La maison « Hou là là »…

Depuis quelques jours la maison ne cesse de me demander pourquoi je l’ai ainsi démaquillée.« Hou là là » je n’ai rien fait de pareil, d’autres s’en sont occupé… Deux feux follets se sont emparé des lieux sans autre forme de procès, n’hésitant pas à mettre leur coup de patte au « décorum » habituellement soigné… Je dois reconnaitre que le nouvel agencement a quelque chose de plus original que celui pour lequel j’avais opté. Même si je ne saisis pas toujours, au premier coup d’œil, ce que peut bien apporter ce désordre coloré, je dois m’avouer vaincue devant ce petit peuple en plastique qui a investi la table de la salle à manger, dégringole sur les chaises houssées en prévision des débordements artistiques de mes artistes préférées, parsème le parquet comme autant de possibles os à ronger pour Sherlock qui n’en revient toujours pas de cette tornade d’interdits autorisés !…

« Hou là là »… La cuisine ne parle plus que coquillettes, crêpes, jambon ou chocolat, deux paquets de bonbons ont en très peu de temps perdu de leur embonpoint au profit de deux petits bidons gourmands… Les petits-suisses se cachent en vain dans le fond du frigidaire, ils sont régulièrement découverts même bien camouflés entre l’épaisse bouteille de lait et la boite à fromage, la gelée de groseilles ne s’étale par seulement sur les tartines de brioche, elle laisse sur la table les empreintes digitales des chapardeuses de confitures !

« Hou là là »… Les après-midi ont pris la poudre d’escampette dans les parcs que Février a jusqu’ici eu la bonté d’ensoleiller, balançoires, trampolines et rafiot de pirates n’ont plus aucun secret pour mes fripouilles infatigables, l’exercice exige un goûter pantagruélique, c’est que l’énergie a besoin de carburant, rien ne vaut un croustillant pain au chocolat et quelques goulées d’un breuvage parfumé…

La sagesse, ou le besoin de souffler d’une grand-maman dupée à gogo, autorise parfois un écran magique qui a le don d’hypnotiser la marmaille insatiable, juste le temps de préparer de quoi la rassasier un peu plus tard. « Hou là là » Il me faut me dépêcher, elles sont affamées !

La soirée s’épuise en chahuts dont Sherlock a la primeur, les aboiements le disputent aux éclats de rire, quand vient l’heure d’aller dormir, « hou là là » il faut souvent s’armer de patience pour que ces petites mirettes cèdent à une bonne grosse fatigue, une histoire, une veilleuse, les volets tirés sur deux séraphins enfin prêtés à Morphée, et la nuit peut engloutir une journée de bonheur de plus.

Quand la maison dit « ouh là là » que ce calme fait du bien, elle ne ressemble plus à rien ! Quelques heures durant tout comme elle, les jouets abandonnés ça et là sur le tapis, les livres encore ouverts sur leurs épopées, les vêtements à la hâte déposés dans la corbeille à linge ou en vrac sur le plancher, les biscuits entamés, les dessins gribouillés, tout ce joyeux bazar s’endormira au rythme des respirations tranquilles et régulières de mes « fifinouches » bien au chaud sous leur couette, « hou là là » les voilà endormies…

Puis viendra un matin où il faudra refermer la valise, car évidemment, ces petites merveilles vont retrouver leurs parents, et presque sans se retourner s’en iront galoper un peu plus loin. « Ouh là là » murmurera la maison, que ce silence est accablant, comment va t’on faire maintenant sans ce chahut permanent et ce capharnaüm tout à fait charmant ? « Ouh là là » lui dirai-je en la recoiffant, c’est vrai que sans apprêt particulier, tu n’es pas mal non plus, mais je dois te laisser, car en Savoie, d’autres loustics m’attendent déjà ! « Hou là là » « hou là là » et là-bas, ils sont trois !

A Alice et Julia, en vacances à Epinal. (Février 2022).

« Les enfants… Nous n’existons vraiment que par ces petits-êtres, qui dans tout notre coeur s’établissent en maitres, qui prennent notre vie et ne s’en doutent pas, et n’ont qu’à vivre heureux pour n’être point ingrats ». De Emile Augier dans « Gabrielle »

Author: Mo

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