Angoisse…

J’ai peur…

De nommer cette pesanteur qui me donne un regard acéré sur tout ce qui m’entoure…

De ces moments de bonheurs qui m’apparaissent si fragiles et pourraient disparaître d’un coup de baguette maléfique…

J’ai peur de ces ombres qui se sont emparé de mon sein, de ces grains de sables qui empierrent ma chair, j’ai peur de cette fouille qu’on m’annonce et de cette attente qui pèsera lourd…

J’ai peur de ces hommes de sciences trop plein de compassion, de cette gentillesse dont on m’entoure, de ces rassurances qui m’inquiètent et de toutes ces choses que bizarrement j’ai tenu à mettre à jour il y a peu de temps…

J’ai peur de ces miroirs qui se fracassent, de ce Vendredi 13 que j’ai osé défier, j’ai peur de tout ce qui jusqu’ici me faisait éclater de rire…

J’ai peur de tout ce que mon corps à mon insu fabrique, j’ai peur de cette alchimie sournoise et de cette douleur silencieuse…

Mon corps m’échappe et se travesti, quel est ce Carnaval où je suis conviée sans que je puisse me désister ?

Je scrute ce sein déjà balafré qui fait l’innocent et ne montre aucun signe de démission… Il semble me narguer et me pousser dans mes retranchements, les années passant j’avais oublié qu’il n’était qu’en rémission…

Huit années de soulagement balayées par une photo noir et blanc ratée, il va encore falloir poser de côté et sourire en se retenant de respirer…

J’ai peur de cette vrille qui m’entamera et qui la nuit me tient parfois éveillée…

J’ai peur de la souffrance, j’ai peur d’être douillette et de n’être qu’une trouillarde !

Je me désagrège en imaginant l’angoisse qui étreindrait mes enfants, j’ai peur de leur peur et de leur courage s’ils avaient à me porter…

Je cherche ce treillis qui camouflerait cette possible absence, et quelle héroïque posture imaginer pour soutenir le regard de l’homme que je veux tant séduire sans les attraits de ma féminité ?…

J’ai peur de ce que la maladie ferait de moi, peur du peu de force qu’il me reste pour l’affronter et lui tenir tête, peur ne pas être assez orgueilleuse pour me battre sans pleurnicher…

Je n’ai rien encore, et je serai peut-être indemne dans quelques semaines, indemne d’un cancer sans doute, mais pas indemne de ma peur irraisonnée et irraisonnable…

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