Je n’aimerais pas être une groseille…

Elles m’avaient attendu timides et rougissantes sous la chaleur de ce début de juin, pulpeuses rondeurs vernies par la rosée du matin, le buisson tout alourdi laissant ses branches s’effondrer sur le sol du potager. Le groseillier tout enorgueilli de ses fruits colorés s’offrait généreusement aux abeilles ravies d’une si belle aubaine. Une ronde bourdonnante s’affairait à butiner de quoi emmieller les ruchés, quelques piques assiettes, pinces-oreilles, bourdons ou moustiques assoiffés ne se faisaient guère prier pour s’abreuver et se régaler.

Avant que la matinée ne se transforme en insupportable fournaise, je décidai d’alléger l’arbrisseau de ses baies juteuses à souhait, dans un panier bientôt tombèrent les grappes carminées telles de petits rubis prêts à être croqués.

Quel destin impitoyable que celui des groseilles ! Au temps de confitures à peine récoltées les voilà écrasées en purée mousseuse et guinguette qu’un poids de sucre suffisant rendra sirupeuse et vite figée dans les jolis pots de verre où je la verserai. Puis,d’une belle écriture en pleins et déliés je les nommerai sans oublier d’y accoler leur millésime !…

Je me suis réjouie d’en voir quelques unes malicieusement éviter, et le panier et le confiturier en cuivre, elles sont restées sur la terre sèche qu’un peu de pluie plus tard, elles féconderont pour la prochaine récolte, celles là en ayant la vie sauve feront leur petit bonhomme de chemin de groseilles, à moins qu’elles ne soient toutes crues grignotées par des gourmands qui seront passé par là sans pouvoir s’en empêcher ! Je dois l’avouer quelques unes s’en sont allées rondement dans mon gosier, me laissant la bouche acidulée ! Le « péché » consommé, comme toujours mes remords n’auront pas pesé bien lourd, que voulez-vous, j’ai beau chaque année m’apitoyer sur le sort qu’on leur réserve, certes, je n’aimerais pas être une groseille, de loin je préfère m’en régaler, mais elles valaient bien quelques lignes pour me faire pardonner de les avoir mangé….

Bien des fruits auront été oubliés, à moins que la cueillette juteuse n’ait fripé mes doigts, c’est une ruse qu’emploient les groseilles pour nous dissuader de remplir davantage nos corbeilles… Quand ma vendange sera passée par l’écumoire, mes verrines pourprées s’aligneront sagement sur les étagères ourlées d’un galon brodé de ma bonnetière, recouvertes d’un cellophane que retiendra un ruban satiné. Imaginez, ce sera du plus bel effet, cette ribambelle de gelées bien sagement rangées en attendant d’être chapardée pour nos petits-déjeuner…

Author: Mo

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.