Le jeune homme tout en noir s'est assis à côté et lui parle tout bas, le vieil homme tout en blanc acquiesce ou ronchonne en mimiques silencieuses.
Il pointe son pinceau comme pour prendre la mesure d'un paysage qu'il dessinerait sur sa toile blanche, trempe sa brosse dans un pot de peinture laiteuse et dessine à grands traits l'idée qu'il se fait de notre monde.
Le jeune homme lui murmure un avis dont le vieux n'a que faire : prenant du recul il le toise d'un regard narquois, hausse les épaules et poursuit son oeuvre laborieuse...
La foule tout autour bruisse et sourit à l' impatience du vieillard qui devant son chevalet prend des poses d'artiste à grands renforts d'éclaboussures qui zèbrent la chemise du pauvre garçon...
Ses pantomimes s'accélèrent dans un désordre exalté, le pot se renverse et blanchit les graviers...
Il est temps de cesser le commerce, le jeune homme s' agace et chapitre le grand-père qui prend un air de contrition attendrissant... Les gens alentour lui ont déjà tout pardonné tandis qu'il s'incline vers eux la main sur le coeur...
Et le barbouilleur s'évanouit dans une dernière révérence au public conquis tandis que le marionnettiste a retiré ses mains du costume blanc du pantin...
Ce matin le ciel n'est plus qu'un chagrin... Le printemps s'est pudiquement retranché derrière des nuages gris et ose à peine pointer le bout de son nez... Seul un pâle rayon en s'en échappant réchauffe une tâche de primevères juste écloses sous la rosée du jardin...
Au moment où tout s'arrangeait...
Juste quand il n'y avait plus que du bonheur à partager...
Elle est partie si vite...
Un merle s'est posé sur le faîte d'un mélèze et s'égosille à nous convaincre qu' un nouvel Avril est pourtant là...
Alors je pense à toi Petite Fille, car l'oiseau m'a dit...
Qu'il fallait te laisser pleurer, que ces larmes étaient la seule façon de t'apaiser...
Qu'il ne fallait pas t'inquiéter de ne pas avoir eu le temps de lui dire merci,
De t'avoir donné la vie, d'avoir tout compris, tes erreurs et tes chagrins,
Tes choix, tes désirs et tes envies, une Maman c'est fait pour ça ...
Que désormais près de toi mon garçon saurait te dire tous les mots qui te soulageront et qui, venant d'autres que lui, te sembleraient maladroits...
Que son Amour, doucement, tendrement, te protégerait du vertige de cet abominable vide et que tu te sentirais sereine...
Orpheline...