Mon chemin n’est autre que celui là…

Je suis mon chemin de sable et de pierres, titubante parfois, dévastée toujours, et cependant encore debout, je ne sais pourquoi, je ne sais comment.

Les absences s’accumulant me laissent orpheline de mes vies d’avant. Démunie, quelle force suffirait à terrasser ces immenses chagrins, quel espoir puiser dans cette solitude récurrente ? Un orgueil démesuré me porte, qui ne me verra pas plier ni courber l’échine, je me veux vivante, à les regarder droit dans les yeux, sans ciller.

– « Impertinente » me lance Destinée, « Toi si fragile, comment oses-tu défier plus aguerrie que toi » ?…

– « Je n’ai d’autre choix, la Vie m’appelle, puisque je suis encore là, tout ce Temps à vivre sans Lui, sans eux, il me faut bien l’affronter et lui sourire aussi, puisqu’il est là, à me faire les yeux doux, à me glisser parfois, Fol Devin, que plus tard, peut-être, d’autres bonheurs pourraient me tendre la main » !!!

Je n’en veux pas de ces bonheurs ! Tous plus trompeurs et fragiles, je n’en veux plus de ces douceurs qui m’emportent au-dessus des nuages, qui me font croire que rien ne peut m’atteindre aussi haut, qu’aucun pinceau ne pourrait ternir ce bleu infiniment rassurant…

Je suis en train de m’inventer un autre « chez moi », tout ce qui l’habillait s’est mis en ronde, bousculant ça et là les cauchemars tapis dans l’ombre, repoussant les intrus, à ceux qui veulent tant que j’aille bien je voudrais dire combien je comprends leur affectueuse sollicitude, mais j’ai grand besoin d’accueillir mes chagrins pour mieux les abriter de l’oubli, je les veux vivants à mes côtés, c’est à moi seule de les épuiser, à moi seule de décider de leur trépas ou de les enlacer s’il me plait… Ses murs recèlent tout ce qui fut jusqu’ici ma Vie, rien n’y fut inutile… Mon âme s’est éprise de la leur, cocon apaisant où je puise de quoi survivre pourtant…

Détrompez-vous, je ne me complet pas dans mes malheurs, mais c’est à eux que je demande maintenant de l’aide… Ils m’ont sculptée dans une glaise épaisse, le vent la laisse sèche et craquelée et cependant toujours résistante. C’est à eux que je dois cette posture et ce regard, dieux ou diables faites que jamais aucun bonheur ne ressuscite celle que je fus sans eux, gardez moi de toute certitude, laissez moi vivre malheureuse et ravie de l’être, parce qu’Il ne reviendra Jamais, et que ce Jamais m’est impossible à imaginer. Je Le veux à mes côtés, chaque nuit dans l’apesanteur de rêves insensés, au petit matin dans l’Absence sur son oreiller, toujours et à jamais, la Mort n’est Rien, puisque nous nous aimons au-delà de ce qu’elle nous a pris…

 

« Voilà longtemps que celle avec qui j’ai dormi.
Ô Seigneur! a quitté ma couche pour la vôtre,
Et nous sommes encore tout liés l’un à l’autre,
elle à demi vivante et moi mort à demi.

Dans « Booz endormi », de Victor Hugo

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