Attendre

Si parfois les heures deviennent immobiles, qu’aucun bruit jamais ne parvient à  meubler vos silences, si vos pensées s’amenuisent jusqu’à ne se borner qu’à  la même personne ou à  la même chose, si votre téléphone depuis un moment n’a pas quitté votre main, si vous l’entendez sonner même quand obstinément il reste muet, si aucune occupation ne vous retient, si vous n’osez pas vous absenter, si vous ne savez que piétiner d’une pièce à  l’autre sans jamais vous poser, si vous en arrivez à  compter jusqu’à votre chiffre fétiche pour qu’enfin quelque chose se passe, ou pire, si vous n’espérez plus rien de précis hormis que quelque affaire s’annonce même la pire pour enfin en finir…

Si aucune cigarette n’apaise votre inquiétude et que vos cendriers débordent de vos impatiences, si depuis longtemps vous avez oublié à quoi ressemblent des ongles et que vos yeux ne suivent aucune ligne du livre que vous avez entre les mains, si vos pensées se perdent en mille conjectures, et si chaque seconde passée n’est que le défunt témoignage d’un espoir déçu, alors il faut vous y résoudre : vous êtes en train d’attendre…

Attendre c’est espérer et soudain perdre confiance, c’est oser y croire puis l’instant d’après sentir son ventre se déchirer rien qu’à  l’idée que tout puisse être que chimère…

C’est n’en jamais finir de se tourmenter, s’épuiser à  grimper un coteau, reprendre son souffle, songer à  renoncer, imaginer mille moyens pour gagner du terrain, c’est se perdre dans une absence et se consoler d’un rien, c’est ignorer le cadran de sa montre quand les minutes pèsent des siècles à  force de silence…

C’est aussi donner bien trop d’importance au moindre signe qu’on veut bien interpréter pour y puiser la force de continuer à  espérer…

C’est s’entêter à  croire qu’on ne s’est pas trompé, se figurer que les choses sont bien telles qu’on les imaginait. C’est se mentir pour se persuader qu’on va bien, c’est oublier qu’on se ment pour continuer d’aller bien…

Mais ça, c’est attendre quand on n’est sûr de rien !

Car lorsqu’on ne doute pas, il n’y a plus d’angoisse, plus de souffrance, l’attente n’est plus qu’une friandise qu’on laisse doucement fondre sur le bout de la langue pour pimenter le prochain baiser ou ce projet qu’on va réaliser… C’est une coquetterie qui donne du goût à  l’évidence…

Alors la pesanteur et l’inertie s’effacent, tout nous semble possible et si facile !

L’anxiété devient confiance, l’attente se fait certitude. C’est un état plaisant qu’on rêverait permanent puisqu’à la fin, ne plus rien attendre signe son trépas…

Attendre, quel qu’en soit le résultat, c’est être vivant, le reste, finalement à  bien peu d’importance !…

Author: Mo

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