Mot à  Mo J'aime les mots et écrire, même maladroitement

31mar/100

Un clic et…

"Suggérer" un nom, un prénom...

Un clic et... Surprise...

Une photo s'affiche dévoilant un visage familier...

C'est lui ! Bien sûr, des années ont passé, et il serait vain de tenter de les ignorer. Quelques secondes à peine m'ont suffit pour apprivoiser ce nouveau regard sur mon passé. C'est lui...

Un clic pour défier le temps et parier sur nos souvenirs... Pour prendre le risque de n'y trouver que le regret d'avoir voulu confronter la fraîcheur de nos dix sept ans à nos automnes fatigués...

Et ce clavier qui aspire mes doigts, quelques mots qui s'alignent timidement  pour tenter de renouer un dialogue interrompu alors qu'on avait encore la vie devant soi...

Revenir en arrière, effacer un mot, chercher celui qui traduira le mieux à la fois l'envie et le l'inquiétude... Hésiter, tout supprimer... Et recommencer...

Enfin trouver le tour qui convient, relire dix fois les deux ou trois petites phrases qui vont briser le silence, et les "envoyer" comme on lance un défi...

Attendre. Sans  trop vouloir y croire... Mais attendre quand même.

Lui faire vivre mille possibles destinées, l'imaginer surpris, amusé, contrarié de ce message inattendu... Regarder la photo, y retrouver un petit morceau de cet été adolescent, sourire en se souvenant de nos menthes à l'eau, de la plage et de la Pergola, se demander s'il fallait oser, trop tard, c'est fait...

Et puis bientôt découvrir sur l'écran la réponse qu'on espérait, oui, c'est bien lui, il est dit-il, bien vivant, et heureux lui aussi de ces retrouvailles inespérées... Suivent quelques chiffres pour se parler au bout d'un portable et quarante ans s'effacent derrière une voix qui n'a pas pris une ride...

La réserve des premières phrases cède bientôt la place au plaisir d'évoquer des souvenirs qui se consolident au fur et à mesure qu'ils surgissent au coins de nos mémoires...

 Nous ne sommes plus l'un pour l'autre, que le lien fragile qui nous relie à la chimère d' une jeunesse  intemporelle et embellie au fil du temps qui passe sur nos vies...

Et si l'émotion ne traduit que la nostalgie d'une belle saison , qu'importe, l'espace d'un moment, je me suis rapprochée de ces jolis printemps...

21jan/100

L’été indien…

Elle préfère ne pas lui donner d'âge, ça la vieillirait davantage...

Il se dégage de sa jeunesse une élégance rare.

Elle s'étonne de la simplicité avec laquelle il s'adresse à elle, comme s'il ne s'était pas aperçu du nombre d'étés qu'elle avait déjà traversé...

Elle pense à lui sur la pointe des pieds pour ne pas risquer de briser cette fragile complicité...

Il ne se passe entre eux rien que la lucidité ne puisse envisager, mais elle frissonne quand il la regarde, honteuse de ce désir d'un autre âge...

Étonnée d'avoir déjà tant vécu, naufragée d'une génération fanée, elle n'en finit pas de peser les années qui l'espace d'une nuit compteraient double...

Elle interroge sans fin son miroir qui pour toute réponse lui renvoie simplement son image...

A-t-il simplement une idée de l'empire qu'elle lui concéderait si seulement il y songeait?

Elle y laisse toute son assurance tandis qu'il semble innocent du charme qu'il promène au bout de son sourire, elle se découvre timide, ne trouve plus ses mots ou les bredouille dans un pauvre murmure...

Sa peau halée à peine ombrée d'une barbe naissante ne réussit pas à l'envieillir, elle ne peut s'empêcher d'imaginer la sienne, douce encore, trouver refuge auprès de ses printemps ardents...

Elle craint qu'il n'ait senti sa faiblesse et qu'amusé il en joue, à moins qu'attendri par tant de puérile maladresse il ne s'interroge sur la candeur de ces femmes qui ne retiennent de leur âge que celui qui sied à leurs émotions...

Elle parle d'île déserte et de paillote au soleil pour oublier qu'ici le ciel est bas et gris, il répond : "Seul,ça n'a pas vraiment de sens..." Elle sait tout ça très bien mais ne sait plus devant lui que prononcer des platitudes...

Il lui dit : "A bientôt, sûrement, je vous appelle, nous prendrons un verre ou un café..." Elle répond : "Peut-être, pourquoi pas ?..." mais pense : "Il n'appellera pas..."

Il s'en va sans se retourner alors que déjà elle supplie le hasard... Elle s'en veut de cette envie de lui, de son corps qui la trahit...

Il s'en va là où elle n'a pas sa place.

Au coin de la rue il n'aura retenu d'elle que sa quête pitoyable, il s'en moque et oublie même d'en rire puisqu'elle n'existe déjà plus...