Hallebardes, flaques et bourrasques…

Le ciel est si bas qu’on pourrait imaginer qu’une main s’est glissée entre deux nuages pour que d’un gros goulet l’eau puisse s’en échapper… La terre ivre de pluie ne peut plus en absorber un godet, elle s’est affalée sous l’herbe détrempée à vomir des ruisselets… Le toit s’improvise clavier où viennent courir les doigts agiles des drues averses, la maison résonne des bribes d’automne quand la pluie locataire de Novembre s’est installée sans vergogne en Mai chipant la place aux premiers soubresauts d’un printemps déjà moribond. Par moment un rayon de lumière passé au travers des nues éclaire le jardin comme un projecteur qui l’instant d’après rend l’âme faute de n’avoir su économiser son ardeur… Les lilas blancs ne sont déjà plus qu’un souvenir, ceux là ne tomberont pas en pâmoison dans un vase sur la table du salon, ils rouillent inexorablement tandis que depuis trois semaines les pivoines tiennent hermétiquement clos leurs boutons. Point de bouquet cette année, il faudra se contenter des photographies de ceux qui, l’an passé, faisaient notre fierté d’apprentis jardiniers !

Mes nains de faïence blanches observent, stoïques sous l’ondée, les gouttes alimenter les flaques pour mieux les éclabousser, d’autres plus loin, tout de bleu vêtus, surveillent sans broncher la glycine dévergondée prendre d’assaut la pergola en fer forgé. Un nénuphar fait la planche au milieu du bassin que même les grenouilles ont déserté ! Restent deux ou trois iris qui comme d’autres refusent obstinément d’offrir leurs fleurs au déluge… Seuls les pissenlits s’épanouissent avant de semer à tous vents leurs étoiles grises. Ils jaunissent de plaisir et se gavent d’eau en étalant leurs feuilles frisottées tandis que lamentablement s’étiolent comme soie mouillée, les pétales rosés des rhododendrons noyés.

Les seaux d’eau ne tarissent presque jamais, ils reprennent leur souffle le temps d’une accalmie de si courte durée que je ne peux envisager, entre deux ondées, d’aller repiquer mes légumes au potager, ni d’agrémenter ma terrasse des quelques couleurs dénichées au marche aux fleurs. Me reste à trouver de quoi m’occuper bien à l’abri de la pluie, puisqu’on m’assure, foi de têtard d’Albert Simon qui le voyait rester au fond de son bocal, qu’elle tombera jusqu’à la fin du mois comme jadis à Gravelotte elle plut d’acier…

Author: Mo

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