Nanard… « Monsieur » Nanard, s’il vous plait !…

Notre ami nous a brutalement quitté il y a quelques semaines, et puisqu’on avait dû se plier à la décision implacable de la famille de ne permettre à quiconque de lui dire au-revoir, il aura fallu l’inaltérable et fidèle amitié de tous ceux qui l’approchaient pour qu’enfin une messe fut dite et que quelques-uns, au nom de tous, disent haut et fort l’estime qu’on lui portait et combien il avait œuvré en tous lieux et en toutes choses pour ceux dont la vie n’était pas un long fleuve tranquille…

Ce fut une fin d’après-midi empreinte d’émotion profonde et sincère. Certains ne purent en faire l’éloge sans que leur voix ne s’étrangle de chagrin, tous dirent ses nombreux engagements au service des autres, son intérêt pour tout ce qui pouvait ouvrir d’autres horizons, son implication à chercher et à trouver des solutions, toujours dans l’optique d’aider, de soutenir, de servir : SERVIR : le maitre mot qui dessinât les contours de sa vie. Tous enfin exprimèrent la chance et le bonheur qu’ils eurent à croiser son chemin ou d’avoir pu devenir son ami.

Tel il aura vécu, tel il sera parti, sans tambours ni trompettes, plus enclin à œuvrer dans l’ombre, dans la discrétion qu’à ameuter le ban et l’arrière ban à la moindre de ses respirations au contraire de tant d’autres friands des projecteurs de la reconnaissance… Mais sûr que ce soir il aurait été heureux de se voir si chaleureusement entouré, car sans aucun doute, ses « Lion’s » et ses copains de Promo ça comptait pour lui !…

Au sortir de la Faculté, il avait eu l’idée de fonder une association, celle qui permettrait à ses copains de Promotion de continuer à se rencontrer après que diplômés ils se lancèrent dans la dentisterie. Bientôt quarante années de retrouvailles bisannuelles et amicales. Une « Promo » dynamique, qu’il a lancé en 1974, et tenue à bouts de bras quand parfois personne d’autre que lui ne se proposait pour en assurer la continuité…

A ces heures perdues, si tant est qu’on puisse en l’occurrence ainsi les nommer, il s’adonnait à l’aquarelle et immortalisait ainsi les paysages de Franche-Comté, son bel étang aux eaux dormantes qui bientôt seront poudrées des cendres de sa vie…

La maladie entravât progressivement ses projets, jamais pourtant il ne renonçât à essayer de les réaliser, si tendrement soutenu par Claudie qui fut ces dernières années, son oxygène et une raison supplémentaire de continuer à les faire. Tous deux aussi réservés l’un que l’autre et pourtant aux caractères bien trempés. Qui ne se souvient du plaisir qu’il avait à lancer ses blagues grivoises et à s’amuser de ce qu’elles provoquaient de rire ou d’embarras ?… Blagueur, qui jamais ne se plaignait des aléas de sa vie, de ses déceptions ou de ses douleurs, homme de valeurs et pudique de ses souffrances… Et dans le chagrin et la solitude se révèle à son tour celle qui jusqu’au bout l’accompagnât, entre bonheurs et chagrins, réjouissances et maladies : Forte, courageuse, et si convaincue que son amoureux est là, invisible certes, mais si proche d’elle et de nous tous en fait…

Je quittais Lure, l’église pleine, la salle des fêtes remplie de ses nombreux ami(e)s réunis pour ce dernier hommage, où l’ambiance était davantage au sourire qu’à la  tristesse, même si chacun regrettait qu’il ne fût plus là pour trinquer avec eux… Mais notre Nanard faisait alors bien mieux, de son absence il inventait une autre sorte de présence, plus dense, curieusement plus permanente, leurs sourires étaient les siens et tout un chacun lui prêtait sans ambages les propos qu’il aurait pu tenir, car d’humour, il en avait à revendre, à ses dépens plus qu’aux dépens des autres !

J’avais allumé la radio dans ma voiture sur la route du retour, et je ne saurais vous dire si les musiques y mirent leurs grains de sel, mais j’eus la sensation qu’il emplissait le paysage de cette région qu’il affectionnait particulièrement… La douce lumière de ce soir de printemps, les fruitiers en fleurs, les vallons verts de gris au crépuscule, tout me ramenait à lui, aux autres copains disparus avant lui… Vieillir c’est donc ça : refaire de plus en plus souvent le chemin à l’envers, faire la quête aux souvenirs tout au long des trajets de retours d’enterrements ? Oui, sans doutes ces airs y contribuèrent, puisqu’eux mêmes porteurs des souvenirs de nos jeunes années, mais n’est-ce pas à travers eux justement, que nous « visualisons » de façon précise et presque « datée » le chemin que déjà nous avons parcouru, et celui, plus court qu’il nous sera ou non donné de parcourir un moment encore ?…

Quelques semaines plus tôt, c’est Jacques qui lui aussi avait pris son baluchon, nous laissant bien démunis devant l’inexorable… Tout comme moi « pièce rapportée » de la Promo ( plus généreusement « adopté de la Promo »), Jacques avait su de si jolie façon s’y intégrer que nous lui portions tous beaucoup d’amitié et d’affection, il n’a pas fini de nous manquer, lui aussi… Un « type bien » dit-on, qui s’en est allé, laissant Catherine et ses garçons dans le chagrin abyssal que j’ai connu il y a bientôt neuf ans, quand « mon » Bernard à moi a cru l’heure venue de s’en aller lui aussi, un désarroi  qui ne disparait jamais complétement, mais nous concède quelques répits en s’adoucissant, en s’apaisant avec le Temps, peut-être… A moins qu’une musique, qu’un parfum, qu’un endroit…

En ce jour de recueillement dédié à tous ceux et celles, qui hélas, nous ont laissé à nos occupations terrestres, faisons ensemble le choix de ne pas les oublier, de garder le meilleur de chacun et chacune afin de continuer notre chemin sans eux, mais avec leur souvenir et ce que leur absence réveille en nous d’humilité, de bienveillance et d’amitié… Que leur départ nous aide, nous qui avons la chance d’être cette fois encore réunis, que leur départ disais-je, nous serve à faire de notre avenir quelque chose de « bien » dont ils seraient fiers !

Ces mots en mémoire de nos amis disparus de la Promo 1974 :

Gérard LALY
Francis QUENOT
Jean-Jacques HERIBEL
MUNIER
Christian SCHILT
Bernard BARTHELEMY
Gilles PERNET
Danièle BOUVENET
Daniel FELIX
Bernard JACQUIN auxquels j’ajoute sans l’ombre d’une hésitation : Jacques DESFOSSEY, mari de Catherine.

 

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