Mot à  Mo J'aime les mots et écrire, même maladroitement

21jan/112

Les pommes…

Il avait cueilli des groseilles. Plein de groseilles. Grappe après grappe il les avait égrenées et versées dans un petit seau de plastique blanc.

Poussant la porte de bois qui donne sur le poulailler, il traversa l'enclos où depuis des années s'étaient accumulés tous les bouts de grillages inutilisés, toutes les cagettes ramassées au coin de l'épicerie, jusqu'aux épluchures de légumes qu'ils jetaient sur le sol terreux avant de les rentrer dans la cave qui leurs servait de garde-manger. Les restes d'une mobylette grise et cabossée servait de perchoir aux volailles, et de vieux pneus coupés en deux, de mangeoire où ils versaient les graines qui se mêleraient bientôt de pluie... "Les larmes du Paradis" disaient-ils en déplorant la misère de ce monde...

Le temps lui semblait si long depuis ce 27 Février de l'année passée... "Maman a laissé un grand vide", me répétait-il souvent... "Ah Maman"... "Maman" une tendre façon de nommer celle qui partageât ses jours plus de soixante trois ans... Une enfant de l'Assistance, qui, placée dans une ferme dès l' âge que l'on disait" de raison" avait appris à balayer, à lessiver ou à exécuter toutes les besognes que sa famille adoptive trouvait trop ingrates...  Elle l'avait quitté à petit feu, s'éloignant de lui tout doucement, oubliant tout ce qui avait fait leur vie, jusqu'à l'existence de leurs deux enfants...  Elle avait vécu sa dernière année dans une maison de retraite, qui, comme dans  bien des villages, voisinait l'église et le cimetière... Morne paysage bordé de cloches et de macchabées...Sentant son heure venir, elle lui avait simplement dit : "Qu'est-ce qu'on a été heureux tous les deux !"... Puis, son visage ensommeillé, perdu dans un grand sourire, s'était à nouveau noyé dans l'oubli...

Il continuait cependant...

25juil/100

L’absent…

La journée enfin s'épuise dans la cacophonie métro-Babel qui t'engloutit, anesthésiant ta lassitude dans les tressauts du wagon sur les rails grinçants. Tu t'abandonnes aux secousses de la rame, morne berceuse d'une après-midi d'octobre.

Le front plissé et les yeux mi-clos tu ne vois plus l'enfilade des quais bondés d'une foule grise. Tes pensées sont ailleurs, loin de cet avaloir de saleté et de poussière grasse, peut-être à des années d'ici quand "Il" était encore là, l'espace de quelques stations, le Temps s'est effacé...

La douleur lancinante de son absence resurgit ce soir alors qu'un chiffon d'éther l'avait doucement mis en sommeil ces dernières années... Pourtant les jours avaient parus si longs quand il s'en était allé, comme si l'avenir sans lui se faisait prier pour exister...