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	<title>Mot à  Mo &#187; mémoire</title>
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		<title>Culpabilité&#8230;</title>
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		<pubDate>Fri, 19 Mar 2010 13:52:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mo</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Tweet Vous l'avez fait... A force de vous l'entendre annoncer, à force d'arriver à temps pour vous empêcher de le faire ou d'user notre vocabulaire à vous persuader de ne pas en arriver à cette extrémité, nous avions curieusement oublié que tout pouvait quand même encore arriver... Et voilà, cette fois vous l'avez vraiment fait !... [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="bottomcontainerBox" style="border:1px solid #808080; border-radius:5px 5px 5px 5px; box-shadow:2px 2px 5px rgba(0,0,0,0.3);background-color:#F0F4F9;">
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			</div><div style="clear:both"></div><div style="padding-bottom:4px;"></div><p>Vous l'avez fait...</p>
<p>A force de vous l'entendre annoncer, à force d'arriver à temps pour vous empêcher de le faire ou d'user notre vocabulaire à vous persuader de ne pas en arriver à cette extrémité, nous avions curieusement oublié que tout pouvait quand même encore arriver...</p>
<p>Et voilà, cette fois vous l'avez vraiment fait !...</p>
<p>Vous vous êtes consumés à lutter contre ces démons qui vous harcelaient sans relâche à vous convaincre que rien n'allait bien. Défaits avant même d'avoir combattu, vous aviez renoncé... Plus rien n'accrochait votre regard, habitués que vous étiez à cet avenir sans douces échappées. Rien ne vous surprenait, le pire même vous semblait le plus probable.</p>
<p>Vous aviez usé tous vos amis, rares étaient ceux qui trouvaient encore quelque argument à vous proposer que vous aviez tôt fait de repousser...</p>
<p>Des heures, parfois des nuits à tenter de vous rassurer, à trouver des solutions dont vous ne vouliez pas entendre parler...</p>
<p>L'ivresse au bord du coeur vous perdiez l'équilibre, les mots s'échouaient sur vos lèvres fatiguées, mille bras n'auraient pas suffit à vous retenir... Votre envie profonde était de tomber...</p>
<p>On vous quittait soulagés d'échapper à l'emprise que vous tentiez de nous imposer, votre douloureuse exigence essorait ce qu'il nous restait de tendresse ou d'amitié... Depuis longtemps plus rien ne servait à rien...</p>
<p>Persuadés que personne ne pouvait vous comprendre, ce fut un perpétuel chassé-croisé entre vos attentes et nos impuissances...<span id="more-506"></span></p>
<p>De plus en plus souvent vous succombiez à l'étourdissement d'un verre et vous finissiez par vous endormir sur le coin d'un canapé. Nous vous laissions à vos certitudes, épuisés nous allions quelques heures, quelques jours, récupérer l'énergie dont vous nous rançonniez une fois réveillés...</p>
<p>Insidieusement vous confondiez mal-être et lucidité, nous reprochant de ne plus vous suivre dans la torpeur de vos idées noires, votre malheur finissait par nous indisposer tant nous ne trouvions rien à lui opposer !</p>
<p>Et vous nous laisseriez céans comme des abrutis qui n'auraient rien compris ? !...</p>
<p>Non ! Non ! Et non ! Il n'y avait rien à concevoir que nous n'ayons pas essayé d' imaginer !</p>
<p>Ne nous reprochons pas de ne pas vous avoir donné ce dont vous ne vouliez pas !!!</p>
<p>Chacun à notre façon nous avons tenté de vous protéger.</p>
<p>Vous avez défié la mort si souvent qu'un jour c'est elle qui vous a pris au mot. Peu importe quelle fut son imposture, La Parque ne se laisse séduire qu'une fois, un seul instant a suffit...</p>
<p>Nous aurions mieux supporté que vous partiez d'une "vraie" maladie, de celles qui semblent mériter plus que la votre d'être "longue et douloureuse"... Au moins nous serions nous sentis épaulés par la médecine qui aurait tout tenté pour vous sauver...</p>
<p>Au lieu de ça, il aura fallut des années durant vous voir vous désagréger sans aucune des raisons que nous aurions pu faire nôtres... Le cancer de l'âme nous laisse certains de n'avoir pas épuisé toutes les possibilités de vous garder en vie...</p>
<p>Ne soyons pas fallacieux, notre chagrin se suffit à lui-même, nul besoin de l'alourdir d'une fausse culpabilité ! Je ne vois rien que nous ayons à justifier ! C'est la camarde qui chaque fois nous laisse démunis et face à notre propre crépuscule...</p>
<p>Nous ne trouvons pas mieux que vous encenser pour nous consoler, mais vous n'étiez pas davantage que ce que nous étions ! Ne nous commettons pas à flatter votre mémoire, gardons de vous le souvenir d'êtres aussi imparfaits que nous le sommes !</p>
<p>La culpabilité ne sert ici qu'à se flageller, comme si pour se pardonner il fallait souffrir autant que vous avez souffert, c'est oublier un peu vite la part de douleur et de désespoir que nous avons subi dans ces tragédies !</p>
<p>Et si Quelque Part aujourd'hui ne reste de vous, sublimés d'une perception ultime et éternelle, que l'essentiel de ce que vous fûtes parmi nous, gageons que vous y ayez enfin trouvé l'apaisement que vous recherchiez tant. Je veux croire que vous ne souhaiteriez pas nous voir accablés par ce vain désarroi qui ne tendrait qu'à vous retenir là où vous ne souhaitiez plus être...</p>
<p>Seule la maladie a guidé votre choix, ne nous rendons pas coupables d'évènements dont nous n'avons jamais eu la maîtrise...</p>
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		<title>Prendre soin&#8230;</title>
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		<pubDate>Tue, 02 Mar 2010 17:00:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mo</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Tweet Prendre soin... De l'hiver qui s'étire et pose un bonnet de laine sur les premiers jours de Mars... D'une éclaircie qui parfois déchire les nuages et nous improvise un printemps de fortune dont la douceur rassure nos espoirs... De cet ami perdu de vue qu'on croise au hasard d'une rue où l'on n'a pas [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="bottomcontainerBox" style="border:1px solid #808080; border-radius:5px 5px 5px 5px; box-shadow:2px 2px 5px rgba(0,0,0,0.3);background-color:#F0F4F9;">
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			</div><div style="clear:both"></div><div style="padding-bottom:4px;"></div><p>Prendre soin...</p>
<p>De l'hiver qui s'étire et pose un bonnet de laine sur les premiers jours de Mars...</p>
<p>D'une éclaircie qui parfois déchire les nuages et nous improvise un printemps de fortune dont la douceur rassure nos espoirs...</p>
<p>De cet ami perdu de vue qu'on croise au hasard d'une rue où l'on n'a pas d'habitudes...</p>
<p>D'une soirée glaciale sur les gradins d'une patinoire presque déserte, où, le temps d'un match de hockey, la claquement du palet contre les balustres a ranimé des silhouettes et réveillé ma mémoire...</p>
<p>De l'arôme du café qui s'acoquine à l'odeur des croissants frais posés sur la table du bistrot, et du froissement des pages du journal qu'on feuillette avant d'aller travailler.</p>
<p>De la douceur de la couette quand on s'y glisse pour la nuit, de l'éponge tiède au sortir de la douche, de l'écharpe bleue qui réchauffe le col de mon pardessus.</p>
<p>Du sourire de la caissière du supermarché ou de l'affabilité d'un client moins pressé qui me laisse passer.</p>
<p>Du poids d'un panier rempli des légumes du marché et du fumet de poulet rôti qui aiguise l'appétit...</p>
<p>De l'odeur d'encre violette qui s'échappe de mes vieux cahiers où s'est glissé un buvard de velours tout tâché de mes essais, de celle piquante de naphtaline dans la penderie du grenier qui protège des habits qu'on ne remettra plus, ou de celle amère et mouillée de mon petit chien qui rentre du jardin...</p>
<p>De la trace d'un parfum familier au creux de la maille d'un gilet qu'on garde comme la relique d'un bonheur défunt...  </p>
<p>D'un soupir échappé d'une caresse, d'un sourire rescapé d'une chamaille, du frisson de bonheur quand je t'attends sur le quai venteux de la gare et que le train enfin s'arrête dans un crissement stridents d'essieux...</p>
<p>De cette faveur inespérée que la vie nous fait en nous proposant de continuer le chemin tous les deux, et de ce quotidien qu'on pourrait broder de tendres habitudes...</p>
<p>De ces jours qu'on vit comme une routine, de tous ces petits bonheurs que chaque matin donne sans compter mais qu'on ignore tant ils nous semblent légitimes...</p>
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		<title>Médiocrité&#8230;</title>
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		<pubDate>Thu, 05 Nov 2009 18:06:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mo</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Tweet Ou comment certains se réapproprient l'histoire afin d'éviter d'avoir trop d'état d'âme... L'originale n'étant pas très flatteuse à leur égard, il leur apparaît sans doute plus simple de l'écrire d'une autre manière, d'y ajouter ça et là quelques touches personnelles qui la rende crédible par quiconque n'a pas entendu la première. Puis le temps [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="bottomcontainerBox" style="border:1px solid #808080; border-radius:5px 5px 5px 5px; box-shadow:2px 2px 5px rgba(0,0,0,0.3);background-color:#F0F4F9;">
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			</div><div style="clear:both"></div><div style="padding-bottom:4px;"></div><p>Ou comment certains se réapproprient l'histoire afin d'éviter d'avoir trop d'état d'âme...</p>
<p>L'originale n'étant pas très flatteuse à leur égard, il leur apparaît sans doute plus simple de l'écrire d'une autre manière, d'y ajouter ça et là quelques touches personnelles qui la rende crédible par quiconque n'a pas entendu la première. Puis le temps passant, à force de chercher à en convaincre les autres, l' invention leur paraît tellement plus plausible que la version avérée que ces menteurs finissent par eux-mêmes y croire, s'offusquant à l'idée que leur interprétation puisse être contredite !</p>
<p>Si certains sujets n'étaient pas si graves, si certains chagrins n'étaient pas si lourds, on pourrait sourire de cette  facilité choisie pour s'éviter d'avoir des remords...</p>
<p> Hélas, certaines histoires ne supportent pas le plagiat, d'autant qu'il n'a rien de ludique mais qu'il n'est qu'une imposture !</p>
<p>Ces gens là en oublient leur devoir de mémoire puisqu'ils le travestissent pour s'y vautrer plus confortablement...</p>
<p>Faute d'avoir le cran de se regarder dans une glace, ils préfèrent se voiler la face et en vouloir à ceux qui les ont mis devant leur médiocrité. Bêtise et méchanceté vont le plus souvent de paire, les dissocier relève de l'utopie.</p>
<p>S'il est souvent impossible de rester de marbre devant leurs mensonges, chercher à les confondre est vain...</p>
<p>Si par malheur il doit encore m'arriver de croiser de ces médisants plein d'aigreur, d'avance je me fais la promesse de ne plus jamais perdre d'énergie à rétablir une vérité qu'ils n'ont pas le courage d'affronter.</p>
<p>Alors, si en lisant ces lignes vous vous sentez visés, relisez les si vous avez un doute, mais je vous confirme que c'est bien de vous dont je me suis inspirée, et soyez certains que depuis longtemps déjà je vous ai oublié !...</p>
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		<title>1949 &#8211; 2005</title>
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		<pubDate>Fri, 28 Aug 2009 07:15:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mo</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Tweet Les cimetières avaient un autre air avant toi. Je ne les détestais pas, m'y promener ne me dérangeait pas plus que ça. J'y trouvais même comme un apaisement. Silencieux par essence et pourtant bruissants de toutes parts ;  le feuillage des arbres bercé par la brise, mouillé sous l'averse, le pépiement des oiseaux... Souvent posés [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="bottomcontainerBox" style="border:1px solid #808080; border-radius:5px 5px 5px 5px; box-shadow:2px 2px 5px rgba(0,0,0,0.3);background-color:#F0F4F9;">
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			</div>			
			</div><div style="clear:both"></div><div style="padding-bottom:4px;"></div><p>Les cimetières avaient un autre air avant toi.</p>
<p>Je ne les détestais pas, m'y promener ne me dérangeait pas plus que ça. J'y trouvais même comme un apaisement. Silencieux par essence et pourtant bruissants de toutes parts ;  le feuillage des arbres bercé par la brise, mouillé sous l'averse, le pépiement des oiseaux... Souvent posés aux abords d'un village ou d'une ville, recueillant les effluves sonores de la vie qui plus loin s'agite encore... Résonnants de la mémoire de tous ceux qui, contraints, l'habitent pour longtemps... Témoins de tant de chagrins et pourtant semblants sereins sous l'alignement des granits et le tracé des allées...</p>
<p>Non, ils ne m'ennuyaient pas plus que ça.</p>
<p>Voilà maintenant que tu en habites un... J'ai aujourd'hui une douloureuse raison de m'y rendre.</p>
<p>Depuis des mois j'y vais très souvent. Peut-être espérant y retrouver une trace de toi, y sentir ta présence alors que partout ailleurs tu t'obstines à t'en aller... Mais plus j'y vais plus je reste persuadée que ce n'est pas là que tu es. Non, tout ce silence, ce ne peut être toi. Cette tombe ne me rapproche pas de toi... Il faut que mes yeux heurtent les lettres de bronze qui écrivent ton  nom pour qu'un instant seulement je réalise que c'est bien toi qui est là. Mais tout aussitôt l'angoisse de ton absence s'éteint, car ce n'est pas ici que j'ai du chagrin.</p>
<p>Il avait tant neigé ces jours là qu'on ne distinguait plus les allées et à peine les tombes. Du revers de la main j'ai balayé l'épaisse couche cotonneuse qui recouvrait la tienne. Comme pour que tu puisses mieux respirer... La rose blanche que j'avais posée sur la pierre avait pris des couleurs de terre. J'ai renoncé à découvrir davantage ta nouvelle adresse. Cette neige tombée fraîchement te faisait un édredon de flocons et je me suis bêtement dit qu'il te tiendrait chaud...</p>
<p>Quelques jours plus tard, revenant sur mes pas, la neige avait fondu. Ne restaient que ces gouttes d'eau qui telles des larmes glissaient en silence sur le granit vert. Un timide soleil d'hiver s'évertuait à les sécher sans y parvenir. La douceur de l'air se voulait comme une tendre consolation. J'ai eu pour un instant l' impression que mieux que les humains la nature comprenait mon chagrin...</p>
<p>A Bernard,</p>
<p>Le 28 Août 2009 - Quatre ans -</p>
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		<title>Comme une dentelle&#8230;</title>
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		<pubDate>Fri, 07 Aug 2009 13:52:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mo</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Absence]]></category>
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		<description><![CDATA[Tweet Elle nous quitte doucement, elle nous quitte à reculons... Elle m'ouvre sa porte, son visage s'illumine  - "Ah te voilà, toi !" - Pour cette fois encore elle m'aura reconnue... Les joues encore rondes d'une jeunesse lointaine, le visage enroussi quoique les années n'en aient pâlit la peau à peine flétrie, le regard bleu [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="bottomcontainerBox" style="border:1px solid #808080; border-radius:5px 5px 5px 5px; box-shadow:2px 2px 5px rgba(0,0,0,0.3);background-color:#F0F4F9;">
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			</div><div style="clear:both"></div><div style="padding-bottom:4px;"></div><p>Elle nous quitte doucement, elle nous quitte à reculons...</p>
<p>Elle m'ouvre sa porte, son visage s'illumine  - "Ah te voilà, toi !" -</p>
<p>Pour cette fois encore elle m'aura reconnue...</p>
<p>Les joues encore rondes d'une jeunesse lointaine, le visage enroussi quoique les années n'en aient pâlit la peau à peine flétrie, le regard bleu délavé de trop de larmes à avoir dû verser...</p>
<p>Un sourire en forme d'excuse quand elle parle de son âge. Faut-il que Saint-Pierre ait  tant à faire pour lui avoir laissé accumuler jusqu' ici tant de printemps qui, sans pitié, deviennent des novembres de froidure...</p>
<p>Des yeux qui s'étonnent de tout, qui souvent encore s'émerveillent, des yeux aux aguets qui s'évadent parfois si loin de nos contrées, des yeux fatigués, des yeux près de bientôt se fermer...</p>
<p>Des mains toutes gantées de plissures, des mains comme une fine porcelaine veinée, des mains qui se tâchent d'indigo pour dénoncer la douleur, des mains tremblantes d'impuissance ou d'anxiété...</p>
<p>Une mémoire mariée depuis un moment au Passé, une mémoire infidèle qui ne flirte avec le Présent que pour aussitôt l'oublier...</p>
<p>Une mémoire en dentelle de  soie qui s'effiloche, une mémoire lassée d'elle-même qui préfère se réinventer...<span id="more-242"></span></p>
<p>Depuis quelques semaines ses cheveux sont un peu moins bien coiffés, cette coiffeuse, qui, dit-elle, se moque d'elle et lui fait n' importe quoi...</p>
<p>Elle se maquille un peu, quand elle y pense, ou quand elle ne croit pas l'avoir déjà fait...</p>
<p>Aussi gaie qu'un pinson quand une invitation lui permet de sortir de son appartement.</p>
<p>Elle rentre de vacances.</p>
<p>François l'avait emmené à Hendaye dans la maison où il y a peu encore elle vivait avec Amédée, son deuxième mari.</p>
<p>Mais elle ne parle que du Pont où habitaient ses grand-parents. Elle nous raconte que la maison n'a pas changé, mais s'étonne que la famille l'ait déserté... Elle y a croisé plein de gens inconnus, cependant fort sympathiques, qui organisaient chaque jour des conférences intéressantes...</p>
<p>Elle se plaint qu'il y ait eut beaucoup de remue-ménage, qu'il y ait eu trop de passage, que tout ce bruit et cette agitation l'ont un peu fatiguée. Elle n'en revient pas que les grands-parents tolèrent ça... Mais déjà elle n'y attache plus d'importance, et passe à autre chose...</p>
<p>La plage ?</p>
<p>Ah oui, bien sûr elle y est allée, nous dit-elle le regard plein de questions... Mais les enfants surtout, ils étaient si contents...</p>
<p>Mais la plage... C'est à Hendaye, pas au Pont...</p>
<p>Alors elle se tait...</p>
<p>Le cimetière ? La tombe d'Amédée ? Elle a perdu deux maris... Jean, Amédée... Qui donc est là-bas enterré ? Non, elle n'a pas eu le temps, d'ailleurs à peine étaient-ils installés qu'il a fallut rentrer...</p>
<p>Non, vraiment, ce voyage était mal organisé, et le séjour bien trop court...</p>
<p>Quinze jours...<!--more--></p>
<p>Elle est contrariée ce matin : tous les magasins sont fermés ! Les commerçants ne sont plus ce qu'ils étaient ! On est Dimanche ? Non ? Ah bon...</p>
<p>Et puis triste, parce qu'elle ne m'a pas vue depuis longtemps... La dernière fois c'était... Hier... Bien sûr, tu travailles maintenant...</p>
<p>Elle me regarde. L'espace d'un instant son regard s'est éteint, où s'est-elle égarée, sous quel voile d'oubli a t'elle pu cacher mon visage, son absence pèse lourd quand enfin elle me retrouve et me sourit...</p>
<p>La conversation s'épuise, elle pense à autre chose, et quand son regard ainsi se perd, on ne sait plus si c'est encore ici qu'elle est, ou bien dans ce monde parallèle qu'elle construit lentement  autour du nôtre...</p>
<p>Ma Marraine, ma tendresse... Pourquoi faut-il que le Passé s'oublie ou qu'à l'heure de bientôt se quitter, tu me vois autre et si peu à mon avantage ?</p>
<p>Souviens-toi, s'il te plait, souviens toi par pitié...</p>
<p>Comment te convaincre que je n'ai pas changé, comment te dire que ta mémoire te joue un vilain tour...</p>
<p>Marraine, je souffre tant de te voir t'en aller avec cette idée de moi qui ne me ressemble pas...</p>
<p>Marraine, ne t'en vas pas comme ça....</p>
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