Son bouquet…
Il est enfin arrivé, il est là, dans l'entrée, avec son bouquet... Il le tient nonchalemment du bout d'une main,derrière lui, comme ça, mine de rien, me le donne en m'embrassant, "tiens, j'ai trouvé ça" me dit-il presqu'en bougonnant... Il est comme ça l'homme du reste de ma vie, il n'est pas trop à l'aise avec les déclarations, alors, ses mots d'amour il les garde bien au chaud dans son coeur, mais à moi, il me suffit d'un regard pour les lire et me sentir rassurée... L'autre soir, il avait mis tous ses "je t'aime" dans un bouquet. Un énorme bouquet de roses bigarrées, comme celles qui s'appuyaient sur le mur du jardin de ma grand-mère : de magnifiques fleurs aux pétales fermes et ourlés d'un trait de couleur plus foncé. Elles sentaient bon la douceur des soirs d'été, depuis quelques jours, toutes baignées dans l'eau claire d'un vase, elles n'en finissent pas de s'ouvrir et de me livrer de doux secrets...
Ce que nous partageons tous deux en porte les couleurs et la fragance, je voudrais tant savoir lui dire combien ses fleurs me font plaisir, curieusement, moi si prolixe, parfois tant de bonheur me laisse muette, je regarde ses fleurs et je ne sais plus quoi dire, tant les mots me semblent chiches à traduire mon ravissement...
A JC
Marie-Anne…
Une fois encore la Mort me prive d' une amie... D' une amie au long court, de celles qu'on ne voit pas tous les jours, mais qu'on peut retrouver à chaque instant sans que le temps n'ait de prise sur la sincérité des sentiments qui nous unissent... De celles avec qui on peut reprendre une conversation comme si elle n'avait jamais été interrompue.
Bien qu' hélas la maladie nous ait depuis des années prédit cet épilogue redouté, la réalité vient de nous rattraper, notre chagrin est alors fait d'autant d'impuissances à modifier la fin de l' histoire que de détresses devant cette bizarre absence qui partout s'immisce...
Je passais sous ses fenêtres sans pourtant m'arrêter bien souvent... Mais je savais que c'était possible, que si aujourd'hui le temps me manquait, demain peut-être je le prendrai... Et aussi, ne pas y passer trop souvent, l'inquiétude montant crescendo, la crainte de ne plus être qu'une indiscrétion... Ce soir et à jamais, je pourrais bien grimper ses escaliers, je ne la trouverais plus allongée sur son canapé, fumant un cigare qui ne pouvait plus lui faire davantage de mal qu'il ne l'avait déjà fait...
Je sais qu'elle n'est plus là, et son absence habille la rue, hante la ville et résonne dans la brise qui se mêle de pluie... Je croise des gens et je les envie de ne pas ressentir ce vide innommable qui dévore tout autour de moi...
Oui, la Mort s'empare de préfèrence de ceux qu'on aime, et nous laisse désemparés, démunis, dépouillés, rendus à notre cruelle précarité... La Faucheuse n'a cure de justifier sa maraude, toutes les excuses sont bonnes et valent condamnation...
Le ciel ce matin se fait un mouchoir des nuages. Elle si lumineuse aurait sans doute préféré s'en aller dans la clarté d'un rayon printanier... Qui davantage qu'elle nous aura aussi simplement donné une idée de ce qui est admirable ?...
Marie-Anne il ne nous reste plus maintenant qu'à être à la hauteur de ce que tu as été... Encore quelque chose qui te ferait éclater de rire ! Comme tous les gens formidables tu te croyais très ordinaire !...
Et maintenant que tu ne peux plus nous empêcher de te le dire : "Chapeau bas, Madame" ! Vous avez été une femme remarquable, d'une élégance rare, et sûr, vous nous manquez déjà...

