Mot à  Mo J'aime les mots et écrire, même maladroitement

7fév/100

Rosemary…

Dimanche 07 février 2010.

Il est un peu plus de midi. Le ciel est aussi lourd que je le suis d'un chagrin de plus.

Le cimetière est aussi désert qu'il puisse l'être à cette heure d'un dimanche de février. Des maisons alentours ne parvient aucune résonnance. Les façades ici semblent avoir pris le deuil pour toujours. La neige l'aurait allégé de cette lassitude brumeuse et humide, mais elle a fondu en larmes qui mêlées aux nôtres laissent les allées de graviers creusées de ravines et de flaques d'eau grises.

Qui n'en connaîtrait pas le chemin le trouverait aisément en ramassant les pétales de fleurs qui jonchent le passage où il y a seulement quelques heures les plus proches des tiens t'accompagnaient silencieux et accablés jusqu'à la tombe familiale.

Ce matin, une cascade de fraicheur recouvre pudiquement la pierre. On ne peut plus lire les noms de ceux qui reposent avant toi sous la lourde dalle tant les bouquets et les gerbes se bousculent dans un pastel de glaïeuls, de gerbéras, de roses et de tulipes mêlées de verdures sensées resister plus longtemps à la froidure. N'émerge de cette brassée flamboyante qu'un prénom aux dorures délavées, celui de ton gamin foudroyé auquel tu n'auras survécu que parce qu'il le fallait bien, jusqu'à ce qu'épuisée de t'en convaincre, tu ne préfères le rejoindre...

J'ai eu peine à m'endormir hier soir, imaginant la nuit envelopper ta tombe de sa mantille noire. Malheureuse de ne savoir t'éviter cette définitive solitude, privée de la lumière des jours, de la blancheur des lunes et de nos quatre saisons. Pas un arbre, pas un buisson où quelque moineau courageux pourrait venir se percher à meilleure embellie... J'ai peine à te savoir immobile à jamais sous cette pesanteur, toi à la blondeur si fragile...

Ce cimetière sans âme qu'un souffle puissant balaye comme pour en chasser la pauvre chaleur que nous tentons de te conserver...

Je ne participe pas à la gabegie de phrases de circonstance, je ne sais si la mort soulage les uns d'une vie que la souffrance rend intolérable, les autres de l'impuisssance qu'ils éprouvent à ne pas avoir réussi à vous la rendre à nouveau supportable...

Je ne sais si tu es mieux sous ce masque de cire dont le dernier soupir accable, je ne sais rien qui puisse m'apaiser, je ne veux surtout rien pour toi de ces banalités faites pour rassurer ceux qui restent, je leurs préfère mes souvenirs et le silence, la retraite et l'intimité de mon chagrin.

Il me faudra du temps...

Je voudrais pour toi des mots légers qui rendraient ton départ moins insupportable, mais s'ils existent ils ne viendront que plus tard, quand j'aurai pris la détestable habitude de ne plus espérer t'apercevoir au coin d'une rue, quand je comprendrai réellement pourquoi tu es aux abonnées absentes et que j'aurai le courage d'admettre qu'une part de moi t'a manqué...

Je ne garde pour ce soir que la fine pluie qui perle tes bouquets, que le ciel assorti à la couleur de ma peine, que la lourdeur de cette sépulture qui ne te ressemble pas, je ne retiens ce soir que la lenteur de ton premier jour à l'ombre de ta vie...

2déc/090

Angoisse…

J'ai peur...

De nommer cette pesanteur qui me donne un regard acéré sur tout ce qui m'entoure...

De ces moments de bonheurs qui m'apparaissent si fragiles et pourraient disparaître d'un coup de baguette maléfique...

J'ai peur de ces ombres qui se sont emparé de mon sein, de ces grains de sables qui empierrent ma chair, j'ai peur de cette fouille qu'on m'annonce et de cette attente qui pèsera lourd...

J'ai peur de ces hommes de sciences trop plein de compassion, de cette gentillesse dont on m'entoure, de ces rassurances qui m'inquiètent et de toutes ces choses que bizarrement j'ai tenu à mettre à jour il y a peu de temps...

J'ai peur de ces miroirs qui se fracassent, de ce Vendredi 13 que j'ai osé défier, j'ai peur de tout ce qui jusqu'ici me faisait éclater de rire...

J'ai peur de tout ce que mon corps à mon insu fabrique, j'ai peur de cette alchimie sournoise et de cette douleur silencieuse...

Mon corps m'échappe et se travesti, quel est ce Carnaval où je suis conviée sans que je puisse me désister ?

Je scrute ce sein déjà balafré qui fait l'innocent et ne montre aucun signe de démission... Il semble me narguer et me pousser dans mes retranchements, les années passant j'avais oublié qu'il n'était qu'en rémission...

Huit années de soulagement balayées par une photo noir et blanc ratée, il va encore falloir poser de côté et sourire en se retenant de respirer...

J'ai peur de cette vrille qui m'entamera et qui la nuit me tient parfois éveillée...

J'ai peur de la souffrance, j'ai peur d'être douillette et de n'être qu'une trouillarde !

Je me désagrège en imaginant l'angoisse qui étreindrait mes enfants, j'ai peur de leur peur et de leur courage s'ils avaient à me porter...

Je cherche ce treillis qui camouflerait cette possible absence, et quelle héroïque posture imaginer pour soutenir le regard de l'homme que je veux tant séduire sans les attraits de ma féminité ?...

J'ai peur de ce que la maladie ferait de moi, peur du peu de force qu'il me reste pour l'affronter et lui tenir tête, peur ne pas être assez orgueilleuse pour me battre sans pleurnicher...

Je n'ai rien encore, et je serai peut-être indemne dans quelques semaines, indemne d'un cancer sans doute, mais pas indemne de ma peur irraisonnée et irraisonnable...