Vous me faites tous bien rire…
Vous me faites tous bien rire...
La lucidité n'est que le début du désespoir.
Ou est-ce le désespoir qui rend finalement plus clairvoyant ?
A quoi bon vous expliquer ? Je vis en parallèle dans un monde qui frôle le votre. Mais vous n'avez pas encore assez réfléchi pour simplement le soupçonner... Ce que vous voyez n'est que le reflet de votre propre image, vous ne pouvez distinguer le faux du vrai...
Pour me comprendre, il faudrait que vous connaissiez ma vie, que vous ayez su mes rêves, mes espoirs et mes fragilités... Il aurait aussi fallut qu'au moins ce soir vous ayez pu surprendre un de mes regards...
Epargnez moi vos sermons, je prends bien garde à ce que mon verre soit à moitié plein, mais l'ivresse ne parvient plus à masquer toutes mes peurs...
Pour me comprendre, il faudrait qu'en dormant vous soyez déjà inquiets à l'idée de vous réveiller, que chaque matin ne vous soit plus qu'une sourde angoisse. Que cette trouble inquiétude creuse votre ventre, monte inexorablement jusqu'à votre gorge et s'en saisisse comme un étau pour vous y garder prisonnier.
Il faudrait que vous soyez vous-mêmes enfermés, ligotés, incapables de vous évader de cette prison d'émotions. Que comme un noyé vous éprouviez ce que c'est de lutter contre un courant qui vous submerge et vous empêche de respirer...
Pour me comprendre, il faudrait que vous ne soyez plus qu'une fatigue, que le moindre geste exige de vous un effort si considérable que vous ayez renoncé à le tenter... Que ce désarroi pèse si lourd que l'idée même de vous lever vous paraisse une incongruité...

