Tendrement tombent les flocons, paisiblement blanchissent les toits et le jardin emmitouflé de brume. Dans cette matinée d’opale résonne le clavier d’un piano, ses touches d’ivoire et d’ébène rivalisent sous des doigts agiles, la musique m’enlace dans son châle d’alpaga, je frissonne pourtant quand dehors grelottent les arbres et les feuilles oubliées par l’automne.

L’hiver n’est romantique qu’auprès d’une flambée. Le gel paralyse la nature, parfois lui cédant quelque élégance sous les assauts de la glace, on ne le trouve beau que bien au chaud, il camoufle si bien sa rudesse sous ses atours immaculés…

Mes mots se raidissent sous ma plume gelée, ils peinent à traduire ce que j’aimerais leur faire dire… Le froid s’en est emparé comme de mes mains peu habiles à la tenir, il me faudrait tracer des lignes fines pour écrire droit sur la page, cependant bien à l’abri de cette hostile froidure blanche, je la sens s’immiscer rien qu’en lui prêtant un regard à travers les carreaux tout givrés.

A peine pointant le bout de leur nez au dehors, qu’un cerne opalin enserre les bourgeons engourdis des rhododendrons qui toujours devancent l’appel du printemps. Des « perces-neige » bien nommés se haussent sur la pointe de leur tige pour épater la galerie d’hortensias frileux. La journée passera comme poudreuse au soleil, le soir tombera de bonne heure sans la douceur d’un rayon, Janvier tiendra la nature endormie sous l’édredon blanc qu’il a déposé à ses pieds. Deux jours encore et s’installera Février, une entame plus précise qui laisse parfois entrevoir à quoi ressembleront nos ciels lumineux quand le soleil en percera enfin les nuages, comme à l’instant, pour me faire mentir et me dire qu’il n’est jamais bien loin, car si tout n’est pas toujours visible, cela ne signifie pas que ce tout n’existe pas.

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