Elle a ce regard profond et pénétrant de ceux qui, quoique contraints de dépendre des autres sauront toujours garder leurs distances.

Elle nous déshabille des yeux et nous démaquille l’âme, devant elle la tricherie se dérobe, l’artifice est superflu…

A l’obligation d’être immobile elle oppose une énergie qui nous laisse stupéfaites et bouillonne d’une impatience que l’ habitude a réussi à maîtriser.

Elle travestit sa difficulté à parler d’une prononciation lente et articulée. Sa bouche traduit fidèlement sa pensée tandis que ses mains évanouies sur les accoudoirs de son fauteuil ont renoncé à se joindre à la parole…

Son teint pâle ne déguise pas ses douleurs, le souffle court elle s’accroche à nos lèvres et ne perd pas une miette de nos conversations. Nous tissons patiemment un dialogue coupé de silences où elle reprend sa respiration. Et c’est la nôtre qui nous manque quand nous la voyons autant peiner à exprimer ce qui nous semble à nous si aisé…

Elle est partie en guerre contre son corps qui l’a trahie et ne s’économise aucun geste qui lui soit encore permis. La faiblesse de ses forces contraste avec la détermination de son combat.

Devant elle c’est nous qui sommes pétrifiées, avares de nos pantomimes, presque contrites de cette facilité à nous mouvoir… Son supplice nous ramène à l’essentiel, pour quelques heures seulement nous serons conscientes d’avoir de la chance, tandis que chaque geste lui est une conquête et chaque mot une victoire…

Nous nous étions quittées chipies, nous nous retrouvons attendries par les égratignures de nos vies. La photo de classe ne nous épargne aucun de nos complexes d’adolescentes et nous constatons dans un éclat de rire combien l’époque nous fut ingrate !… Elle se tait et sourit tendrement à la petite fille aux nattes blondes qui ignore encore de quoi seront faites ses détresses…

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