Silence…

Le silence serait l’absence de toute « pollution » sonore. Mais le silence absolu serait insupportable puisqu’aucun bruit contraste ne lui conférerait son existence. Nos jours sont terriblement bruyants de toutes parts. Le brouhaha est permanent, en s’éloignant d’une source on se rapproche d’une autre, rares sont les moments où résonne ce qu’on nomme silence et qui n’est que la tenue à distance de son contraire.

Comme il devient compliqué de jouir de ces instants de « paix » inhabituels, il m’arrive de réussir à les dénicher au coeur même du vacarme. Je m’en extrait presque sans difficulté, c’est un peu comme une mise en veille provisoire, une grande respiration, un précieux moment de répit que je m’offre pour mieux cerner l’essentiel de l’instant, ou en gommant l’extérieur je privilégie « mon » intérieur », cette petite voix qui ne se tait presque jamais mais qu’on finit par oublier quand elle est recouverte par toutes celles qui nous entourent. C’est une bulle « intemporelle » où se réfugier loin des autres, au plus près de soi-même, à l’écoute apaisante du tout et du rien. Je n’en sors que parce que la réalité me rappelle à son bon souvenir, quelques instants suffisent à me délester du superflu, à me recentrer sur l’intime, le nécessaire, ou simplement à ne pas me perdre de vue…

Certaines musiques sont propices à ce recueillement confidentiel, le fond sonore me porte le temps de prendre mon élan pour échapper au bourdonnement environnant, puis elle se dissipe telle une brume, déposant une rosée matinale qui donne à mon âme une nouvelle fraicheur.

Je ne pourrais me passer de cette solitude choisie, où je peux à loisir réfléchir ou me laisser porter par mes pensées fugaces, je lâche les rênes un instant, abandonnant à l’esprit le choix de son itinéraire vagabond. Que de chemins parcourus ainsi sans but précis si ce n’est celui de me laisser bercer par la douceur d’un simple soupir…

Nul besoin d’aller bien loin le chercher, je l’ai trouvé par hasard ce matin au coin des « Souvenirs d’Andalousie » (de Louis M. Gottschalck), et ce sont les miens qui alors s’invitèrent à danser au rythme de ce temps en suspension. Par la fenêtre il m’a semblé voir les arbres chalouper trop heureux de partager avec moi, rêveuse, cet instant précieux où le discret vol d’une mouche nous aurait dérangé…

Author: Mo

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