Pensionnaires de faïence…

J’ai surpris au fond d’une brocante poussiéreuse, deux fillettes de faïence dans une immobile espièglerie, posées sur une table en merisier, entre deux piles de lourds draps brodés… Leurs visages angéliques et leurs gestes figés dans une grâce enfantine m’ont séduite aussitôt, et je ne saurais dire qui de nous trois adoptât les autres sur l’instant ?… Pour quelques sous consentis sans l’ombre du plus petit marchandage (un coup de cœur ne se chipote pas…), elles quittèrent sans regret l’antiquaire et son bric-à-brac obscur et poudreux, pour me suivre sans méfiance aucune, trop heureuses sans doute de bientôt trouver un toit plus accueillant…

A peine arrivées, elles allèrent d’une étagère pleine de lumière au coin d’une cheminée à leur goût déjà trop encombrée, d’une table basse à la bordure d’une fenêtre où elles se plaignirent de n’avoir pas assez leurs aises, devant le grand miroir elles se désolèrent de ne point se trouver à leur avantage, le temps passait et je désespérais de leur trouver la place sur laquelle nous tomberions enfin d’accord !…

Lasse d’être ainsi en perpétuelle quête de leur bien-être, je proposais une petite récréation, et les déposais presque négligemment sur le dernier rayonnage tout en haut de ma bibliothèque. Alors que je m’en retournais m’assoir un moment sur le canapé, il me semblât entendre un discret chuchotement… Mes gamines avaient retrouvé leur jolis sourires et gloussaient en apercevant mes livres tout entassés au fond de la petite armoire, lesquels, intimidés par leurs risettes pleines de malice, se serraient davantage encore les uns contre les autres pour ne pas les déranger !…

En y regardant de plus près, je m’aperçus qu’à cette heure, le soleil, en baissant sa garde, venait les envelopper d’un voile satiné, comme un dernier câlin avant d’aller se blottir dans les bras de Morphée… En m’approchant de mes pensionnaires, je ne pus qu’approuver le choix de leur nouvelle villégiature… Assez haut perchées pour être hors d’atteinte de qui  pourraient les faire malencontreusement tomber, et cependant suffisamment offertes aux regards des esthètes, elles pouvaient, de leur perchoir improvisé, observer le train de la maisonnée… Je les installais donc sans plus de complication en bien agréable compagnie, et mes hôtes de papier, jamais depuis ne se sont plaints d’avoir à les chaperonner, à moins d’ailleurs que ce ne soient eux qui par elles soient discrètement surveillés…

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