Vive le vent, vive le vent, vive le vent d’hiver…

Sous son emprise les grands sapins d’à côté sont pris d’une frénésie soudaine, agitant leurs branches en tous sens, une pluie d’épines sèches recouvrira bientôt l’herbe jaunie, leurs cimes éperdues se détachent dans un ciel que le soleil a fui en cette fin d’après-midi venteuse.

Coloré d’un bleu grisé annonciateur d’un changement d’humeur, la voûte céleste se maquille de colère encore contenue, avant d’y poser quelques pointes d’un vilain jaune verdâtre qui ne trompe personne, le vent ne se sera pas levé pour rien, commence la sarabande des bourrasques et des poussières…

Les rafales s’engouffrent entre les troncs élancés, remontent bousculer leurs branches hérissées jusqu’à parfois les briser, glissent au sol en soulevant des nuages de terre sèche, de vielles racines et de feuilles racornies. Le petit bois a pris des allures de wisigoth, lui qui l’après-midi même résonnait des rires des gamins du quartier, le voilà hagard, avec ses arbres hirsutes, ses feulements sauvages, ses cendres d’humus…

L’air murmure des syllabes, commence des phrases qu’il ne finit pas, ivre de sa propre violence, bafouille des discours que j’ai peine à suivre, je sens qu’il veut me parler, il s’agace et me bredouille qu’il veut de peur m’anéantir, je lui répond bravache qu’il ne m’impressionne pas, mais je mens, il souffle si fort, il dévaste tant alentours, bien sûr que je ne peux que subir et attendre une accalmie devant laquelle lui même devra  s’incliner quand là-haut d’autres dieux plus forts que lui auront décidé qu’il suffit !…

Bien à l’abri derrière ma fenêtre, je regarde la nuit envelopper ce surprenant désordre… Le jour en s’éclipsant, fait de ce paysage pourtant familier, une horde menaçante d’ombres chinoises… Mes beaux sapins n’ont plus rien d’aimable, leur sombre houle menace et gronde, de leur danse tribale émane une force primitive, sous la puissance du souffle, quelque chose de barbare, quelque chose qui nous fascine pour mieux nous soumettre, quelques chose d’ancestral que rien ni personne ne peut juguler, le vent d’hiver est là, à deux pas,  hostile, sauvage, à rugir dans le petit bois…

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