L’aubade d’une cascade…

Comme il peut arriver qu’une chevelure en une seule nuit blanchisse tant le chagrin peut se nourrir de couleur, la forêt a blêmi sous le froid de janvier, la neige et le givre se sont disputé la moindre brindille, le tapis d’automne s’est brodé de blanc et craque sans qu’aucune présence n’y laisse son empreinte ou sa signature.

L’hiver en déposant cristaux et flocons fige les futées, habille la nature d’une parure de noces, mais de ribotes sans musique si ce n’est celle de ce silence poudreux qui feutre jusqu’au plus discret bruissement, pas davantage de pépiements, même timides, sous les frondaisons amaigries, le ciel pourtant lumineux, de ce bleu profond et glacé ne convainc aucun des moineaux transis qui se blottissent aux creux des troncs ou des nids… Or voilà qu’un peu plus loin un tumulte vient troubler cette quiétude blanche, une dégringolade d’eau se fracasse entre les roches qu’un Diable antan bousculât ici sans vergogne en enjambant le ruisseau. Une cascade bouillonnante déverse sa colère en éclaboussures bien vite contraintes… Le gel fait œuvre de sculptures, tant de pierres que de bois brimbalés ça et là dans les flots bondissants ! C’est une magie blanche que ces rideaux d’herbes pétrifiés, que ces mousses saupoudrées de paillettes, la nature s’est immobilisée un soir de froidure, ne plus bouger pour ne pas mourir tout à fait et préserver le peu que l’été de la Saint-Martin n’avait pas réussi à lui ravir, attendre avril patiemment sous l’aubade d’un torrent…

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