Mot à  Mo J'aime les mots et écrire, même maladroitement

3mai/100

Un dégoût…

Qui êtes-vous donc, vous autres qui entrez dans un cimetière comme on rentre dans un supermarché ?

En faites-vous un premier tour pour mieux repérer de quoi fleurir à moindre prix votre jardin ?

Vous appropriez-vous aussi la tombe ? Faites-vous au moins mine de vous y recueillir un instant avant de vous pencher pour vous saisir d'un pot et  l'emporter nonchalamment ?

Je vous imagine repartir tranquillement les bras chargés et croiser des chagrins dans l'allée... D'aucuns pourraient même s'enquérir de qui vous amène ici et vous féliciter du soin que vous portez au fleurissement de vos défunts...

Je suppose pourtant qu'il faille que vous soyez costaud, je n'avais pu toute seule soulever ces petits arbustes jusqu'à la tombe de mon mari... J'espère au moins que vous avez eu un peu de mal à les transporter, que Diable tout devrait se mériter !

Je vous trouve bons goûts, puisque vous avez les miens, il est vrai qu'ils faisaient bel effet mes jolis buis tout ronds ! J'aime la sobriété, je les avais choisis bien verts et à la taille régulière pour agrémenter les flancs de la jardinière...

Oui, c'est mon mari qui repose là, depuis un peu plus de quatre ans déjà,  et mon papa aussi, depuis un petit peu  moins longtemps. Comme vous le constatez, ces dernières années ne m'ont pas épargnée...

Où  posez-vous ce que vous leur avez dérobé ? Sur le seuil de votre véranda, à côté de votre paillasson, à moins qu'au fil des mois vous n'ayez en projet d'allonger votre haie ?

Et quand vous les regardez, est-ce qu'au moins vous avez une pensée pour ceux à qui ils étaient destinés ?

3déc/090

Divorce…

Sa bouche dégouline d'aigreur et ses lèvres se crispent en un sourire vengeur tandis qu'elle me conte son malheur.

Son mari l'a quitté ! Après trente huit ans de mariage !

Et bien, ai-je pensé, il lui en aura fallu du temps pour se décider !

Elle martèle rageuse qu'elle le saignera à blanc !

Mon Dieu ! Moi qui pensait qu'on ne saignait que les cochons !...

Elle a aussitôt vidé tout ce que leurs coffres comprenaient d'euros accumulés, et replacé ailleurs de quoi survivre décemment à cette trahison ! Sous prétexte de trop travailler et de n'en avoir pas le temps, il l'avait depuis toujours laissé tout gérer, si bien qu'en la quittant il ne saura jamais de combien elle l'aura volé !...

Car s'il est parti, bien sûr, c'est "avec une autre". Qui, parait-il, n'est ni plus jeune ni plus belle... L'imbécile !

Comme si l'amour s'encombrait de compter les rides ou les années comme elle comptait chaque sou qu'il gagnait ! Elle parle sans s'arrêter de crainte d'oublier quelque méchanceté qui resterait coincée entre deux dents à pivot, lève le menton pour insister sur la ténacité qu'elle mettra à le briser.

Pauvre homme ! Devant telle rombière engoncée dans son manteau de laine, le cou serré d'un collier de perles aussi jaunes que son teint tout plissé, les doigts engourdis de trop de diamants sertis, on comprend qu'il ait pu préférer d'autres draps, fussent-ils aussi jolis !...

Elle qui racontait qu'à leur âge l'ennui les cernait, au moins la voilà occupée pour quelques années à lui faire payer cher l'envie d'aller butiner ailleurs !

Elle croit achever sa triste besogne en l'accablant d'une impuissance qu'elle avait depuis longtemps constaté...

Ouf ! Notre homme a donc retrouvé sa virilité... Son allure de mégère ne comblait plus ses fantasmes. Viagra ne peut tout remplacer !

Elle me quitte satisfaite d'avoir une fois de plus déversé sa haine et son mépris. Tournant les talons qu'elle a plats, elle ne cherche surtout pas à savoir si ma vie est jolie, fuyant l'idée que le bonheur ne se raconte pas...

Je m'en vais sereine sur mes escarpins, ses médisances et sa méchanceté l'ont finalement rattrapée...