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	<title>Mot à  Mo &#187; mort</title>
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		<title>L&#8217;absent&#8230;</title>
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		<pubDate>Sun, 25 Jul 2010 12:43:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mo</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Tweet La journée enfin s'épuise dans la cacophonie métro-Babel qui t'engloutit, anesthésiant ta lassitude dans les tressauts du wagon sur les rails grinçants. Tu t'abandonnes aux secousses de la rame, morne berceuse d'une après-midi d'octobre. Le front plissé et les yeux mi-clos tu ne vois plus l'enfilade des quais bondés d'une foule grise. Tes pensées [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="bottomcontainerBox" style="border:1px solid #808080; border-radius:5px 5px 5px 5px; box-shadow:2px 2px 5px rgba(0,0,0,0.3);background-color:#F0F4F9;">
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			</div><div style="clear:both"></div><div style="padding-bottom:4px;"></div><p>La journée enfin s'épuise dans la cacophonie métro-Babel qui t'engloutit, anesthésiant ta lassitude dans les tressauts du wagon sur les rails grinçants. Tu t'abandonnes aux secousses de la rame, morne berceuse d'une après-midi d'octobre.</p>
<p>Le front plissé et les yeux mi-clos tu ne vois plus l'enfilade des quais bondés d'une foule grise. Tes pensées sont ailleurs, loin de cet avaloir de saleté et de poussière grasse, peut-être à des années d'ici quand "Il" était encore là, l'espace de quelques stations, le Temps s'est effacé...</p>
<p>La douleur lancinante de son absence resurgit ce soir alors qu'un chiffon d'éther l'avait doucement mis en sommeil ces dernières années... Pourtant les jours avaient parus si longs quand il s'en était allé, comme si l'avenir sans lui se faisait prier pour exister...<span id="more-331"></span></p>
<p>Un abominable chagrin où la colère s'était installée comme une ultime parade à l'inéluctable, rempart dérisoire pour endiguer cette récurrente injustice qui s'obstine à nous priver de ceux qu'on aime. Cette incompréhension pour toute réponse stérile à nos interrogations. Pourquoi "Lui" tandis que tant d'autres nous indiffèrent et sont toujours en vie ?...</p>
<p>Écouter d'abord s'égrener les heures comme autant de tocsins martelés sur la fonte de nos âmes endeuillées, puis faire du Temps un ami et bientôt négliger de les compter. Pleurer moins à force de se convaincre qu'il ne s'agit que d'un chagrin provisoire, que viendra un matin où tout sera "comme avant". Finir par y croire et souffrir davantage quand la raison nous rattrape.</p>
<p>Se prendre alors de vertige en contemplant l'abîme creusé par cette curieuse absence qu'on n'ose pas nommer... L'échappée n'est plus si belle mais mortelle et rompt sournoisement un dialogue qui, s'il n'existait guère de son vivant, semble maintenant nous manquer... Il faut se résoudre à n'avoir que trop parlé ou pas assez...</p>
<p>Une chape est tombée, à quoi bon faire tourner nos tables ? Le bois en craquera de dépit de ne trouver personne sous la chaleur de nos doigts...</p>
<p>Un passant parfois emprunte sa silhouette flattant nos espoirs les plus fous... Se retenir de courir car bientôt l'image se floute dessinant un inconnu que l'on maudira de n'être pas "Lui".</p>
<p>En parler souvent au Passé avec cette indulgence qu'on ne prête qu' à ceux qui sont morts, lui attribuer des mots qu'il n'aurait pas manqué de dire, réentendre sa voix au détour d'une expression, et le gratifier de qualités qu'il n'avait peut-être pas, s'en souvenir autrement qu'il n'était vraiment, imaginer qu'il sourit de notre pauvre condition terrestre tandis qu'il s'épanouit dans un ailleurs que nous fabriquons à la mesure de nos émotions...</p>
<p>Regarder toutes ces photos qui semblent prises pour l'éternité, y retrouver son sourire malicieux dont il parait aujourd'hui nous narguer et parfois y découvrir un regard qui semble déjà voir bien au-delà de nous...</p>
<p>Trouver ce jour plus lourd que tous les autres, ne pas aimer voir vieillir ce chagrin, se reprocher de ne plus y penser si souvent ou de rire encore alors qu'il n'est plus là.</p>
<p>Enfin sentir combien il nous manque, avec tout ce bonheur qu'on ne sait plus comment partager, et cette chaise désespérément vide où personne n'ose plus jamais s'asseoir...</p>
<p>A Jean-Paul et tous ceux qui inéxorablement nous quittent...</p>
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		<title>La maison, le lierre et la vieille dame&#8230;</title>
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		<pubDate>Fri, 12 Mar 2010 14:48:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mo</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Tweet Belle... La maison l'était, on le devine sous la verdure qui au fil des années l'a accaparée... Elle connut de jeunes printemps, exposant sa façade au soleil de toutes les saisons, quand un matin, d'un bout de terre sèche une jeune pousse de lierre pointa le bout d'une feuille au coin de l'arête de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="bottomcontainerBox" style="border:1px solid #808080; border-radius:5px 5px 5px 5px; box-shadow:2px 2px 5px rgba(0,0,0,0.3);background-color:#F0F4F9;">
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			</div>			
			</div><div style="clear:both"></div><div style="padding-bottom:4px;"></div><p>Belle... La maison l'était, on le devine sous la verdure qui au fil des années l'a accaparée...</p>
<p>Elle connut de jeunes printemps, exposant sa façade au soleil de toutes les saisons, quand un matin, d'un bout de terre sèche une jeune pousse de lierre pointa le bout d'une feuille au coin de l'arête de l'un de ses murs. Personne ne s'en inquiéta, elle s'enhardit donc, se lançant à l'assaut du dit mur, étirant ça et là de minuscules ramures, s'accrochant à la moindre fissure...</p>
<p>Puis, avisant un lilas appuyé sur le côté, lança une de ses frêles tiges à l'assaut d'une de ses branches. De là, se mit en tête de conquérir un saule geignard pour mieux parvenir à s'accrocher aux grilles du portillon en fer forgé. De la pointe de la grille le bourgeon devenu lierre fila sur le côté, pris ses aises certain qu'il était de ne pas être dérangé... A partir de là, tout ou presque lui fut permis... Au fil du temps s'étoffant, ses feuilles firent une tonnelle sous laquelle passaient de rares invités.</p>
<p>La façade avait pris de l'âge et semblait bien s'accommoder de cet hôte envahissant qui camouflait élégamment l'usure de sa peinture.</p>
<p>Tandis que la plante inexorablement progressait, le jardin avait depuis belle lurette pris l'allure d'une savane dont la faune sauvage se résumait à quelques chats de gouttière bien renseignés sur les habitudes qu'avaient ici les souris...</p>
<p>La demeure avait abrité différents propriétaires, mais les derniers s'y étaient un temps davantage attachés, domptant à grand renfort de sécateur le trop de feuillage printanier s'agrippant partout dans un harmonieux désordre.<span id="more-524"></span></p>
<p>Jamais cette maison ne fut bruyante, une seule gamine y jouait sagement en grandissant choyée par ses parents. Mais bientôt elle ne résonna plus de ces murmures familiaux. Sans un mot plus haut que l'autre la famille se désagrégea quand l'homme les quitta pour une de ses jeunes maîtresses et ne revint pas.... La petite épuisa son chagrin dans ses livres d'école, s'inscrivit plus tard à la faculté et devint professeur d'anglais.</p>
<p>Elle fut le mien deux années durant.</p>
<p>Une naturelle distinction émanait de cette femme à l'élégance sobre. Encore belle et lumineuse comme celles qui n'ont de rides qu'à force de sourire. Elle nous appelait "Mesdemoiselles",  promenant un regard amusé sur les jeunes lycéennes que nous étions et qu'elle rendait timides, nous l'écoutions respectueuses et attentives comme rarement nous réussissions à l'être ailleurs...</p>
<p>Exigeante mais juste. Elle ne nous parlait la plupart de temps que dans la langue de Shakespeare et nous rivalisions pour qu'elle nous gratifie d'un encouragement ou d'un compliment.</p>
<p>Puis la vie m'a happée, et je l'ai perdu de vue.</p>
<p>Bien des années plus tard je l'ai croisé chez une vieille amie. Le plaisir de nous revoir fut réciproque et de loin en loin nous déjeunions ensemble. Elle ne s'était jamais mariée et ne s'était remise ni du départ de son père  ni de celui d'un homme qui, lui, n'avait jamais réussi à quitter sa femme...</p>
<p>Elle dégageait la même classe teintée d'une aisance courtoise, la mine bienveillante et charmeuse.</p>
<p>Je ne l'ai connue que pimpante, l'œil coquet et les lèvres ourlées. Elle portait souvent un chapeau, de ses feutres distingués posés sur des cheveux qu'une mise en plis avait sagement discipliné.</p>
<p>Elle continua d'habiter la maison après avoir perdu sa mère. Elle y entretint ses souvenirs au milieu des meubles et des bibelots qui avaient accompagné son enfance fracassée, ultime fidélité à tous ceux qui trop souvent l'avaient quitté.</p>
<p>Jamais elle n'envisageât de toucher au lierre qui ne s'était pas privé de prospérer jusqu'à faire disparaître la maison sous sa frondaison.</p>
<p>Au dernier étage le battant d'un volet en bois tape au moindre coup de vent et reste à moitié fermé quand il est tombé. Un morceau de frise déchiré s'effondre de la bordure du toit. L''eau de pluie y ruisselle trop souvent et  rouille la dentelle de fer blanc.</p>
<p>Il m'arrive certains soirs en passant, d'apercevoir au coin d'une fenêtre aux cadre de bois gris, la lumière tamisée d'une lampe d'opaline perruquée d'un abat-jour de percale, et je l'imagine assise tout près, s'occupant à vieillir toujours aussi aimablement...</p>
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		<title>Rosemary&#8230;</title>
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		<pubDate>Sun, 07 Feb 2010 16:25:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mo</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Tweet Dimanche 07 février 2010. Il est un peu plus de midi. Le ciel est aussi lourd que je le suis d'un chagrin de plus. Le cimetière est aussi désert qu'il puisse l'être à cette heure d'un dimanche de février. Des maisons alentours ne parvient aucune résonnance. Les façades ici semblent avoir pris le deuil [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="bottomcontainerBox" style="border:1px solid #808080; border-radius:5px 5px 5px 5px; box-shadow:2px 2px 5px rgba(0,0,0,0.3);background-color:#F0F4F9;">
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			</div><div style="clear:both"></div><div style="padding-bottom:4px;"></div><p>Dimanche 07 février 2010.</p>
<p>Il est un peu plus de midi. Le ciel est aussi lourd que je le suis d'un chagrin de plus.</p>
<p>Le cimetière est aussi désert qu'il puisse l'être à cette heure d'un dimanche de février. Des maisons alentours ne parvient aucune résonnance. Les façades ici semblent avoir pris le deuil pour toujours. La neige l'aurait allégé de cette lassitude brumeuse et humide, mais elle a fondu en larmes qui mêlées aux nôtres laissent les allées de graviers creusées de ravines et de flaques d'eau grises.</p>
<p>Qui n'en connaîtrait pas le chemin le trouverait aisément en ramassant les pétales de fleurs qui jonchent le passage où il y a seulement quelques heures les plus proches des tiens t'accompagnaient silencieux et accablés jusqu'à la tombe familiale.</p>
<p>Ce matin, une cascade de fraicheur recouvre pudiquement la pierre. On ne peut plus lire les noms de ceux qui reposent avant toi sous la lourde dalle tant les bouquets et les gerbes se bousculent dans un pastel de glaïeuls, de gerbéras, de roses et de tulipes mêlées de verdures sensées resister plus longtemps à la froidure. N'émerge de cette brassée flamboyante qu'un prénom aux dorures délavées, celui de ton gamin foudroyé auquel tu n'auras survécu que parce qu'il le fallait bien, jusqu'à ce qu'épuisée de t'en convaincre, tu ne préfères le rejoindre...</p>
<p>J'ai eu peine à m'endormir hier soir, imaginant la nuit envelopper ta tombe de sa mantille noire. Malheureuse de ne savoir t'éviter cette définitive solitude, privée de la lumière des jours, de la blancheur des lunes et de nos quatre saisons. Pas un arbre, pas un buisson où quelque moineau courageux pourrait venir se percher à meilleure embellie... J'ai peine à te savoir immobile à jamais sous cette pesanteur, toi à la blondeur si fragile...</p>
<p>Ce cimetière sans âme qu'un souffle puissant balaye comme pour en chasser la pauvre chaleur que nous tentons de te conserver...</p>
<p>Je ne participe pas à la gabegie de phrases de circonstance, je ne sais si la mort soulage les uns d'une vie que la souffrance rend intolérable, les autres de l'impuisssance qu'ils éprouvent à ne pas avoir réussi à vous la rendre à nouveau supportable...</p>
<p>Je ne sais si tu es mieux sous ce masque de cire dont le dernier soupir accable, je ne sais rien qui puisse m'apaiser, je ne veux surtout rien pour toi de ces banalités faites pour rassurer ceux qui restent, je leurs préfère mes souvenirs et le silence, la retraite et l'intimité de mon chagrin.</p>
<p>Il me faudra du temps...</p>
<p>Je voudrais pour toi des mots légers qui rendraient ton départ moins insupportable, mais s'ils existent ils ne viendront que plus tard, quand j'aurai pris la détestable habitude de ne plus espérer t'apercevoir au coin d'une rue, quand je comprendrai réellement pourquoi tu es aux abonnées absentes et que j'aurai le courage d'admettre qu'une part de moi t'a manqué...</p>
<p>Je ne garde pour ce soir que la fine pluie qui perle tes bouquets, que le ciel assorti à la couleur de ma peine, que la lourdeur de cette sépulture qui ne te ressemble pas, je ne retiens ce soir que la lenteur de ton premier jour à l'ombre de ta vie...</p>
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		<title>Un matin, en me réveillant&#8230; (Juin 2005)</title>
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		<pubDate>Sun, 11 Jan 2009 19:46:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mo</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Tweet Ce matin, en ouvrant les yeux, j'ai pourtant bien reconnu notre chambre. Les murs tapissés de ce vieux papier jaune et blanc, si pâli par le soleil qui jadis inondait la pièce. Je dis jadis, quel été maintenant serait assez lumineux ? Cependant, le soleil la baigne toujours, dès son lever, pour presque toute [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="bottomcontainerBox" style="border:1px solid #808080; border-radius:5px 5px 5px 5px; box-shadow:2px 2px 5px rgba(0,0,0,0.3);background-color:#F0F4F9;">
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			</div>			
			</div><div style="clear:both"></div><div style="padding-bottom:4px;"></div><p>Ce matin, en ouvrant les yeux, j'ai pourtant bien reconnu notre chambre.</p>
<p>Les murs tapissés de ce vieux papier jaune et blanc, si pâli par le soleil qui jadis inondait la pièce. Je dis jadis, quel été maintenant serait assez lumineux ? Cependant, le soleil la baigne toujours, dès son lever, pour presque toute la matinée.</p>
<p>Je vous l'assure, cette chambre n'a pas changé.</p>
<p>L'armoire est toujours là , Maman nous l'avait donné il y a quelques années : plus assez de place alors que chez nous...  Si jolie petite armoire en bois ! Elle a dû en voir des gens s'aimer. Et tant de piles de draps bien repassés, pliés et rangés. Elle en est encore remplie d'ailleurs, ouvrez-là , vous le constaterez !</p>
<p><span id="more-83"></span></p>
<p>La petite table n'a pas changé de place, avec joliment posé dessus, la boîte à  secrets, quelques jolis verres anciens en cristal taillé, une pochette à  mouchoirs en satin brodé.</p>
<p>J'avais alors de l'idée, du goût, du plaisir à  décorer pour rendre ce lieu chaleureux...</p>
<p>Je me suis levée, j'ai caressé du regard cette pièce qui soudain m'a parue étrangère. C'était la  nôtre, évidemment... J'ai dit c'était...</p>
<p>J'ai ainsi fait le tour de la maison.</p>
<p>J'ai observé avec curiosité chaque meuble, chaque objet. J'ai cherché dans le pli des rideaux un souvenir que j'aurais oublié. J'ai respiré l'odeur de ma maison. Je n'y retrouvais pas ce que j'y cherchais. Même l'air avait changé !</p>
<p>Et puis mes yeux n'ont plus bien vu ce qui m'entourait. Je pleurais doucement, sans l'ombre d'un sanglot. Mais chaque larme était une douleur qui me brisait le coeur.</p>
<p>Je le savais, cette maison était la mienne, et si tout semblait pareil, tout avait changé quand même.</p>
<p>Tous ceux qui lui donnaient son âme l'avaient quittée.</p>
<p>Pierre et Pauline d'abord. Mais quoi de plus naturel quand on a dix sept ans et des projets plein la tête ! Et toi mon Amour ? Tu l'avais pourtant tellement voulue cette maison ! Elle représentait tant d'heures de travail, tant de rêves et d'espoirs ! Elle était ta réussite. C'était le cadeau bonheur que tu nous faisais, pour toujours... On y croyait sans doute...</p>
<p>Le destin en a décidé autrement.</p>
<p>Où es-tu ce matin ? Sans doute encore plus loin que dans cet hôpital entouré de verdure où tu erres au milieu d'autres hommes aussi perdus que toi.</p>
<p>Cette maison n'a plus que moi.</p>
<p>Mais moi, je la quitte aussi, par petits bouts. Je n'y vis plus partout. Certaines pièces sont si bien rangées qu'on voit bien que personne n'y met plus jamais les pieds. Bien des volets sont fermés. La chaleur, bien sûr, ce mois de Juin est déjà  si chaud !  Mais aussi comme si l'on y veillait un mort...</p>
<p>Les  pièces sont fraîches et silencieuses. Oui, je crois bien que cette maison n'a plus d'âme, sinon celle de son Passé...</p>
<p>Il y a, si on écoute bien, comme un écho, comme un murmure noyé dans le silence : le souvenir des rires de nos enfants, de leurs cavalcades dans l'escalier, quelques airs de musiques, et tous ces bruits qui la rendaient joyeuse.</p>
<p>Il y a cette odeur... Cette odeur de maison fermée, où, j'ai beau chercher, je ne retrouve plus l'odeur de « chez nous ». Pourtant il fut un temps où la cuisine nous savait comment nous réunir à  l'heure des repas, exhalant tous les fumets salés et sucrés que je pouvais imaginer... J'aimais vous étonner, ou tout simplement voir votre mine réjouie en soulevant le couvercle d'une marmite odorante...</p>
<p>Alors, le parfum des bouquets de lilas, de pivoines, le "silence" des marguerites ou des hortensias, tous ces jolis bouquets du jardin que j'aimais poser ça et là , vous pensez bien...</p>
<p>J'ai voulu aller jusqu'au bout de ma peine. J'ai ouvert la porte fenêtre qui m'offrait le jardin à  perte de vue. Quel magnifique jardin !</p>
<p>Abrité par des arbres plus que centenaires, il étalait sa verdure en ce début d'été. Une brise légère faisait bruisser leurs feuilles. L'herbe folle, qui n'était plus tondue  depuis longtemps, offrait sa fragilité au vent.</p>
<p>Ce jardin non plus n'était plus le même. Peut-être encore plus beau qu'avant, abandonné à  lui-même, riche d'une histoire familiale de plus, les graviers des allées engloutis, les rosiers devenus églantiers, le petit banc de bois et la table de pierre, le vieux bassin recouvert de mousse. Où sont donc passés les pensées, les géraniums ?</p>
<p>Je me suis assise sur le bord du bassin, de là  j'ai bien tout regardé, comme si tout allait s'effacer, et j'ai pleuré...</p>
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