocence, où rien ne semblait éphémère ni devoir si brutalement s’arrêter…

Il est des lieux plus sacrés qu’une église où l’intime se partage tout en pudeur et silence, seuls les yeux y prennent la parole, Der est de ceux là, qui sont l’écrin de nos émotions buissonnières…

DER 12 et 13 Mars 2016 – A Bernard, à Pierre et à Pauline, et à celles et ceux qui nous accompagnent et nous aiment avec tout ce que nous sommes.

 

 

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