Mot à  Mo J'aime les mots et écrire, même maladroitement

21mai/100

Crépuscule à Port Bara…

La vague montante déferle sur le rocher ensablé et lave la pierre, le reflux tire l'eau en arrière, elle glisse comme une ombre et disparait sous le sable.

Le soleil rasant sur le sablon humide rend chaque cailloux précieux tant la lumière les rend étincelants. De petites méduses bleues portées par la houle se sont échouées et pigmentent la plage.

L'empreinte éphèmère de nos pas s'imprime dans l'arène. Le vent d'est habille le silence et contrarie le rouleau qui se couvre d'écume. Un rocher coiffé d'algues vertes accueille un cormoran qui sèche ses plumes en écartant largement ses ailes. Le ciel a blanchi tandis que nous observons les sternes tutoyer la crête des vagues avant d'y plonger tels des épées pour aussitôt en émerger et filer dans l'air le bec serré sur une pêche.

Sur le bord de la plage deux gamins jouent avec un ballon et manquent de l'envoyer à l'eau. Ils pataugent dans les baïnes, leurs bas de pantalons en restent humides et se raidissent de sel.

Leurs cris sont emportés par les risées et résonnent sous la falaise de granit mouillée par la marée, autour d'eux  les goëlands rivalisent de virtuosité en ballets aériens.

L'après-midi s'épuise, l'océan s'éloigne, nous marchons là où il y a peu encore nous n'aurions pas eu pied, la lumière pudiquement se voile  pour bientôt s'offrir à l'horizon...

28avr/100

Dire la Bretagne…

Aussitôt me vient l'idée de l'océan.

L'océan qui habille les côtes de vent et d'embruns, qui se pare de toutes les couleurs du jour ou de la lune, l'océan de silence ou de vacarme , qui, même au plus calme de ses heures dégage cette invincible  puissance...

Une eau dont les pigments se marient à  l'humeur des nuages,  des flots qui se cabrent et crachent leur colère si le soleil se cache...

Le soir souvent s'en emparant le farde d'une poudre de nacre, tandis qu'inéluctablement l'astre flamboyant y trempe ses rayons. Bientôt il s'y noit tout entier laissant la marée inexorable onduler sans répit...

Eau profonde armée de patience, qui fait du plus âpre rocher le plus doux des cailloux, qui flotte le bois et sculpte le continent...

Naviguant au large portés par l'abysse, voiliers ou chalutiers, navires ou bâtiments militaires, aucun n'échappe au vertige de l'onde sombre. Ballotés comme fétus ils savent leur précarité, la houle les berce ou les massacre...

Au bord de la plage, tels ces grains de sables qui jadis furent brisants et n'ont pas resisté, nous apprenons l'humilité...

Ivres d'espace et de vent salé, insatiables de ce silence bruyant et du fracas des vagues, nous nous sentons vivants !

12mar/100

La maison, le lierre et la vieille dame…

Belle... La maison l'était, on le devine sous la verdure qui au fil des années l'a accaparée...

Elle connut de jeunes printemps, exposant sa façade au soleil de toutes les saisons, quand un matin, d'un bout de terre sèche une jeune pousse de lierre pointa le bout d'une feuille au coin de l'arête de l'un de ses murs. Personne ne s'en inquiéta, elle s'enhardit donc, se lançant à l'assaut du dit mur, étirant ça et là de minuscules ramures, s'accrochant à la moindre fissure...

Puis, avisant un lilas appuyé sur le côté, lança une de ses frêles tiges à l'assaut d'une de ses branches. De là, se mit en tête de conquérir un saule geignard pour mieux parvenir à s'accrocher aux grilles du portillon en fer forgé. De la pointe de la grille le bourgeon devenu lierre fila sur le côté, pris ses aises certain qu'il était de ne pas être dérangé... A partir de là, tout ou presque lui fut permis... Au fil du temps s'étoffant, ses feuilles firent une tonnelle sous laquelle passaient de rares invités.

La façade avait pris de l'âge et semblait bien s'accommoder de cet hôte envahissant qui camouflait élégamment l'usure de sa peinture.

Tandis que la plante inexorablement progressait, le jardin avait depuis belle lurette pris l'allure d'une savane dont la faune sauvage se résumait à quelques chats de gouttière bien renseignés sur les habitudes qu'avaient ici les souris...

La demeure avait abrité différents propriétaires, mais les derniers s'y étaient un temps davantage attachés, domptant à grand renfort de sécateur le trop de feuillage printanier s'agrippant partout dans un harmonieux désordre.

25déc/080

Le Marionnettiste

Du panier en osier tressé a jailli un tout petit être tout de noir habillé, le museau tout plissé, brandissant un balai de paille d'une main assurée. Il époussetait le bord du panier avec un air affairé, de temps à  autre relevant le visage et nous observant d'un regard étonné.

Il s'avisa d'un géant debout derrière lui... Pas plus surpris qu'on l'eut imaginé, il le toisa et, timidement caressa ses doigts, puis ses poignets, doucement et de plus en plus effrontément, jusqu'à  approcher son menton, voire ses lèvres, et prenant de l'assurance là  où l'immobilité continuait à  régner, s'enhardit à  frapper de plus en plus fort ses joues mal rasées ! ...