Mot à  Mo J'aime les mots et écrire, même maladroitement

7jan/110

Ouvrez-vos cahiers et prenez un crayon…

"Ce qui est passé a fui, ce que tu espères est absent, mais le présent est à toi !..." (proverbe arabe).

Cette fois ci encore l'année nouvelle dame le pion à celle qu'on nommera bientôt passée...

Jadis mes jeunes années égrenaient quatre saisons tandis qu'aujourd'hui elles me semblent souvent réduites aux tristes anniversaires qui bornent mes souvenirs...

Elles me paraissent plus courtes et pourtant comptent perfidement double, et c'est sans doute pourquoi j'avance si vite en âge...

Cependant la maturité estompant l'insouciance, le bel âge apporte parfois ce que la jeunesse refuse. Il faut admettre que le pire est une bonne raison d'apprécier le meilleur...

Et c'est ce que je m'applique à faire jour après jour...

Chaque fois qu'une tristesse voile mon âme ou qu'une contrariété freine mon entrain, je cherche l'antidote qui me soulagera  :

- Depuis ce matin le ciel est si bas que je risque d'en crever le plafond du bout de mon parapluie, qu'importe, me voici ravie d'étrenner mon nouvel imperméable, ou de chausser mes bottes rigolotes !

- Je suis fatiguée... Quel bonheur de pouvoir me glisser sous une couette chaude et douce, d'y savourer une tisane parfumée en terminant un joli roman...

- Mes projets tombent à l'eau... Quelle aubaine ! Je vais avoir le loisir de bricoler ou  au contraire, de ne rien faire !

- J'ai cassé un objet auquel je tenais... Eh bien, c'est peut-être le moment de le remplacer par quelque chose de plus adapté, dans l'air du temps, et qui sait, de faire bouger toutes ces choses posées depuis trop longtemps un peu partout dans la maison !

- Je n'ai pas un travail bien exaltant et l'ambiance du bureau est calamiteuse... C'est un peu difficile, mais dans le fond, tous ces gens n'ont peut-être pas la chance d'avoir une vie personnelle plus intéressante... Quand je sors de mon petit secrétariat  j'apprécie davantage le calme et la paix qui règnent  "chez moi" ! Et j'ai la satisfaction d'avoir plein d'amis autour de moi.

- Je n'ai plus l'aisance que j'avais autrefois... Il y a bien plus de jours dans un mois que d'argent à dépenser... Oui mais pas assez encore pour savourer chaque petit bonheur quotidien qui ne coûte rien !

Alors, que cette année soit ce qu'elle pourra être, mais souhaitez moi de savoir en apprécier chaque instant pour ce qu'il est... Je vous espère tous contents de pouvoir en démarrer une nouvelle tandis que quelques uns d' entre nous n'ont pas cette chance... Que leur souvenir nous soit un réconfort dans l'adversité, qu'il soit une raison supplémentaire de faire des projets ! Écoutons Jules Renard (1864/1910) : " Les projets sont les brouillons de l'avenir. Parfois il faut à l'avenir des centaines de brouillons !"

Bonne année à vous tous !

8oct/092

Une photo…

L'album était alors posé sur la petite table en merisier du salon, là où étaient déjà négligement installées quelques carafes, verres ou petits vases en cristal,  bric à brac rescapé d'un Passé qui s'est volatilisé...  J' y avais rangé dans un désordre organisé quelques photos qui racontaient presque trente ans de nos vies.

Sur certaines, ton visage qui respire l'avenir contraste avec celui dont la maladie t'affligeât quelques années plus tard. Je feuillette lentement ces pages meurtries d'avoir été si souvent tournées. Il y a longtemps que je ne compte plus ni en semaines ni en mois tout le temps que tu nous laisses en n'étant plus là...

25déc/080

L’Egaré

Je l'ai vu s'accroupir et glisser par terre, appuyer son dos voûté contre un des piliers de pierre taillée qui soutient les arcades de la Place des Vosges. Le visage fatigué, ridé bien plus que ne le méritait son âge, hérissé d'une barbe sombre et mal taillée, le regard égaré, cherchant en vain dans la foule bruissante quelqu'un à  qui parler...

Les genoux remontés contre son ventre creux, il portait des bottes de cuir noires, des bottes lourdes de motard, trouées par quelque chute de hasard. Il y avait enfermé ses pieds nus, noircis de la poussière des rues. Un chandail démaillé, un blouson démodé, un chèche autour de son cou enroulé lui donnaient une allure de routard perdu. Il avait ce soir là  ses cheveux presque propres, on les aurait dits soyeux alors que la veille encore ils étaient tout en noeuds. Il semblait happer de ses yeux tout ce qui passait à  proximité, il semblait avide de partager. Mais si beaucoup le regardaient, c'était pour s'en moquer, car le pauvre garçon même posé sur le sol pavé tanguait à  force d'alcool ingurgité. Ou était-ce drogue sniffée ? De toutes les façons, ses pupilles dilatées disaient son effarement. Il tentait en s'écarquillant, de saisir l' instant.