Mot à  Mo J'aime les mots et écrire, même maladroitement

12mai/100

Un regard…

Elle a ce regard profond et pénétrant de ceux qui, quoique contraints de dépendre des autres sauront toujours garder leurs distances.

Elle nous déshabille des yeux et nous démaquille l'âme, devant elle la tricherie se dérobe, l'artifice est superflu...

A l'obligation d'être immobile elle oppose une énergie qui nous laisse stupéfaites et bouillonne d'une impatience que l' habitude a réussi à maîtriser.

Elle travestit sa difficulté à parler d'une prononciation lente et articulée. Sa bouche traduit fidélement sa pensée tandis que ses mains évanouies sur les accoudoirs du fauteuil ont renoncé à se joindre à la parole...

Son teint pâle ne déguise pas ses douleurs, le souffle court elle s'accroche à nos lèvres et ne perd pas une miette de nos conversations. Nous tissons patiemment un dialogue coupé de silences où elle reprend sa respiration. Et c'est la nôtre qui nous manque quand nous la voyons autant peiner à exprimer ce qui nous semble à nous si aisé...

Elle est partie en guerre contre son corps qui l'a trahie et ne s'économise aucun geste qui lui soit encore permis. La faiblesse de ses forces contraste avec la détermination de son combat.

Devant elle c'est nous qui sommes pétrifiées, avares de nos pantomimes, presque contrites de cette facilité à nous mouvoir... Son supplice nous ramène à l'essentiel, pour quelques heures seulement nous serons conscientes d'avoir de la chance, tandis que chaque geste lui est une conquête et chaque mot une victoire...

Nous nous étions quittées chipies, nous nous retrouvons attendries par les égratignures de nos vies. La photo de classe ne nous épargne aucun de nos complexes d'adolescentes et nous constatons dans un éclat de rire combien l'époque nous fut ingrate !... Elle se tait et sourit tendrement à la petite fille aux nattes blondes qui ignore encore de quoi seront faites ses détresses...

7août/090

Comme une dentelle…

Elle nous quitte doucement, elle nous quitte à reculons...

Elle m'ouvre sa porte, son visage s'illumine  - "Ah te voilà, toi !" -

Pour cette fois encore elle m'aura reconnue...

Les joues encore rondes d'une jeunesse lointaine, le visage enroussi quoique les années n'en aient pâlit la peau à peine flétrie, le regard bleu délavé de trop de larmes à avoir dû verser...

Un sourire en forme d'excuse quand elle parle de son âge. Faut-il que Saint-Pierre ait  tant à faire pour lui avoir laissé accumuler jusqu' ici tant de printemps qui, sans pitié, deviennent des novembres de froidure...

Des yeux qui s'étonnent de tout, qui souvent encore s'émerveillent, des yeux aux aguets qui s'évadent parfois si loin de nos contrées, des yeux fatigués, des yeux près de bientôt se fermer...

Des mains toutes gantées de plissures, des mains comme une fine porcelaine veinée, des mains qui se tâchent d'indigo pour dénoncer la douleur, des mains tremblantes d'impuissance ou d'anxiété...

Une mémoire mariée depuis un moment au Passé, une mémoire infidèle qui ne flirte avec le Présent que pour aussitôt l'oublier...

Une mémoire en dentelle de  soie qui s'effiloche, une mémoire lassée d'elle-même qui préfère se réinventer...

17juil/090

Frousse…

Silence... Absence...

Soudain une pesanteur.

Le soir inquiète et plus aucun matin ne rassure.

Les heures s'allongent ou paraissent trop courtes.

Le miroir renvoie une image désemparée, la mine est grave et le regard anxieux.

L'âge ne se maquille plus et grise le teint.

L'Avenir se dérobe et semble ne plus vouloir tenir ses promesses tandis que le Présent s'effrite...

Trop d'interrogations encombrent les pensées sans y trouver la moindre réponse.

Et brusquement...