Mot à  Mo J'aime les mots et écrire, même maladroitement

17juin/110

J’aurais aimé…

J'aurais aimé t'offrir ma jeunesse, la fraîcheur de ma peau dorée après les mois d'été, mes innocences et mes ignorances... J'aurais choisi une robe de lin blanc pour t'épouser dans une petite chapelle perdue au milieu des champs... J'aurais voulu qu'avec l'insouciance nous soit très vite venu un enfant... J'aurais rêvé qu'on s'installe dans une grande maison qu'on aurait habillée de bonheur et d'éclats de rire... Nous l'aurions meublée de projets et remplie de jolis souvenirs...

La vie a eut pour nous d'autres desseins... Il nous aura fallut des années et bien des chagrins pour qu'enfin elle fasse se croiser nos chemins... Sans rien renier du passé qui nous a façonné, sans regretter nos  premiers émois, nos amours ou nos désillusions, voilà qu'à nouveau nous nous inventons un tendre et même avenir. Comme à vingt ans rien ne nous semble impossible... Comme à vingt ans nos coeurs battent la chamade et nos corps se conjuguent... Si l'âge, sans doute, laisse sur nos visages la trace de son passage, si au fil du temps il n'a pas cessé d'y dessiner notre histoire, il n'a pas oublié non plus d'y laisser l'empreinte de nos rêves les plus fous, ni celle, radieuse, d'y croire à nouveau.

Les automnes ne sont pas moins ardents, regardez comme en Septembre la nature flamboie ! Ne souriez pas jeunes gens, il vous apparaitra un jour, à vous aussi, combien l'Amour a le pouvoir de relever les plus las, d'alléger les tristesses, d'illuminer certains crépuscules...

A tous ceux qui s'aiment, pour un jour, un an ou une vie... Pour ceux qui trébuchent, se relèvent et recommencent...

7avr/110

Les pieds dans l’herbe…

Parce que l'herbe cernait le chemin, tentant ça et là de grignoter le macadam effrité,

Que le sol herbeux rendait ma démarche souple et légère,

Parce que le soleil donnait au vallon la lumière d'un printemps flamboyant,

Qu'alentours tout n'était que floraisons et gazouillements,

Les champs ondoyant sous un vent léger, alors qu'au pré broutaient vaches ou agneaux de lait,

 Je me suis souvenue combien cette terre me manquait...

Loin de mon village, là-haut sur mon plateau entouré d'arbres et de verdure, ma petite maison prend souvent l'allure d'une campagne... De grands sapins l'abritent ou la menacent au gré de l'humeur des saisons, Avril colore le verger, les senteurs partout s'échappent des froidures hivernales. Mais la ville plus bas bougonne, les fumées et les relents inlassablement tentent de gravir la colline pour la salir... C'est une interminable querelle de voisinage, une lutte sans merci...

La nature ici n'a plus tous ses droits... Des jardiniers la domptent à coups de cisailles ou de sécateurs, il n'est plus jamais question de forêts mais de parcs aux allées policées, les fleurs sont sommées de ne pousser qu'alignées sur des massifs bêchés, partout l'ivraie a été sinon anéantie, du moins apprivoisée...

L'horizon est tout aussi maîtrisé, rarement dégagé, réduit à quelques rangées de toits bornés de pylônes. Si la rivière réussit à se débarrasser des brumailles matinales et polluées, il arrive que la perspective s'étire jusqu'aux collines bleutées. Me manquent l'azur posé sur l'étendue verdoyante entre les vallons, les courants d'air ou la lourdeur du ciel avant l'orage... Me manquent les silhouettes penchées sur les sillons, l'écho des aboiements s'élevant de la cour des fermes, l'odeur âcre du lisier couvrant celle douce amère du forsythia...

Le temps d'une promenade champêtre me rejoint ma jeunesse à contre-jour, une bouffée de nostalgie m'évoque l'envie de rebrousser chemin, comme si l'histoire se laissait aisément réécrire, comme si à force d'y croire très fort le temps pouvait s'être immobilisé à l'heure de ce qu'on ne savait pas nommer bonheur...

31mar/100

Un clic et…

"Suggérer" un nom, un prénom...

Un clic et... Surprise...

Une photo s'affiche dévoilant un visage familier...

C'est lui ! Bien sûr, des années ont passé, et il serait vain de tenter de les ignorer. Quelques secondes à peine m'ont suffit pour apprivoiser ce nouveau regard sur mon passé. C'est lui...

Un clic pour défier le temps et parier sur nos souvenirs... Pour prendre le risque de n'y trouver que le regret d'avoir voulu confronter la fraîcheur de nos dix sept ans à nos automnes fatigués...

Et ce clavier qui aspire mes doigts, quelques mots qui s'alignent timidement  pour tenter de renouer un dialogue interrompu alors qu'on avait encore la vie devant soi...

Revenir en arrière, effacer un mot, chercher celui qui traduira le mieux à la fois l'envie et le l'inquiétude... Hésiter, tout supprimer... Et recommencer...

Enfin trouver le tour qui convient, relire dix fois les deux ou trois petites phrases qui vont briser le silence, et les "envoyer" comme on lance un défi...

Attendre. Sans  trop vouloir y croire... Mais attendre quand même.

Lui faire vivre mille possibles destinées, l'imaginer surpris, amusé, contrarié de ce message inattendu... Regarder la photo, y retrouver un petit morceau de cet été adolescent, sourire en se souvenant de nos menthes à l'eau, de la plage et de la Pergola, se demander s'il fallait oser, trop tard, c'est fait...

Et puis bientôt découvrir sur l'écran la réponse qu'on espérait, oui, c'est bien lui, il est dit-il, bien vivant, et heureux lui aussi de ces retrouvailles inespérées... Suivent quelques chiffres pour se parler au bout d'un portable et quarante ans s'effacent derrière une voix qui n'a pas pris une ride...

La réserve des premières phrases cède bientôt la place au plaisir d'évoquer des souvenirs qui se consolident au fur et à mesure qu'ils surgissent au coins de nos mémoires...

 Nous ne sommes plus l'un pour l'autre, que le lien fragile qui nous relie à la chimère d' une jeunesse  intemporelle et embellie au fil du temps qui passe sur nos vies...

Et si l'émotion ne traduit que la nostalgie d'une belle saison , qu'importe, l'espace d'un moment, je me suis rapprochée de ces jolis printemps...

21jan/100

L’été indien…

Elle préfère ne pas lui donner d'âge, ça la vieillirait davantage...

Il se dégage de sa jeunesse une élégance rare.

Elle s'étonne de la simplicité avec laquelle il s'adresse à elle, comme s'il ne s'était pas aperçu du nombre d'étés qu'elle avait déjà traversé...

Elle pense à lui sur la pointe des pieds pour ne pas risquer de briser cette fragile complicité...

Il ne se passe entre eux rien que la lucidité ne puisse envisager, mais elle frissonne quand il la regarde, honteuse de ce désir d'un autre âge...

Étonnée d'avoir déjà tant vécu, naufragée d'une génération fanée, elle n'en finit pas de peser les années qui l'espace d'une nuit compteraient double...

Elle interroge sans fin son miroir qui pour toute réponse lui renvoie simplement son image...

A-t-il simplement une idée de l'empire qu'elle lui concéderait si seulement il y songeait?

Elle y laisse toute son assurance tandis qu'il semble innocent du charme qu'il promène au bout de son sourire, elle se découvre timide, ne trouve plus ses mots ou les bredouille dans un pauvre murmure...

Sa peau halée à peine ombrée d'une barbe naissante ne réussit pas à l'envieillir, elle ne peut s'empêcher d'imaginer la sienne, douce encore, trouver refuge auprès de ses printemps ardents...

Elle craint qu'il n'ait senti sa faiblesse et qu'amusé il en joue, à moins qu'attendri par tant de puérile maladresse il ne s'interroge sur la candeur de ces femmes qui ne retiennent de leur âge que celui qui sied à leurs émotions...

Elle parle d'île déserte et de paillote au soleil pour oublier qu'ici le ciel est bas et gris, il répond : "Seul,ça n'a pas vraiment de sens..." Elle sait tout ça très bien mais ne sait plus devant lui que prononcer des platitudes...

Il lui dit : "A bientôt, sûrement, je vous appelle, nous prendrons un verre ou un café..." Elle répond : "Peut-être, pourquoi pas ?..." mais pense : "Il n'appellera pas..."

Il s'en va sans se retourner alors que déjà elle supplie le hasard... Elle s'en veut de cette envie de lui, de son corps qui la trahit...

Il s'en va là où elle n'a pas sa place.

Au coin de la rue il n'aura retenu d'elle que sa quête pitoyable, il s'en moque et oublie même d'en rire puisqu'elle n'existe déjà plus...