Je ne sais pas vous, mais…
Je ne sais pas vous, mais...
Avez-vous remarqué ?...
Qu'il pleut souvent quand on a oublié son parapluie ou qu'on sort de chez son coiffeur...
Que tout devient compliqué quand on est pressé et qu'on est systématiquement en retard alors qu'on pense avoir tout son temps...
Qu'au supermarché on choisit toujours le caddie qui n'a que trois roues valides et qu'à peine prenant son tour dans la file d'attente pour passer à la caisse, il y a soudain un problème d'étiquette...
Que la paire d'escarpins sur laquelle on louche depuis des jours et des jours n'existe plus dans sa taille ou que le parfum dont on ne parvient pas à se passer depuis des années ne se fabrique plus...
Que revient à la mode tout ce dont on vient de se séparer après avoir tout gardé pendant des années...
Qu'il suffit de surfer sur Internet au bureau pour qu'au même moment passe son patron...
Qu'un "bug" survient toujours sur l'ordinateur avant qu'on ait eu le temps d'enregistrer sa saisie...
Que le four tombe en panne le jour où l'on reçoit ses amis, et que le soufflé inratable finit de s'effondrer sur le coin de la cuisinière !
Que les gendarmes sont installés au rond-point chaque fois chaque fois qu'on n'a pas bouclé sa ceinture de sécurité, qu'un radar nous "flashe" la seule fois où l'on n'a pas surveillé son compteur...
Qu'à la radio l'animateur n'a pas précisé le titre de cette chanson qu'on aimerait tant retrouver...
Que le livre qu'on cherche désespérement depuis des semaines ne sera pas réédité...
Que l'ascenseur est bloqué quand on a dix étages à monter...
Qu'il n'y a plus de gobelet quand on arrive à la machine à café, ni d'eau chaude pour la douche quand on en rêve après que toute la famille y soit passée...
Qu'on ne perd jamais que les objets auxquels on est attaché...
Que le vase qui conviendrait si bien à ce bouquet est rangé sur l'étagère que notre mètre cinquante six n'atteindra jamais sans l'aide de l'escabeau qu'on a la flemme d'aller chercher dans la pièce à côté...
Que la belle affaire que l'on vient de faire est vendue deux fois moins cher dans le magasin d'à côté...
Qu'on rencontre toujours la personne "qu'il ne faut pas" le jour où l'on n'est ni coiffée ni maquillée...
Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais il ya des jours où rien ne se passe comme il faudrait !...
Prendre soin…
Prendre soin...
De l'hiver qui s'étire et pose un bonnet de laine sur les premiers jours de Mars...
D'une éclaircie qui parfois déchire les nuages et nous improvise un printemps de fortune dont la douceur rassure nos espoirs...
De cet ami perdu de vue qu'on croise au hasard d'une rue où l'on n'a pas d'habitudes...
D'une soirée glaciale sur les gradins d'une patinoire presque déserte, où, le temps d'un match de hockey, la claquement du palet contre les balustres a ranimé des silhouettes et réveillé ma mémoire...
De l'arôme du café qui s'acoquine à l'odeur des croissants frais posés sur la table du bistrot, et du froissement des pages du journal qu'on feuillette avant d'aller travailler.
De la douceur de la couette quand on s'y glisse pour la nuit, de l'éponge tiède au sortir de la douche, de l'écharpe bleue qui réchauffe le col de mon pardessus.
Du sourire de la caissière du supermarché ou de l'affabilité d'un client moins pressé qui me laisse passer.
Du poids d'un panier rempli des légumes du marché et du fumet de poulet rôti qui aiguise l'appétit...
De l'odeur d'encre violette qui s'échappe de mes vieux cahiers où s'est glissé un buvard de velours tout tâché de mes essais, de celle piquante de naphtaline dans la penderie du grenier qui protège des habits qu'on ne remettra plus, ou de celle amère et mouillée de mon petit chien qui rentre du jardin...
De la trace d'un parfum familier au creux de la maille d'un gilet qu'on garde comme la relique d'un bonheur défunt...
D'un soupir échappé d'une caresse, d'un sourire rescapé d'une chamaille, du frisson de bonheur quand je t'attends sur le quai venteux de la gare et que le train enfin s'arrête dans un crissement stridents d'essieux...
De cette faveur inespérée que la vie nous fait en nous proposant de continuer le chemin tous les deux, et de ce quotidien qu'on pourrait broder de tendres habitudes...
De ces jours qu'on vit comme une routine, de tous ces petits bonheurs que chaque matin donne sans compter mais qu'on ignore tant ils nous semblent légitimes...

