« Silicone » Valley…
Raisonnable jusqu'à nier mes craintes face aux carabins qui jusqu'ici m'affirmaient combien mon inquiétude était injustifiée... Patiente jusqu'à retarder de les rappeler pour ne pas ajouter aux centaines de patientes affolées par les dernières informations passées au travers du filet de silence dont on nous entourait...
Je ne sais plus à quel "sein" me vouer !...
Pendant des mois taire ma préoccupation qui aurait été taxée d'absurde ou d'illégitime... Sagement décider de n'écouter qu'une voix, celle de mon chirurgien, peu prolixe par ailleurs, de ne pas me perdre dans les méandres d'Internet, de ne pas me laisser bêtement alarmer par des avis non contrôlés...
Et toujours cette incertitude... A quand " l'Intercession des "seins"...
Apprendre la mort d'une femme aux seins siliconés et jusqu'à l'effarement constater qu'alors seulement l'urgence semblerait s'imposer... Être enfin convoquée et repasser tous ces examens qui vous laissent des heures dans l'attente et le tourment des résultats...
Ne pas réussir à obtenir une réponse claire à une question simple : "Faut-il ou non conserver en son sein ces prothèses frelatées ? Pire, devoir se justifier d'une inquiétude, pour ne jamais savoir si la décision prise le sera pour des raisons thérapeutiques, de budget, de politique sanitaire, ou de protection contre une patiente hypocondriaque potentiellement "à problèmes" pouvant éventuellement "porter plainte" contre un état de faits dont personne n'endosse la responsabilité ni ne trouve de solution !
Un laboratoire qui n'existe plus et n'est donc plus ni crédible ni solvable... Des médecins qui parlent à mots pesés, qui ne s'engagent en rien dans une décision qu'ils vous laissent "libre" de prendre ou pas.... Comme si soudain leur science toute entière nous était déléguée !!!!!
LÂCHETÉ !!!
Je réclame seulement un diagnostic et un conseil précis à des professionnels instruits et expérimentés, dont c'est le métier, pour éclairer les victimes néophytes que nous sommes !
Et qu'enfin, on cesse d'opposer porteuses de prothèses à des fins thérapeutiques et porteuses de prothèses à des fins esthétiques ! Comme si ces dernières étaient tenues pour responsables des malversations d'un laboratoire malhonnête ! Comme si cette quête d'esthétisme devait être jugée et punie d'une façon ou d'une autre ! Si bien entendu la démarche n'a rien de comparable, le résultat espéré doit en tous cas répondre aux mêmes impératifs sanitaires de santé publique, et l'obligation pour elles comme pour nous de repasser sur le billard doit être pris en charge de la même façon ! Que je sache, nous nous en serions bien passées les unes et les autres !
A toutes les victimes des profits réalisés au détriment de notre santé par des gens peu scrupuleux !
On serre toujours contre son sein ceux qu'on aime, et l'art d'écrire n'est que celui d'allonger ses bras... (Diderot dans une lettre à Sophie VOLLAND)
* Voir précédemment "Crabes fourbes ou méduses frelatées" Mot-a-mo.com Mars 2011
La Chapelle… (Notre-Dame du Haut à Ronchamp)
Le Corbusier la dessina entre ciel et coteau, loin de l'eau et pourtant telle une Arche d'aujourd'hui, entre Lorraine et Franche-Comté.
La fraîcheur et le silence du lieu bravent la chaleur et l'effervescence extérieure de cet après-midi d'avril.
Le porche à peine franchi nous adoptons la démarche lente et feutrée des clarisses en procession pour Vêpres. A peine se glissent t'elles comme des ombres dans les rangées de bancs de bois clair, qu'aussitôt s'élèvent sous la voûte leurs voix claires et nasillardes. De prières en chants liturgiques c'est à peine si nous osons nous aventurer dans la pénombre de la chapelle.
L'architecture se veut sobre, dépouillée de tout artifice.
Seule la clarté sculpte l'espace.
Trois puits de lumière se disputent l'ouvrage. Trois oratoires d'ocre, de sable ou de carmin qui invitent au recueillement.
Ici, ni nef ni transept.
Le bâtisseur voulut une enceinte toute en rondeurs, aux murs percés ça et là de "hublots" aux vitraux colorés que le soleil embrase selon l'heure et la saison. Si quelquefois sa lumière enlace l'autel aux heures de prière, les moniales veulent y voir la Présence divine qui leur fit un jour préférer la robe de bure plutôt que d'apparat... Nous autres, mécréants, n'y trouvons qu'un rayon bienvenu pour adoucir l'austérité glacée du sanctuaire...
La voussure résonne de la monotonie des psalmodies tandis que le vertige me saisit devant toutes ces vies agenouillées devant un dieu que je ne parviens pas à imaginer, que pourtant elles ont épousé et nomment Providence... De mes souvenirs de pensionnat au couvent des Oiseaux je ne retiens que l'angoisse qui m'étreignait dès que Mère Marie Bénédicte me demandait d'être attentive à la "voix du Seigneur" à son possible appel à rejoindre plus tard leur Communauté pour lui consacrer mon existence... A cette simple évocation, la gamine que j'étais ne distinguait avec effroi qu' une possible réclusion à vie entre messes et clôture. Je m'épuisais alors à le supplier de ne pas m'appeler... Et si mes voeux impies furent exaucés, je leur envie parfois la sérénité imperturbable qui habille chacun de leurs sourires... Chez elles tout semble paisible...
365 jours et des poussières…
Rose, je pense à toi.
Souvent.
Je crois t'apercevoir encore, parfois au détour d'une rue. Une blondeur, que sais-je, une silhouette qui s'efface dès qu'on l'attrape du bout des yeux...
Je ne pleure plus. Ou alors parce que les photos... Et si, en plus, une musique... Un abysse. Un vertige.
Toi, lui, eux, tous ces visages sur papier glacé qui ne sont plus d'ici... Comme si la pellicule avait saisi avant nous votre regard déjà en quête d'un ailleurs... Ça me fait peur, ce vide, cet espace entre vous et moi, infranchissable, cette distance qui s'installe, comme si en nous quittant vous aviez perdu votre humanité pour mieux vous éloigner.
C'est ça. Vous éloigner. Vous êtes loin, je ne sais où, dans le temps et dans l'espace. Vous n'êtes plus, tout simplement. Vous n'êtes plus qu'une question sans réponse, un silence.
Vous me manquez, là, maintenant, et peut-être aussi quand je suis très occupée, ou très gaie. Vous me manquez. Quand au beau milieu du bruit et de l'agitation soudain je suis immobile même si pour tous les autres je continue d'avancer. Je suis immobile. Comme si cette immobilité pouvait un instant me rapprocher de vous, de votre monde. Je m'applique à vous ressusciter en silence, en vain... Mais je m'applique, je fais des paris fous, je promets l'intenable, je fais du chantage, pour qu'une seconde au moins vous soyez encore là... En vain... Alors je me remets à bouger, comme les autres, je fais semblant de vous ignorer, et, ne doutez pas de mon chagrin, mais j'y parviens...
Vous me manquez, parce que mes jours se multiplient tandis que les vôtres me sont retranchés.
Parce que c'est invraisemblable que vous ayez existé, et que vous ne soyez plus. Je commence des phrases qui ne s'adressent qu'à vous, je ne les termine jamais, elles se délitent dans l'absence... Vous ne répondrez plus.
La douce fraîcheur d'une brise ou le froid qui m'entame, un rayon qui perce la grisaille, un bruit familier, une musique nostalgique, et je pense à vous, je vous sens, si fort, si vrais qu'un instant vous n'êtes pas davantage là, mais plus si loin, un sourire narquois ou tendre porté sur ma solitude de survivante...
A Rose, à Bernard, à mon Papa, et à Jean-Paul. A Christian aussi, Marie-Anne, Nadou, Corinne, mes amis disparus... Et tous ceux qui sont partis avant eux...
Mémoires de murs…
Je ne sais si le silence, en s'installant dans des lieux inhabituellement déserts, favorise la perception de ce qu'ils nous révèlent...
Dans le collège les pièces sont dessinées comme des eaux fortes, les traits sont précis, comme les piles de dossiers au garde à vous sur les bureaux et les chaises retournées sur les tables. Plus rien n'est flou.
Le ménage a été fait, rien ne traine par terre ni ne dépasse des étagères. Chaque chose est à sa place, elles restent figées là où on les a posées avant de les abandonner à leur immobilité. Le silence les étoffe, leur accordant davantage d' importance. Des trimestres de labeur ou d'ennui soulignent le plafond d'un voile de grisaille, exagérant la fadeur de la peinture des murs. Les lambris de bois sombres qui tapissent les cloisons, les porte-manteaux où parfois restent encore suspendus des gilets ou des foulards oubliés, les casiers sans courriers ni copies à corriger, chaque objet, chaque endroit semble se réapproprier les lieux et y retrouver son identité. Le photocopieur ronronne au fond de la salle des professeurs, aucun gobelet de plastique n'encombre la machine à café, les écrans sont éteints et les claviers muets. La sonnerie aigrelette du téléphone résonne dans le hall et va se perdre dans des couloirs désertés.
Quand tout s'agitait mon regard survolait les choses sans jamais prendre le temps de se poser. Le bruit rétrécit l'espace, le silence lui rend son âme.
Autant d'endroits que de silences...
Dans la pénombre de la basilique, le silence embaume la cire et l'encens. Echappée d'un entour assourdissant, j'ai à peine franchi le portail que le calme qui en drape l'architecture m'enlace de sa fraîcheur. C' est un apaisement. Je ne saurais dire si quelque Dieu y accepte l'hospitalité du sanctuaire qu'au Moyen-Age pierre à pierre on a pu lui construire, mais s'il fallait le nommer, Harpocrate ou Horus feraient bien l'affaire. Le mutisme des murs n'est qu'apparence, un murmure d'orgue m'emboîte le pas, mon regard alors s'attache aux chapiteaux sculptés, les creux et déliés de la pierre me disent un passé encombré de gamins aux aubes trop empesées, de sermons puritains et de chagrins autour de cerceuils de sapin... La lumière se fait discrète, se déversant timidement d'un vitrail dormant pris au piège d'une résille de plomb, pour aussitôt s'abîmer dans l'ombre des murailles. Le rideau cardinal du confessionnal ne receuille plus que des aveux de poussière... Plus loin on a gravé dans la pierre le noms de pieuses chanoinesses qui reposent dans la crypte comme une dernière renonciation. Quelques pièces dégringolent dans le tronc paroissial et des cierges s'allument en guise de prière...
Je ne sais si les murs se souviennent ou si nos émotions parlent pour eux, mais presque tous me parlent quand le silence les habille d'intimes et secrètes souvenances ...
Il neige…
Le jardin avait perdu sa rousseur sous les vents pluvieux de Novembre. Les feuilles qui tapissaient le sol avaient pris les couleurs de la terre mouillée. L'air humide enrobait la nature d'une moisissure noirâtre qui s'enlisait tristement dans un hiver aux douceurs surprenantes.
Mais cet après-midi il s'est mis à neiger.

