Mot à  Mo J'aime les mots et écrire, même maladroitement

3fév/110

365 jours et des poussières…

Rose, je pense à toi.

Souvent.

Je crois t'apercevoir encore, parfois au détour d'une rue. Une blondeur, que sais-je, une silhouette qui s'efface dès qu'on l'attrape du bout des yeux...

Je ne pleure plus. Ou alors parce que les photos... Et si, en plus, une musique... Un abysse. Un vertige.

Toi, lui, eux, tous ces visages sur papier glacé qui ne sont plus d'ici... Comme si la pellicule avait saisi avant nous votre regard déjà en quête d'un ailleurs... Ça me fait peur, ce vide, cet espace entre vous et moi, infranchissable, cette distance qui s'installe, comme si en nous quittant vous aviez perdu votre humanité pour mieux vous éloigner.

C'est ça. Vous éloigner. Vous êtes loin, je ne sais où, dans le temps et dans l'espace. Vous n'êtes plus, tout simplement. Vous n'êtes plus qu'une question sans réponse, un silence.

Vous me manquez, là, maintenant, et peut-être aussi quand je suis très occupée, ou très gaie. Vous me manquez. Quand au beau milieu du bruit et de l'agitation soudain je suis immobile même si pour tous les autres je continue d'avancer. Je suis immobile. Comme si cette immobilité pouvait un instant me rapprocher de vous, de votre monde. Je m'applique à vous ressusciter en silence, en vain... Mais je m'applique, je fais des paris fous, je promets l'intenable, je fais du chantage, pour qu'une seconde au moins vous soyez encore là... En vain... Alors je me remets à bouger, comme les autres, je fais semblant de vous ignorer, et, ne doutez pas de mon chagrin, mais j'y parviens...

Vous me manquez, parce que mes jours se multiplient tandis que les vôtres me sont retranchés.

Parce que c'est invraisemblable que vous ayez existé, et que vous ne soyez plus. Je commence des phrases qui ne s'adressent qu'à vous, je ne les termine jamais, elles se délitent dans l'absence... Vous ne répondrez plus.

La douce fraîcheur d'une brise ou le froid qui m'entame, un rayon qui perce la grisaille, un bruit familier, une musique nostalgique, et je pense à vous, je vous sens, si fort, si vrais qu'un instant vous n'êtes pas davantage là, mais plus si loin,  un sourire narquois ou tendre porté sur ma solitude de survivante...

A Rose,  à Bernard, à mon Papa, et à Jean-Paul. A Christian aussi, Marie-Anne, Nadou, Corinne, mes amis disparus... Et tous ceux qui sont partis avant eux...

7juin/100

Le bonheur…

Ca tient à tant et à si peu...

A Juin qui jusqu'ici hésitant, frileusement  pelotonné sous un édredon de nuages, s'amusait à déposer des gilets sur nos tenues d'été...

A ce bout de tissu retrouvé au fond d'un tiroir qu'en deux coups de ciseaux et trois points de fil blanc j'aurais bientôt transformé en nappe fleurie ou en corsage.

Aux terrasses des cafés qui grignotent la place et la couvrent de parasols colorés, aux bruissements étouffés des conversations qui se fondent dans la chaleur moite d'une journée de canicule, à la fraîcheur d'une anisade glacée sirotée du bout d'une paille...

Aux fumets des grillades qui s'échappent des jardins et s'acoquinent aux éclats de rires des invités, aux cris de joie des gamins qui sont impatients de goûter au dessert...

Aux senteurs d'herbes fraîchement coupées, à celles du seringa qui embaume la haie vive, aux volées de moineaux qui pillent les cerisiers...

Aux robes légères qui rendent les femmes désirables, aux cheveux que la brise décoiffe, aux cornets de glaces qui font briller les yeux des enfants et dégoulinent bientôt sur leurs doigts...

Au plaisir de retrouver les cotonnades que l'hiver avait remisé au fond des armoires, aux eaux de toilette citronnées qu'on préfère aux parfums musqués...

Aux projets de vacances qui pointent le bout de leurs nez, aux souvenirs de celles de l'année passée, aux photos qu'on n'a pas encore rangé et au goût salé du dernier caramel du paquet...

A la voix de mon fils qui me dit qu'il va bien, à celle de ma fille qui traverse l'océan pour me rassurer...

Aux chagrins qui nous révélent les véritables amitiés, aux victoires qu'on partage et aux échecs qu'on arrose quand même, à tous ceux qu'on aime et qui nous le rendent si bien...

A ce train qui fait battre mon coeur un peu plus fort chaque fois qu'il t'amène chez moi... A l'impatience qui s'empare de moi et  m'habille d'urgence tant le temps me presse de pouvoir me blottir contre toi...

A ta façon de sourire en te moquant de moi, à celle que tu as d'ouvrir mes placards et de faire comme chez toi, aux tendres habitudes qui doucement forgent notre histoire...

A tous ces jolis moments qui  font une ronde de prochaines fois qu'on espère et qu'on provoque déjà....

Le bonheur, c'est certainement un peu de tout ça !...