Mes quarante ans auraient-ils desservi les tiens…

Quarante ans !…

Me voici me souvenant des miens avec un mélange de joie et d’embarras, celui de n’avoir pas pu ou pas su faire perdurer jusqu’aux tiens ces années où la vie n’avait pas la morosité de celle d’aujourd’hui…

Sans doute nous inventions nous des soucis pour faire plus sérieux, on a le chic de tout compliquer quand tout est trop facile… Nous trouvions « vieux » tous ceux qui n’avaient pas encore cinquante ans, ça nous semblait loin, si loin cette « vieillesse » qu’on évoquait parfois sans vraiment savoir de quoi on parlait.

Ce soir je m’amuse plus fort encore de nos certitudes d’alors, nous nous prenions pour des rois, tellement sûrs d’avoir raison, de maitriser nos vies comme les grandes personnes que nous étions certains d’être devenus… Jeunes despotes tenant à distance ces âges alors inconcevables sinon pour les grands-parents que nous avions parfois encore qui devaient drôlement s’interroger sur cette génération capricieuse et comblée…

La vieillesse c’était pour les autres, pire, on ne s’imaginait pas que ce puisse un jour nous concerner, la jeunesse ne voit pas les jours passer, le temps est immobile… Trêve de balivernes ! Nous n’étions que des gamins, des enfants de ces fameuses trente glorieuses qui s’imaginaient sortis de la cuisse d’Hébé, abreuvés à son amphore d’ambroisie et de nectar, alors que notre jeunesse prévoyait déjà de prendre la poudre d’escampette en vous laissant pour seul héritage notre insouciante légèreté…

Certes le Sida confinait, depuis un moment, l’amour dans un petit bout de latex, et déjà quelques tornades annonçaient bien pire tandis que nous les pensions rares et provisoires… Gainsbourg, Freddie, Montand et quelques autres avaient préféré rejoindre les étoiles mais une femme pour la première fois accédait au premier ministère, Monica gagnait pour la seconde fois la finale de Roland Garros, et Nelson mettait fin à l’Apartheid en Afrique du Sud… L’Histoire n’est jamais binaire…

On ne lisait pas tant que ça Charlie, on n’en faisait pas tout un plat de ses dessins gaulois ! Personne n’y faisait vraiment attention, tout ça ne mettait personne en danger… La religion n’était pas un sujet, la plupart se diluaient, le « sacré » n’était plus à la mode, on ne se serait jamais imaginé que des « akbarés » sortiraient des couteaux au nom d’un culte abscons pour entraver une liberté d’expression dont le nom n’évoquait rien qui ne nous parut naturel et définitivement acquis ! Pauvre de nous à l’aube d’un siècle bien mal embouché…

Il ne faut plus s’attarder ce sur ce que notre génération a loupé ! J’applaudis aux efforts que fait chaque jour la votre pour réinventer ce que nous avons oublié, trop confortablement installés, pardon, nous n’avons d’excuses que celles qu’on prête aux enfants gâtés…

Ce matin, en écrivant ces lignes, je me souviens de ce que m’a dit ma « jolie fille » tout à l’heure, « à savoir que chaque génération relève les défis auxquels la précédente a renoncé »… A vous donc, forcément d’écrire à votre tour le monde d’une autre façon, sans jamais oublier que plus tard, vous devrez rendre des comptes à vos enfants…

A mes (bébés) quarantenaires…

« J’ai mis mon âge en quarantaine parce que vieillir c’est contagieux »… Hugo LAMARCK

Author: Mo

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