Mot à  Mo J'aime les mots et écrire, même maladroitement

7juin/100

Le bonheur…

Ca tient à tant et à si peu...

A Juin qui jusqu'ici hésitant, frileusement  pelotonné sous un édredon de nuages, s'amusait à déposer des gilets sur nos tenues d'été...

A ce bout de tissu retrouvé au fond d'un tiroir qu'en deux coups de ciseaux et trois points de fil blanc j'aurais bientôt transformé en nappe fleurie ou en corsage.

Aux terrasses des cafés qui grignotent la place et la couvrent de parasols colorés, aux bruissements étouffés des conversations qui se fondent dans la chaleur moite d'une journée de canicule, à la fraîcheur d'une anisade glacée sirotée du bout d'une paille...

Aux fumets des grillades qui s'échappent des jardins et s'acoquinent aux éclats de rires des invités, aux cris de joie des gamins qui sont impatients de goûter au dessert...

Aux senteurs d'herbes fraîchement coupées, à celles du seringa qui embaume la haie vive, aux volées de moineaux qui pillent les cerisiers...

Aux robes légères qui rendent les femmes désirables, aux cheveux que la brise décoiffe, aux cornets de glaces qui font briller les yeux des enfants et dégoulinent bientôt sur leurs doigts...

Au plaisir de retrouver les cotonnades que l'hiver avait remisé au fond des armoires, aux eaux de toilette citronnées qu'on préfère aux parfums musqués...

Aux projets de vacances qui pointent le bout de leurs nez, aux souvenirs de celles de l'année passée, aux photos qu'on n'a pas encore rangé et au goût salé du dernier caramel du paquet...

A la voix de mon fils qui me dit qu'il va bien, à celle de ma fille qui traverse l'océan pour me rassurer...

Aux chagrins qui nous révélent les véritables amitiés, aux victoires qu'on partage et aux échecs qu'on arrose quand même, à tous ceux qu'on aime et qui nous le rendent si bien...

A ce train qui fait battre mon coeur un peu plus fort chaque fois qu'il t'amène chez moi... A l'impatience qui s'empare de moi et  m'habille d'urgence tant le temps me presse de pouvoir me blottir contre toi...

A ta façon de sourire en te moquant de moi, à celle que tu as d'ouvrir mes placards et de faire comme chez toi, aux tendres habitudes qui doucement forgent notre histoire...

A tous ces jolis moments qui  font une ronde de prochaines fois qu'on espère et qu'on provoque déjà....

Le bonheur, c'est certainement un peu de tout ça !...

21août/092

Nos chagrins…

Il est des chagrins qu'on croit naïvement avoir muselé au cours des années, alors qu'il puisent impunément dans une envolée de musique, une senteur ou un paysage de quoi à nouveau nous parler.

Il est des chagrins qu'on pense avoir terrassé alors qu'on a juste essayé de les ignorer.

Des chagrins qu'on croit pouvoir adoucir, alors qu'ils ne seront jamais que rugosité...

On veut croire que pour leur survivre il suffit de les mettre de côté, qu'en niant leur existence ils se dissoudront progressivement jusqu'à n'être parfois qu'une légère brume de tristesse posée sur notre bien-être retrouvé...

On veut croire que le Temps les atténue, que nos larmes les usent...

On croit pouvoir vivre sans eux mais eux ne peuvent vivre sans nous...Et s'ils nous sentent leur échapper ils s'empressent de nous culpabiliser et c'est ainsi qu'on hésite à redevenir heureux sans eux...

Et puis, comme si ça n'était pas assez, il faut aussi supporter l'incontinence verbale et le regard décalé de ceux qui n'en ont pas encore connu de vrais, de tous ceux qui de loin savent mieux que nous ce que c'est que d'avoir du chagrin ! Il faut côtoyer ceux qui, sous prétexte de nous être attachés, s' arrogent le droit de nous juger, ceux qui, à notre place, auraient fait beaucoup mieux...

Ceux devant lesquels on se surprend à se justifier...

Ceux qui nous trouvent bonne mine et s'en affligent, ceux qui s'offusquent à l' idée qu'on ait "déjà" pu oublier...

Ceux qui ne vous écoutent pas, qui se servent de votre chagrin comme d'un tremplin pour mieux évoquer leur propre quotidien...

Les mêmes s'étonnent de nous voir survivre et aller de mieux en mieux pour plus tard nous reprocher de n'être pas au diapason quand pour eux il serait grand temps d'aller bien...

Que savent-ils de l'énergie que nous mettons à tenir debout ? Un sourire peut être le seul moyen de ne pas faiblir. Il n'est plus jamais question de s'attendrir ou de trop s' appesantir sur nos états d'âme. Si l'on se concède une larme, ce peut devenir un torrent en un instant... Alors on s'évite la noyade... On prend assez vite l'habitude de faire bonne figure, et bientôt les gens oublient, c'est bien normal... S'ils sont un peu agacés par notre "courage", ils ne supporteraient pas de nous entendre nous plaindre... L'empathie a ses limites !

Il est des chagrins que l'on croit appartenant au Passé alors qu' ils sont tapis au détours de nos vies, et derrière nos apparentes sérénités personne n'en soupçonne la douloureuse et ineffaçable présence ...