Mot à  Mo J'aime les mots et écrire, même maladroitement

29mai/100

Un homme bien…

Là-bas tout n'est que bruits de ferraille.

Le roulement métallique des charriots de soins et les chaises qu'on traine dans un coin pour tenter de s'éloigner des autres, les portes qui claquent et le cliquetis des serrures qu'on ferme.

Un monde clos qu'on isole du nôtre, ultime remède à ce qu'on nomme folie...

Deux humanités qui s'opposent et ne parlent plus le même langage. Des pleurs, des cris, des gémissements, ou plus terrible encore le silence...

L'incompréhension engendre la peur, la peur invente l'urgence, l'urgence impose les camisoles de toile ou de molécules... L'immobilité imposée au corps anesthésiera l'âme... 

Une résignation... De ne pouvoir rien maîtriser, ni les uns ni les autres...

Deux continents en guerre, deux vérités qui  usent des mêmes stratagèmes pour déjouer les manoeuvres de l'adversaire.

Un peuple longtemps clandestin en son propre pays. Qu'on dissimulait d'autant d'impuissance que de honte...

Toujours cette abominable discordance de pathologies qui les aggrave, de solutions éphémères...

Des hommes qui soignent l'inguérissable et qui depuis longtemps ont oublié leurs utopies pour aller  à l'indispensable. Pour ne pas succomber au vertige, l'humain s'efface et devient sourd...

Mais parfois un sourire perce le brouillard, un regard écoute la souffrance et lui répond qu'il la comprend...  C'est un peu de chaleur qui pénètre une insondable solitude, une rassurance le temps d'un échange... Le temps alors n'est plus de l'argent, mais une mine de diamants dont chaque pierre éclaire un fragile avenir.

Et si beaucoup de ces hopitaux ne peuvent exhaler que ce qu'ils respirent de douleurs, il arrive aussi que certain d'entre eux épousent l'image de ce regard et en cultive la noblesse. Les lieux sont fidèlement le reflet de ceux qui les fréquentent, et si par bonheur un homme bien y laisse son empreinte, ils se révèlent étrangement apaisants et providentiels...

Cet homme là existe... Il pose son regard clair sur d'autres hommes perdus. Il distribue chaque jour des germes d'espoir, mais peu d'entre eux ont encore l'envie de les voir grandir...  Et s'il n'aura pu, hélas, anéantir la désespérance et le désarroi de celui qui partageait ma vie, il l'aura accompagné de son indulgente exigence et jusqu'au bout considéré comme un homme capable de se réinventer...

Merci à Nazim...

2déc/090

Angoisse…

J'ai peur...

De nommer cette pesanteur qui me donne un regard acéré sur tout ce qui m'entoure...

De ces moments de bonheurs qui m'apparaissent si fragiles et pourraient disparaître d'un coup de baguette maléfique...

J'ai peur de ces ombres qui se sont emparé de mon sein, de ces grains de sables qui empierrent ma chair, j'ai peur de cette fouille qu'on m'annonce et de cette attente qui pèsera lourd...

J'ai peur de ces hommes de sciences trop plein de compassion, de cette gentillesse dont on m'entoure, de ces rassurances qui m'inquiètent et de toutes ces choses que bizarrement j'ai tenu à mettre à jour il y a peu de temps...

J'ai peur de ces miroirs qui se fracassent, de ce Vendredi 13 que j'ai osé défier, j'ai peur de tout ce qui jusqu'ici me faisait éclater de rire...

J'ai peur de tout ce que mon corps à mon insu fabrique, j'ai peur de cette alchimie sournoise et de cette douleur silencieuse...

Mon corps m'échappe et se travesti, quel est ce Carnaval où je suis conviée sans que je puisse me désister ?

Je scrute ce sein déjà balafré qui fait l'innocent et ne montre aucun signe de démission... Il semble me narguer et me pousser dans mes retranchements, les années passant j'avais oublié qu'il n'était qu'en rémission...

Huit années de soulagement balayées par une photo noir et blanc ratée, il va encore falloir poser de côté et sourire en se retenant de respirer...

J'ai peur de cette vrille qui m'entamera et qui la nuit me tient parfois éveillée...

J'ai peur de la souffrance, j'ai peur d'être douillette et de n'être qu'une trouillarde !

Je me désagrège en imaginant l'angoisse qui étreindrait mes enfants, j'ai peur de leur peur et de leur courage s'ils avaient à me porter...

Je cherche ce treillis qui camouflerait cette possible absence, et quelle héroïque posture imaginer pour soutenir le regard de l'homme que je veux tant séduire sans les attraits de ma féminité ?...

J'ai peur de ce que la maladie ferait de moi, peur du peu de force qu'il me reste pour l'affronter et lui tenir tête, peur ne pas être assez orgueilleuse pour me battre sans pleurnicher...

Je n'ai rien encore, et je serai peut-être indemne dans quelques semaines, indemne d'un cancer sans doute, mais pas indemne de ma peur irraisonnée et irraisonnable...