Silence…

Quel drôle de silence que celui là d’où n’émergent que le bruissement des mélèzes et le ricanement des corneilles …

Je ne m’étais pas aperçue jusqu’ici que le brouhaha lointain de la ville montait aussi fort jusqu’à mon jardin, et voilà qu’aujourd’hui le calme qui régnait par ici s’est « épaissi »… D’aucuns évoqueraient à tort un silence de mort, alors que je le qualifierais plutôt d’épanouissement de vie ! C’est au tour des oiseaux de se faire entendre pour de bon, plus rien ne fait barrière à leurs mélodies, et voilà qu’il me semble les découvrir, telles douces études de Chopin, dans la pureté d’un ciel enfin lavé de toute vapeur de kérosène…

Les arbres eux aussi ont retrouvé ce droit de parole qu’on leur confisque la plupart du temps, ils bruissent dans la tranquillité retrouvée, comme le ressac d’une petite marée. Ils me bercent au gré du souffle léger d’un zéphyr printanier débarrassé des effluves trublions de la « civilisation »…

Déambulant dans mon tout petit jardin de curé, je respire à pleins poumons le bonheur d’entendre l’herbe pousser et les cailloux rouler sous mes pieds… Enfin voici venu l’occasion de « prendre son temps » pour ceux, qui, pour rendre service, n’ont « qu’à rester chez eux » pour le réserver à de nouvelles priorités, ou d’en « perdre » à n’en faire rien de particulier… Ce temps précieux et que pourtant nous gaspillions bien souvent, le voilà propice à nos rêveries, méditations, réflexions, siestes réparatrices, grand ménage de printemps et toutes sortes d’objectifs procrastinés depuis des années ! Mine de rien, cette pause nécessaire, à nous autres imposée, nous conduira à d’autres habitudes, à peut-être davantage d’humilité et de sagesse (Dieu ou qui veuille bien m’entende…)

J’aimerais pouvoir partager mon petit bout de verdure avec ceux moins chanceux qui n’ont pour horizon que les quatre murs d’un appartement, souvent sans même un balcon… Confiné(e)s d’enfants gâtés que nous sommes, allons, faisons de ce moment un de ceux de « grâce » qui nous rendent « meilleurs »…

Je n’oublie pas ceux pour qui ce confinement sera à jamais synonyme de souffrances, voir de deuil, et ceux qui dans cette tragédie, n’auront que du temps à donner aux autres, ceux qui en s’oubliant nous offrent toute leur énergie pour nous permettre de le mieux supporter sans manquer de quoi nous sustenter, et qui nous font ainsi entrevoir pour plus tard, une liberté révisée et plus intelligemment utilisée …

« L’homme s’est lui-même enfermé jusqu’à ne plus rien voir qu’à travers les fissures étroites de sa caverne. »

De William Blake dans « Le mariage du Ciel et de l’Enfer ».

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