Port Bara

La route bordée d’ajoncs nous amenait à  Quiberon, tel un ruban posé entre deux plages de sable clair.

A l’excitation d’enfin arriver à  destination s’ajouta l’indécision à  choisir où porter le regard pour ne rien manquer. A gauche, la baie aux eaux bleues et calmes, à  peine ridées de vaguelettes timides, à  droite, l’océan au loin encore s’attardant, se devinant d’un vert sombre à  peine éclairé d’écume.

Un soleil estival nous obligeait à  cligner des yeux pour bien tout apercevoir, seuls moult volets fermés nous rappelaient que nous n’étions qu’à  la moitié de Mars.

Nous prîmes le chemin des écoliers et  fîmes une halte à  Portivy que la « morte-saison » rendait poétique à  souhait… Un petit port préservé du temps qu’aucun peintre naïf n’aurait mieux rendu, avec sa jetée grise et déserte, ses bateaux gités par une marée trop basse encore pour les faire flotter, deux ou trois maisons de pêcheurs aux murs blanchis de chaux écaillée par le vent ici parfois violent. Un chien courrait en aboyant vers ses maîtres chargés de paniers en osier, quelques mouettes tournaient en s’égosillant autour des casiers relevés plus tôt dans la mâtinée, et partout cet air iodé teinté de l’odeur des algues brunes échouées sur le sable mouillé…

Les deux seuls bistrots affichaient qu’ils étaient fermés ! L’heure tournant nous avons rejoint Port Bara sur la Côte Sauvage. Le vent d’Est n’était pas assez violent pour contenter les surfeurs, qui, flottant accrochés à  leur planche, patiemment attendaient une vague plus portante.

La crique de sable et de gros cailloux blancs était presque déserte, si ce n’était ça et là  quelques promeneurs observant les nageurs.

De chaque côté une falaise de schistes d’un brun humide nous dominait.

L’eau d’abord étale, doucement s’agita, une lèvre d’écume soulignant l’effort pour gagner quelques lambeaux de sable. Le vent se levant davantage contrariât le bercement régulier de la houle et fit se cabrer quelques rouleaux. Sur leurs crêtes mousseuses nos « pingouins » dansaient enfin, la pierre nous renvoyait l’écho de leurs cris et le claquement des vagues s’échouant sur les rochers.

Nous avons suivi les sentiers balisés entre les morceaux de landes usées, des grillages en cordes râpées tentaient de la protéger d’une nature hostile et de touristes inconséquents… Des herbes sèches s’échappaient des nuées de moucherons affolés, tandis que peinaient à  s’épanouir quelques boutons d’armérie rose fuchsia déjà  fort surpris d’avoir eu raison de cette terre sèche et salée… Les bruyères n’avaient pas encore l’heur de fleurir, mais elles s’agrippaient, têtues, au peu d’humus rescapé des bourrasques océanes.

Une ruine posée au bord de la falaise tentait encore d’imposer quelque respect à  l’à  pic, mais ses murs effondrés avaient renoncé en se diluant dans les ronces poussées entre les pierres effritées…

Tout près, un groupe d’écoliers en effervescence trépignait d’impatience en écoutant leur maîtresse leur faire la leçon et leur promettre d’avoir à  bientôt dessiner les rochers. L’heure du goûter les éloignant, leurs rires résonnèrent encore longtemps avant que de s’éteindre au détour du sentier.

Nous avancions prudemment sur le bord de la falaise, jusqu’à  redescendre sur quelques mètres gagnés au vertige. Ainsi nous fûmes un grand moment à  regarder sans nous lasser la houle se former et puissamment escalader les brisants. L’océan s’appuyant sur les hauts-fonds y prenait son élan pour bientôt submerger les îlots escarpés. Les oiseaux nichés au creux de leurs failles ne s’envolaient qu’à  l’instant où la vague déferlait, pour aussitôt s’y reposer et attendre celles qui les feraient s’abriter un peu plus haut. Parfois elles semblaient s’épuiser, mais quelques instants plus tard se cambraient de plus belle pour mieux séduire les rochers qui, fatalement finiraient par succomber à  leurs danses effrénées.

L’après-midi s’avançant, le soleil rasant l’horizon posa un vernis nacré sur l’océan. Entre les murailles de granit, dressées comme des épées pour tenter de convaincre les flots de capituler, la mer n’était plus qu’une écume de rage, les escarpements reprenaient péniblement leur souffle entre deux tourbillons sablonneux, et nous assistions émerveillés et impuissants à  la montée inéluctable des eaux qu’aucun Moïse n’aurait pu même freiner…

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