Douze ans et demi à Grenoble…

J’ai avalé les kilomètres comme on croque un bonbon sans lui laisser le temps de fondre, l’excitation gommant la fatigue au fur et à mesure que le paysage me devenait de plus en plus familier…  Enfin, la plaine se mit à prendre de la hauteur, et brusquement je pus discerner dans une brume agaçante les contreforts de la couronne grenobloise.

« Mes » montagnes, celles que chaque jour de vacances je pouvais admirer de la fenêtre de la salle à manger de mes grands-parents, elles étaient là, devant moi, j’avais peine à leur prêter une réalité tant je les avais confinées à mes souvenirs, tant la vie me faisait sans cesse remettre à plus tard de les revoir un jour…

Je ne sais quel sentiment primait alors sur les autres en cet instant de retrouvailles, tant d’années après, elles étaient toujours là, même pas usées, plus j’approchais de ma destination, plus j’avais envie de les embrasser d’être toujours là, comme dans mes souvenirs de gamine, avec les mêmes plissements, les mêmes blancheurs hivernales, les mêmes éblouissements sous les rayons d’altitude…

Plus avant, la ville elle-même se cachait timide, sous l’averse orageuse, je pris un moment pour m’arrêter et regarder cet « autour de moi » que j’avais tant de bonheur à retrouver si longtemps après…

J’étais attendue. La famille, on a beau dire qu’on ne la choisit pas, la mienne, je ne l’échangerais contre aucune autre ! Si imperfections il y a, elles font tout son charme, et moi, à partir de ce jour de vacances de février, j’ai eu douze ans et demi, que ce soit au pied de Chamrousse, de la Chartreuse, du Néron ou entourée de ceux qui m’ont connue gamine et me retrouvent « sexygénaire » (enfin j’espère…) !…

Oui, les souvenirs d’enfance sont la glaise qui en séchant forgent notre présent et notre avenir. Ce sont des odeurs, comme celles des maisons familières, ce sont des saveurs, comme celles de la pogne que je dégustais au petit-déjeuner et qu’on ne trouvait qu’ici, ou celle du bleu de Sassenage dont je fais le roi de mon plateau à fromages quand il lui arrive de s’exiler jusqu’à l’étal du marché couvert d’Epinal, c’est le croquant des bugnes poudrées de sucre glace…

C’est un accent, et quel accent qui ne m’évoque que tendresses, gentillesses et sourires…  Qui m’émeut au point qu’en quelques heures j’en prends des intonations, comme si grâce à lui j’appartenais encore davantage à cet endroit, comme s’il me rendait plus proche encore de tous ces gens que j’aime tant !…

Quelques jours loin de mon âge, à nier que tant d’années s’étaient écoulées loin d’eux, à aller jusqu’au huit de la rue René Thomas où Papy et mamy m’accueillaient si souvent, grâce à qui j’ai noué tant d’attaches familiales et forgé les dits souvenirs… L’immeuble gris s’est refait une beauté claire sans réussir à me tromper ; les deux fenêtres sans rideaux me permettent d’apercevoir un bout de cloison beige, le salon, la chambre où je dormais… La porte d’entrée ne se pousse plus si facilement, je n’ai pas le code d’accès, et je ne grimperai donc pas les escaliers de pierre, ni ne me posterai bêtement devant leur porte d’entrée, comme si refaire le chemin à l’envers aurait pu faire qu’en sonnant ce serait eux qui m’auraient ouvert…

Entre bonheur et nostalgie, passer devant la rue d’Alembert, remonter le cours Berriat et le trouver bien plus étroit que dans mon souvenir d’enfant quand nous y allions prendre le tram jusqu’à la place Grenette ou la place de Verdun, et joie des joies pour l’enfant que j’étais (aux parents heureux propriétaires d’une automobile) d’emprunter un « car » pour aller aux Maisons Neuves !

A me perdre dans la ville nouvelle où rien ne me rappelle rien, mais me faire de nouveaux souvenirs avenue Foch, avenue du Vercors ou de Washington, Eybens, la route Napoléon à Brié en Angonnes… Apercevoir la petite place saint-Bruno où nous allions au marché, la rue Agutte Sambat où habitait une grand-tante couturière, à chercher la rue Vilar et les après-midi chez tatan Irma, à monter aux Saillants sans presque rien reconnaître sauf ceux qui m’y accueillirent si généreusement, à regretter de n’avoir pas davantage de temps pour justement en prendre et savourer ces retrouvailles magiques…

Ingrate je le fus sans doute pendant quelques années, au regard de tout ce que jadis j’ai puisé de bonheur ici, en ne prenant plus justement, ce Temps pour prendre et donner des nouvelles… L’éloignement, sans doute, la vie et ses aléas tout simplement… Ce bain dauphinois me fut une jouvence et un coup de pied au derrière ! Je ne laisserai plus ainsi filer les jours ! Montagnes, cousins et cousines, vous revoir m’a fait un bien fou, vous allez encore entendre parler de moi ! Tant pis pour vous !!!…

 

A toutes celles et ceux qui ont la grand générosité de m’accueillir au « pied levé » (en plus)…

La liste va être longue, moins cependant que je ne l’aimerais, car les années m’ont volé bien des gens que j’aimais… Mais cette liste déborde de tendresse, et j’espère, par ces lignes vous dire combien je vous suis reconnaissante de votre accueil plus que chaleureux !

A, donc, et par ordre d’entrée en scène lors de mon trop court séjour :

André et Marie-Thérèse, Simone et Odette, Jacques (et virtuellement sa belle petite famille), Denise et Gilbert, Margaux et Jean-François, Huguette Jean-Louis et Edith, Maurice et Suzanne.

 

 

 

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