L’aquarelliste…

Aristide est assis sur un banc.

Comme tous les après-midi. Il vient à petits pas mesurés s’y installer dès que le temps le lui permet. C’est un banc ombragé, bien orienté, qui permet aux promeneurs d’observer les rives de la Moselle où viennent se poser des canards et des cormorans. De nombreuses algues se sont emparé de la rivière. Elles forment un tapis fleuri où parfois des objets abandonnés au courant se retrouvent captifs. L’autre jour il y avait un ballon noir et blanc malencontreusement échappé d’une partie de balle au prisonnier que des enfants avaient entamé sur le bord de l’allée du parc voisin. Il n’est pas rare que des hérons s’y aventurent en quête de poisson, le fond par ici permet aux pêcheurs d’avoir pied pour y lancer leurs hameçons.

Aristide reste assis des heures entières à regarder les berges. Il y pose un regard attentif. Après avoir enseigné le dessin dans un collège pendant des années, il a dû prendre sa retraite. Il est maintenant un peu encombré de son temps… Il n’a jamais eu qu’une passion : la peinture à l’eau.

Aristide est aquarelliste. Quand il n’use pas de ses pinceaux, c’est du bout des yeux qu’il peint ses tableaux. Dans ses yeux le paysage n’a pas la tournure du nôtre… Les traits sont fins et les pigments plus doux. Il donne aux montagnes la douceur des collines, aux arbres une verdure mouillée, à l’eau des reflets argentés. Ce sont d’aimables perceptions d’artiste, des pastels bucoliques qui laissent le Canson ondulé et humide.

Aristide n’a plus qu’un frère, qui est ingénieur, qui habite loin, si loin de ses muses et de sa poesie… De toutes façons, Aristide s’est depuis longtemps éloigné des autres, sa vie aujourd’hui se résume à ses crayons et à ses brosses, aux esquisses qu’il crayonne d’un geste précis, aux ébauches qu’il farde plus tard d’un badigeon polychrome.

Aristide est assis sur son banc, et chaque jour quand le temps le lui permet, il refait le monde aux couleurs de son inspiration…

Author: Mo

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