Der….

La plaine s’étire sans fin, entre forêts dépouillées et champs dénudés, le sol humide égrène ça et là étangs isolés et claires sauvages où s’effondre un ciel aux couleurs d’eau et de terre. Le chemin s’allonge sur une douce pente herbeuse qu’une ultime neige a poudré de blanc. Ici le silence est bruissant de ce que la Nature a à nous dire pour peu qu’on veuille bien l’entendre. Chacun de mes pas ressuscite un temps que j’ai voulu préserver au fond de mon cœur brisé. J’avance à la rencontre de mes fantômes, à fleur d’âme, il m’aura fallut dix années pour enfin réussi à les affronter. J’avance sans crainte, vous êtes là à cheminer près de moi, il n’est point besoin de mots pour se parler, nos dialogues muets guident mes pas, je sais où aller moi qui suis si facile à désorienter…

Ce qui fut ma vie est resté là, au cœur d’une verdure brumeuse, empreinte de la paix des églises, comme abstraite du temps, et si je sens que tout cela m’appartient je ne sais me souvenir depuis quand… La glace possède l’étang comme une maitresse jalouse, aucun oiseau n’a osé s’en approcher, les broussailles des rives frissonnent sous le gel, quelques chuchotements au creux des joncs laissent deviner la présence d’habitants empennés et discrets. Je les pressens, je les soupçonne et je me souviens… L’affût de bois est désert, mais vos ombres s’appuient aux rebords des regards, mes yeux sont les vôtres, rien ici ne semble avoir changé, sauf cet indéfinissable petit rien qui partout, toujours, teinte mes jours d’une douloureuse mélancolie.

Là, sur l’instant, je suis au plus près de ce que je suis. Au plus près de vous trois qui êtes à jamais ma vie. Il n’est plus question d’aujourd’hui, je ne suis qu’un sourcier qui retrouve sa source, je ne suis qu’une émotion qui puise dans cette campagne familière de quoi reconstruire une époque émiettée et alimenter sa tristesse. Je ne suis qu’une pauvre magicienne qui a raté son tour et agite sa vaine baguette de roseau…

Plus tard, sur le bord du Der-Chantecoq où le soleil sait si bien tirer sa révérence, des nuages de grues cendrées sont descendus dans une barcarolle tendre. J’ai admiré leur vol ample et mélodieux, comme elles, au retour d’un épuisant et long voyage, j’ai pu enfin me poser, et sentant vos mains prendre les miennes, j’ai laissé quelques larmes mouiller mes joues…

A Bernard (+2005) et à Pierre et Pauline nos merveilleux enfants…

 

 

 

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