Papa, Maman…

Le chagrin doucement s’est dissout dans ces deux longues dernières années, je peux maintenant me pencher sans pleurer sur vos vies évanouies.

Tout s’est disloqué quand j’ai refermé la porte sur votre appartement vidé de tout ce qui vous appartenait et vous définissait en partie… Il ne me restait qu’un chagrin qu’enlaçaient les souvenirs, des cartons remplis de photos et de tout ce qu’une vie conserve par attachement et peut-être pour témoigner de ce qui fut pour ceux qui plus tard, ouvriront ces boites de Pandore submergés par la nostalgie d’une page qui s’est définitivement tournée.

Si vos âmes quelque part ailleurs sont allées se réfugier, échappant autant que faire se peut au chambardement que provoquèrent vos disparitions successives, je me demande quel regard vous pouvez porter sur nos agitations terriblement humaines, sur ces deuils redoutés et maintenant à dépasser… Je me suis appliquée à trier, choisir de conserver, vendre ou donner… Je me suis sentie tellement illégitime, intrusive, pilleuse, vautour ou cannibale, à dévorer, comme affamée de ce qu’en partant vous nous laissiez… De simples boites à chaussures me retenaient des heures, où dormaient depuis des années les cartes postales qu’on vous adressait, les écritures à l’encre bleue m’aspiraient dans cette curieuse et enivrante spirale d’un Temps qu’on peut ainsi remonter…

Au bout de quelques mois, vos meubles, vos objets ont été distribués, tout à chacun a choisi ce qu’il voulait ré-animer en mémoire de ce que vous fûtes pour elle ou lui. Ils ont trouvé usage ailleurs et autrement, et si parfois me fend le cœur la façon dont ils sont détournés de ce à quoi vous les aviez destinés, j’essaie de ne plus empiéter sur ce que j’ai donné en votre nom, leur avenir ne m’appartient plus, ils devront jouir ou subir leur ré-affectation…

De vous, de plus de quatre-vingt dix années d’existence, d’amours, de joies, de peines, de bonheurs, de chagrins, d’espoirs ou de déceptions, ne persistent que ces vagues de souvenirs qui telles les marées viennent s’échouer sur les grains de sables que nous sommes.

Les jours d’avant ont désormais des teintes plus douces encore. Le souvenir embellit tout ce qu’il habille. Si nous avons pu manquer de patience en affrontant tout ce dont l’âge vous privait, la « jeunesse » s’agace de ce qu’elle pressent éphémère… Que nous ayons été des enfants aimés, choyés et gâtés va sans dire… En étions-nous conscients, certainement pas puisque nous ne connaissions rien d’autre que ce bonheur « normal »… Regretter de ne pas vous en avoir remercié plus souvent ne sert plus à rien, l’absence rend toute chose vaine…

C’est en réfléchissant au tendre reflet que vous laissez derrière vous, que je m’interroge sur la fatuité de l’importance que nous prêtons aux choses tangibles, tandis que l’impalpable dessine le souvenir qu’un jour nous laisserons à notre tour…

Ils faut sans doute un peu d’âge et quelque expérience pour prendre le temps d’y réfléchir, la jeunesse est bien trop empêtrée, par nécessité, ou par convention, dans une agitation professionnelle, sociale, familiale, pour analyser quoique ce soit. Tout se passe alors comme si rien jamais ne devait jamais changer alors que tout se transforme en permanence…

Quand vient l’Heure il n’est plus temps de nuancer les couleurs de nos existences, la palette et le pinceau seront dédiés à en colorer d’autres. Nous n’aurons plus qu’à signer l’œuvre que nous aurons commise, elle seule témoignera de ce que nous fûmes pour nos plus proches aimés, si encore cela leur semble garder quelque intérêt…

« Mon action est mon seul bien, mon action est mon héritage, mon action est la matrice qui me fera naitre, mon action est ma race, mon action est mon refuge. BOUDHA.

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