Le Père Lachaise… Gloire et vanité…

Un lundi de septembre que l’automne n’avait pas encore embrasé, même si la canicule de l’été ne s’était pas privée d’assoiffer les verdures, un lundi ensoleillé comme aux premiers jours des mois de Phoebe, bras dessus bras dessous, nous autres cousines et cousin recouvrés, décidions d’aller rendre visite à ceux qui souhaitèrent après Tout, reposer dans un cimetière renommé…

Il est vrai qu’en y déambulant on peut constater que si bien des célébrités y ont trouvé résidence à hauteur de leurs ambitions, bon nombre d’anonymes y reposent plus modestement… Jusqu’à quel point sommes nous capables de prétendre à cette curieuse « immortalité » que nous offrirait une sépulture prestigieuse ? Cet endroit, Le cimetière du Père Lachaise, (confesseur de Louis XIV), pourtant boudé dans un premier temps, puisque, en 1804, situé alors en dehors de Paris et dans un quartier réputé pauvre et populaire, devint le « dernier lieu » où l’on devait reposer dès que les dépouilles d’Héloïse et Abélard y furent transférées sur l’ordre du Préfet, ainsi que celle de Molière et de La Fontaine… En déambulant dans ses allées on s’aperçoit très vite qu’ici est reproduite une société hiérarchisée selon sa fortune ou sa notoriété…

Les plus orgueilleuses chapelles y côtoient de simples tombes de pierre, nombre d’entre elles s’effondrent dans la terre faute d’entretien, même les plus illustres de leur vivant ont parfois du mal à résister à l’usure du temps et de l’oubli…

Et c’est une promenade philosophique qu’on entame en parcourant les allées que l’Histoire a patiné, de grands arbres abritent ce microcosme endormi, copie plus vraie que nature du monde où nous vivons encore… Comment ne pas sourire en croisant ces oratoires prétentieux quand on imagine aisément qu’à l’ombre de leur rêves de grandeur ne subsistent que quelques ossements bien comparables à ceux de la modeste sépulture avoisinante !

C’est un parc romantique, une verdure champêtre, emplie de perruches égarées qui se sont approprié les lieux aux dépens des moineaux. Les arbres, en s’élevant au-dessus des conventions, se sont eux aussi emparés du domaine : leurs racines enlacent les tombeaux, soulèvent les dalles, ouvrent les caveaux, désarticulent les murs jusqu’à tenir béantes les portes grillagées des chapelles, comme autant de possibles évasions qu’il me plait d’imaginer, quand enfin l’âme s’est libérée de ses prisons de chairs et de pierres… L’herbe grignote les chemins de traverse, les pissenlits bien sûr, ne résistent pas au plaisir de l’adage, ça et là traversent des chats, passeurs d’ondes et de vibrations que ne démentiraient ni Allan Kardec, ni Gabriel Delanne, illustres médiums inhumés là…

Plus loin, d’autres monuments célèbrent glorieusement la mémoires des victimes de guerres ou de pogroms, de catastrophes, ou celles de ceux qui par leurs actions, se sont rendus célèbres et respectés.

C’est un univers à lui tout seul, « habité », traversé de visiteurs à longueur d’années, qui pour autant préserve ses « habitants » d’un silence fait de chuchotements étonnés, où s’invitent les bruits citadins, mais tenus au loin, par cette sorte de pudeur ou d’égards dû aux trépassés… Même si l’époque s’accommode trop souvent de ces inélégances regrettables que sont tongs, shorts et débardeurs déplacés ici, puisque le soleil aussi puissant soit-il, n’a jamais réussi à traverser la froideur des caveaux enfouis sous la terre…

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