Le bonheur…
Ca tient à tant et à si peu...
A Juin qui jusqu'ici hésitant, frileusement pelotonné sous un édredon de nuages, s'amusait à déposer des gilets sur nos tenues d'été...
A ce bout de tissu retrouvé au fond d'un tiroir qu'en deux coups de ciseaux et trois points de fil blanc j'aurais bientôt transformé en nappe fleurie ou en corsage.
Aux terrasses des cafés qui grignotent la place et la couvrent de parasols colorés, aux bruissements étouffés des conversations qui se fondent dans la chaleur moite d'une journée de canicule, à la fraîcheur d'une anisade glacée sirotée du bout d'une paille...
Aux fumets des grillades qui s'échappent des jardins et s'acoquinent aux éclats de rires des invités, aux cris de joie des gamins qui sont impatients de goûter au dessert...
Aux senteurs d'herbes fraîchement coupées, à celles du seringa qui embaume la haie vive, aux volées de moineaux qui pillent les cerisiers...
Aux robes légères qui rendent les femmes désirables, aux cheveux que la brise décoiffe, aux cornets de glaces qui font briller les yeux des enfants et dégoulinent bientôt sur leurs doigts...
Au plaisir de retrouver les cotonnades que l'hiver avait remisé au fond des armoires, aux eaux de toilette citronnées qu'on préfère aux parfums musqués...
Aux projets de vacances qui pointent le bout de leurs nez, aux souvenirs de celles de l'année passée, aux photos qu'on n'a pas encore rangé et au goût salé du dernier caramel du paquet...
A la voix de mon fils qui me dit qu'il va bien, à celle de ma fille qui traverse l'océan pour me rassurer...
Aux chagrins qui nous révélent les véritables amitiés, aux victoires qu'on partage et aux échecs qu'on arrose quand même, à tous ceux qu'on aime et qui nous le rendent si bien...
A ce train qui fait battre mon coeur un peu plus fort chaque fois qu'il t'amène chez moi... A l'impatience qui s'empare de moi et m'habille d'urgence tant le temps me presse de pouvoir me blottir contre toi...
A ta façon de sourire en te moquant de moi, à celle que tu as d'ouvrir mes placards et de faire comme chez toi, aux tendres habitudes qui doucement forgent notre histoire...
A tous ces jolis moments qui font une ronde de prochaines fois qu'on espère et qu'on provoque déjà....
Le bonheur, c'est certainement un peu de tout ça !...
Quand vient le soir…
J'aime bien quand vient le soir.
J'aime bien ces heures où tout s'apaise, où la terre nous rend au centuple ce que le matin lui a donné, quand elle s'épanche de tous les parfums qu'elle a respiré pendant la journée.
J'aime l'odeur de l'herbe quand la pluie l'a mouillée, j'aime celle du foin fraîchement coupé qui va doucement sécher à l'ombre de la lune.
J'aime ce que les oiseaux nous disent quand la lumière s'épuise, leur sérénade comme un prélude à notre nuit...
J'aime les nuages qui lentement obscurcissent le ciel et en limite le contour. J'aime ce silence forgé de mille sonorités...
Un volet descend dans un battement de bois et de ferraille, quelques enfants s'amusent encore, martèlent l'asphalte et s'égosillent en se poursuivant. Un chien plus loin aboie, une porte se ferme dans un cliquetis rassurant...
J'aime le tumulte de l'eau qui remplit l'arrosoir, la fraîcheur qui tombe sur les fleurs, j'aime le craquement d'une branche jetée dans le feu qui crépite à côté, j'aime les volutes de fumée qui posent un voile sur le peu de lumière rescapée, j'aime les heures tardives sonnées au clocher...
J'aime bien quand vient le soir et qu'il rend à chaque bruit sa véritable histoire, j'aime être enfin à l'abri du tintamarre, j'aime m'appuyer sur le muret de ma terrasse et regarder les feuilles bruisser sous le zéphyr, les fleurs reprendre vie sous la rosée, j'aime ces couleurs qui virent et se mêlent de gris...
J'aime bien quand vient la nuit... Quand l'obscurité s'empare du paysage et en gomme les laideurs, quand l'ombre disparaît au profit de l'harmonie. Ne reste plus qu'une sombre douceur qui s'en vient habiller le jour de son costume de nuit...

