Assis par terre…

Assis par terre, quel regard porte t’on sur le monde ?

La lucidité est le début du désespoir. A moins qu’à contrario  ce soit cet accablement qui rende plus clairvoyant ?…

« Vous me faites tous bien rire »…

« A quoi bon vous expliquer ? Je vis en parallèle dans un monde qui frôle le votre. Mais vous ne pouvez le soupçonner, ce que vous en distinguez n’en est qu’un pâle reflet, car vous ne sauriez vous imaginer vous-mêmes sur ce trottoir… Ah ?… Si, peut-être, puisque la peur vous a fait détourner le regard »…

« Pour me comprendre, il faudrait que vous sachiez de quoi jusqu’ici a été faite ma vie, que vous ayez partagé mes rêves, mes espoirs et mes fragilités, qu’un de mes regards ce soir vous ait pu vous attendrir »…

« Épargnez moi vos sermons, je prends bien garde à ce que mon verre soit à moitié plein, mais l’ivresse ne parvient plus à masquer toutes mes impuissances et toutes mes peurs »…

« Pour m’approcher, il faudrait que même en dormant vous restiez inquiets à l’idée de vous réveiller, que chaque matin ne soit une sourde et latente angoisse. Que cette détresse creuse votre ventre, monte inexorablement jusqu’à votre gorge et s’en saisisse comme un étau pour vous y garder prisonnier ».

« Que vous soyez vous-mêmes enfermés, ligotés, incapables de vous évader de cette prison d’anxiétés, d’impossibilités, que vous ayez à lutter contre cet engourdissement, ce raz de marée de misères qui vous submerge »…

« Oui, je suis assis par terre, je ne suis plus qu’une fatigue, le moindre geste exige de moi un effort si considérable que je renonce à le tenter… Ce désarroi pèse si lourd que l’idée même de me redresser me parait une incongruité »…

« Pour tout dire, aucun de mes projets n’ont jamais été couronnés de succès, et mes désir ont été à la mesure de mes insuffisances… Mon optimisme m’a fait tenté des sommets, mais l’escalade s’est terminé en cruelle dégringolade »…

« Je ne vous blâme pas de ne pas réussir à  me cerner… A condition que vous cessiez de me répéter que bientôt  « ça ira mieux » et que vous exigiez que je me tienne debout, un peu de dignité n’est-ce pas ?… Il faudrait aussi que vous compreniez ce que veut dire renoncer… A quelqu’un, à quelque chose… On ne peut éternellement s’accrocher à des ombres… « Lassitude » est le mot qui me définit le mieux ».

« Ce triste constat aura pris parfois des décennies et usé la plupart de mes amis, ne me restent que des compagnons d’infortune. La gaité comme la tristesse est contagieuse, si l’une a le magnétisme des aimants, l’autre éloigne inexorablement les plus patients »…

« Nous n’avons plus le même langage, à force d’incompréhension au mieux l’indifférence s’installe, ou fait place au mépris… Vous savez, nos histoires n’intéressent pas grand monde. Nos impudiques écuelles sont chaque jour remplies des débris de vos porte-monnaies… Que faire de ces pièces jaunes qui rarement payent un peu de mie, et que la boulangère compte sans fin quand derrière moi quelqu’un tend un billet » ?…

« Il n’est besoin d’aucun chagrin pour que mes yeux s’emplissent de larmes, je n’ai plus assez d’orgueil pour essayer de les retenir… Mes jours sont des gouttes à gouttes de tuyaux percés,  mes colères d’ivrogne ne me donnent plus la force d’affronter une ultime rebuffade…Le soleil ne réussit plus à me réchauffer, au coeur du plus bel été je frissonne avant d’enfiler un gilet, la pluie glisse sur moi comme le regard des passants « procureurs », plus rien, vous savez, n’a d’importance… A coups répétés de cauchemars, même dormir ne me laisse plus en paix. Et quand bien même vous auriez raison »…

« Vous me faites tous bien rire »…

A ces fantômes des rues, à ces misères miroirs…

Author: Mo

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