Quelque part là-bas une maison vide se languit de nous…

Elle n’est plus de première jeunesse et ses murs décrépis font des rêves de maçons. Quelques ampoules grelottent à ses plafonds en espérant de meilleurs abat-jours, recroquevillée derrière ses volets fermés, elle attend patiemment qu’on vienne l’éveiller pour lui confier tous nos doux projets.

De mémoire de pierres, elle n’a pas souvenir de mauvais propriétaires, tous en la voyant s’étaient immédiatement entichés de ses manières bretonnes, aucun n’avait lésiné sur le peu qu’elle réclamait d’attentions… Un petit muret l’entoure affectueusement depuis plus de cent ans, l’herbe folle court le long du trottoir et quelques graminées volages et peu exigeantes ont élu domicile entre ses pierres grises qui, bon an mal an, la protège des sans-gênes et des curieux. Nul besoin d’agiter la clochette avant de pousser le petit portillon, il grince de bonheur à la moindre visite tandis que les buissons d’hortensias bleus et roses se disputent l’espace d’un jardinet de curé  pour mieux s’assortir au bleu des persiennes colorées…

D’aucuns tentent de nous appâter par d’alléchantes propositions, nous promettant monts et merveilles, mais nous n’avons pas la folie des grandeurs, pas davantage d’ailleurs que ne l’a notre portefeuille, et nos goûts vont à celle qui, nous en sommes certains, retient son souffle en accueillant de possibles acquéreurs… Je suis bien sûre qu’elle fait tout ce qu’elle peut pour les faire renoncer à leur projet, ce n’est pas compliqué pour une petite maison un peu âgée de laisser fuir une gouttière, de céder quelques tuiles aux caprices du vent, ou de négliger quelques odeurs inhospitalières qu’un courant d’air aura tôt fait d’éradiquer quand à notre tour nous franchirons son seuil… Il y a mille façons de faire fuir le chaland, car n’en doutez pas, les maisons choisissent à qui prêter leur toit, ces occupations quoique toujours provisoires, n’en demeurent pas moins pesantes quand entre elles et nous ne s’est pas produit ce petit coup de cœur qui fait qu’on se sent aussitôt « chez soi » !…

Au premier regard nous nous reconnaîtrons, de cet instant naîtra un tendre compagnonnage, nous engagerons la conversation, ce qui sera indispensable pour décider d’un commun accord de nos intentions réciproques, les goûts et les couleurs, ça se discute… (oui, je précise que bien évidemment, les maisons ont un langage que seuls ceux qui savent parler aux pierres peuvent comprendre… cf. : « La maison qui murmure, ou un silence de pierres » sur ce même blog…)

Pour tout dire, nous sommes impatients de l’apercevoir au détour d’une rue, d’un chemin, peut-être à l’abri d’une dune ou posée entre landes et rochers… Le vent peut-être, caresse ses murs et la rassure, elle aussi s’inquiète et trouve le temps bien long, mais nous en sommes sûrs, nous nous reconnaîtrons…

Quelque part là-bas elle nous attend déjà…

 

 

 

 

 

 

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