Cap Frehel…

Un voile d’humidité grise recouvrait la lande tandis que s’effaçait bientôt le vieux phare de pierres sombres posé sur le bord de la falaise. La Manche roulait ses eaux terreuses vers le rivage ourlant chaque rouleau d’une écume de rage…

Depuis un moment déjà un ciel lourd de reproches nous annonçait le grain qui  au loin zébrait Fort La Latte et plus loin les côtes de Saint-Brieuc. Le vent de plus en plus fort s’engouffrait entre les bâtiments donnant un écho lugubre à ses brutales rafales.

Face à la mer, vacillante et fragile, à scruter un horizon estompé et brumeux, je ne pouvais détacher mon regard de ces flots impétueux qui inlassablement s’attaquaient aux  schistes bruns soulignant la côte. Plus rien alentour. Depuis un moment nul ne se risquait au bord de la falaise, et le rideau de pluie masquait le littoral. Plus rien qu’une houle fiévreuse…

Alors je réalisai combien la nature ce jour là avait su fidèlement traduire mes sentiments et mon idée de la solitude. La force démesurée de cet océan démonté me ramenait brutalement à l’essentiel, me rappelant sans ambages ma vulnérabilité… Ce tumulte d’eau et de vent ressemblait  curieusement au silence, car expurgé de tous bruit civilisé, un silence primitif … L’eau  sauvage amante pour quelques heure seulement d’un ciel  nébuleux et fuyant, dénuée de la moindre humanité… Seule, je me sentais l’Eve d’un monde originel, seule, sans recours et cependant libérée… Toute ma colère, toutes mes attentes me semblaient vaines… Chaque rouleau fracassé me remémorait mon douloureux passé, me donnait  l’envie d’un cri que personne n’entendrait, mais qui me libérerait de cet souffrance inavouée… Chaque lame argentée me rappelait combien mon avenir était précaire… Non, les années n’avaient rien apaisé, ou pas autant que je voulais bien m’en persuader…

Le crachin depuis un moment se dérobait sous la morsure d’une pluie glaciale, il me fallut presque m’arracher à ce spectacle cyclopéen tant la violence des éléments m’hypnotisait… A quelques mètres seulement de l’à-pic le brouillard diaphane permettait l’esquisse d’une civilisation, le charme était rompu…

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