Trois pt’is bouts d’zan et puis s’en vont…

Quand ils s’annoncent, la maison se fait belle et remplit ses vases des fleurs qu’au seuil de l’hiver le jardin lui offre encore, la table de la salle à manger se drape dans ses plus belles nappes, exige les plus beaux atours de porcelaine, la cuisine a ses vapeurs, les casseroles dansent en farandoles et s’enivrent d’aromates,  les chambres se retrouvent vite dans de beaux draps, les petits lits s’étirent et se déplient, tandis que le coffre à jouets trépigne d’impatience à l’idée d’enfin servir à quelque chose…

« L’armoire à secrets » sort de ses gonds si je n’y glisse pas assez vite de quoi émerveiller ce petit monde avide d’y trouver comme par magie, deux ou trois petits paquets à délicoter pour y découvrir qui, une boite à bulles, qui un camion de pompier, une ardoise magique ou un petit livre de musiques…

Enfin les voilà, la porte s’ouvre grand pour mes trois bouts de zan et leurs parents, sacs et valises roulent dans le couloir et s’ouvrent au mauvais endroit, les jouets prennent la poudre d’escampette sur le parquet, sur une chaise haute s’est perché Capucine, Oscar a mille choses à me raconter mais ne sait par où commencer, Alice, sa petite cousine, le regarde émerveillée, puis tel un cabri s’échappe en sautillant vers sa Maman !…

Bientôt la maison en est toute étourdie, c’est que ses murs n’ont guère l’habitude de tant de remue-ménage… Mais elle ronronne de bonheur au son de ces babillages cristallins, et c’est une tendre et joyeuse mélodie qui imprègne ses murs… Les grands se résument quelques mois d’éloignement, des projets se précisent, des anecdotes se racontent et les éclats de rire fusent…

Plus tard, une aubaine de biscuit s’est coiffé d’ une couronne de bougies colorées et pétillantes, les petits s’épuisent à les souffler quand leurs parents font semblant de n’y point réussir, quelques minuscules volutes de fumée signent enfin leur victoire, et les assiettes font aussitôt assauts de tentations gourmandes ! Et dansent les bulles dans les coupes, glissent les cuillères dans le gâteau mousseux, au diable serviettes et bavoirs pleins de chocolat !

Quatre jours trop courts ont rempli la maison d’une tendre félicité, trois petites frimousses me manquent déjà, dire que ces trois adorables canailles sont « mes » petit-enfants !… Ainsi donc, ces jeunes adultes là seraient « mes » enfants ?… Quelle incroyable aventure que de me retrouver là, à n’avoir rien vu passer de toutes ces années, qui de « jeune maman » me sacrent « grand-mère » sans que je n’ai presque rien vu venir !!!… Les voilà déjà tous repartis vivre leur vie loin d’ici, la maison se désespère d’être à nouveau si bien rangée, l’armoire grince en se lamentant de voir les nappes à nouveau si bien pliées, le coffre en se refermant laisse échapper une comptine de la toupie magique, les assiettes s’endorment en piles proprettes, les verres sont au garde à vous sur l’étagère…

La maison s’est assoupie d’ennui, j’ai trouvé un doudou sous l’édredon, une graine d’artiste a abandonné son œuvre colorée sur la table du salon… Seules quelques photos volées à ces moments enchantés m’assurent que je n’ai pas rêvé…

 

A mes bouts d’zan et leurs parents…

 

 

 

Author: Mo

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