Mot à  Mo J'aime les mots et écrire, même maladroitement

2déc/100

Marguerite…

Il m'a dit : "Tu n'as pas su...  Maman est morte..."

 Marguerite est morte... En Mars.

Pour quelques mois encore Marguerite avait eu cent ans. Ce jour là, il avait tenu à ce qu'elle soit une reine... Mieux vaut tard que jamais, Marguerite, de toute sa vie, n'avait jamais été une reine, si ce n'est dans sa cuisine ou dans son poulailler. Elle avait su se contenter de ce que la vie lui offrait. Or la vie lui offrait bien peu. Veuve depuis des années, elle s'était accommodée d'un quotidien chiche et de solitude. Elle avait délaissé depuis longtemps ses tricots dont plus personne ne voulait, laissant son regard se perdre dans la campagne qui, elle aussi, semblait doucement se passer d'elle... Ses journées s'épuisaient ainsi, à guetter le passage d'un facteur de plus en plus rare, à écouter l'horloge égrenner les heures et à attendre celle où le portillon grinçant annoncerait les visites quotidiennes qu'il ne manquait jamais de lui faire. Il craignait à chaque fois de la trouver tombée, blessée, il la voyait si petite et si fragile...

Sept enfants... Seuls deux lui étaient restés fidèles. Vous savez, dans beaucoup de familles c'est comme ça, les années sèment la distance, les différences, les petites et grandes jalousies... Autant de crève-coeur, pensait-il, qui l' avaient sans nul doute laissée fendillée, ébréchée, sans qu'aucune de ses tendresses ne réussissent à lui redessiner des yeux pétillants comme il aimait lui voir petit... Comme cette journée de fête où les cent bougies qui n'auraient pas tenu sur le gâteau d'anniversaire éclairaient  toutes les paumes tendues vers son sourire éberlué... Tous deux si proches et silencieux, laissant cependant quelques mots rugueux s'échapper d'une tendresse, ou une tape affectueuse ponctuer un élan pudiquement réprimé...

La maison est en vente au bout de la rue, vide, si vide, moins des ses meubles que d'elle qui avait voulu la quitter, laisser son "petit-dernier" s'habituer à continuer le chemin sans elle. "J'ai fait mon temps" disait-elle," ne vous occupez plus de moi" ... Mais s'il en était un de fidèle, c'était lui, qui n'avait rien ménagé qui  puisse lui donner quelques derniers petits bonheurs. Jusqu'au bout, allant chaque soir lui rendre visite à des kilomètres de là, dans une de ces maisons qui camouflent maladroitement le triste naufrage de toute vieillesse. Il tentait de l'interesser aux dernières nouvelles du village, s'extasiant sur le plateau repas qu'on lui servait tiède et presque à l'heure du goûter, l'incitant à souper pour y puiser de quoi vivre encore un peu, ça le terrorisait qu'elle puisse un jour s'en aller...

C'est arrivé.

A l'aube, il ne traverse plus la rue pour aller nourrir les lapins. Il se lève moins tôt, mais pour autant ne dort pas. Comment voulez-vous qu'il dorme quand toute sa vie il s'est levé dès potron-minet ? Et puis ça lui manque d'aller couper l'herbe encore pleine de rosée, même s'il se souvient que ça lui pesait de le faire quand il y était obligé... C'est terriblement ça la vie, on se prend parfois à regretter des choses plus par mélancolie que par véritable nostalgie...

Quand il passe devant la grande armoire qui a dorénovant trouvé sa place dans sa salle à manger, il se souvient d'elle et de son grand tablier, s'affairant à y ranger le peu de vaisselle qu'elle utilisait... D'ailleurs, il fut un temps où ce peu restait sur l'évier à s'égoutter de repas en repas... Et puis, s'il ouvre un tiroir, il se prend à caresser du bout des doigts les nappes de draps épais qu'elle avait brodé et qu'elle ne sortait qu'aux occasions qu'elle jugeait suffissement importantes pour risquer la tâche de vin ou de gras...

Elle lui manque... Cruellement... Tellement... Il a beau avoir soixante ans, c'était sa Maman...

1sept/100

Le bistrot de Jules…

La maison accoudée à la colline surplombe un creux de verdure parsemé de fermes et de hameaux isolés. Un parapet de pierres grises prolonge l'un de ses murs, quelques arbres fruitiers toisent la vallée, sur le devant on a goudronné quelques mètres carrés de terre battue où deux ou trois herbes folles s'obstinent encore à parader...

Une vieille table en fer rouillé est posée sur le bord d'une terrasse bucolique où quelques chaises vieillissantes accueillent en grinçant des habitués du café.

Quatre générations de limonadiers s'y sont succédés, servant grenadines, petits noirs, ou ballons de vin bon marché que venaient siroter les paysans et les villageois d'à côté.

Les temps ont bien changé, les champs ont un peu rétréci au profit de constructions disparates : au fil des années, des citadins enclins au retour à la terre se sont entichés de nature, trouvant l'odeur du lisier préférable à celle des pollutions urbaines... Quelques chalets côtoient des maisons mêlant le béton aux bardages de bois, donnant au coteau des allures de montagne. Tout autour de petits jardins rivalisent de ramées de haricots verts en rangées de laitues qu'on cerne d'anti-limaces bleu pétrole... Patates, tomates, choux, poireaux ou groseilliers fardent la campagne au fil des saisons. Les balcons se colorent de géraniums ou de pétunias qu'on arrose d'engrais, les massifs de zinnias débordent des grillages, les rosiers s'accrochent aux façades et frisent l'obésité, la forêt devient timide et grimpe un peu plus haut...

Un anneau de fonte ancré sur le côté du porche évoque les montures et les chariots qu'on y retenait le temps d'un verre ou d'un café, la porte de bois sombre reste ouverte toute la journée comme une invite supplémentaire à s'arrêter. Mais peu de chalands passent encore sur l'étroit ruban d'asphalte qui peine  parfois à ne pas redevenir un chemin.

Les gens ont autant changé que le paysage, ils fuient la ville mais ne cherchent guère à découvrir la campagne, et s'il leur arrive de croiser un de ces petits bistrots vieillots et plein de charme, ils leurs préfèrent hélas les brasseries sans âme qui, plus bas, éclairent la plaine de néons blafards et tremblotants... Les anciens ne hantent plus guère que les albums de photos noires et blanches ou les cadres posés sur le coin des vaisseliers dont leur descendance meuble de tristes appartements de banlieue ... 

18juin/091

Les trottoirs

Avez-vous déjà prêté attention aux trottoirs ?

Ils cheminent à la ville comme à la campagne.

Ils sont de bonne composition, s'adaptant au tracé des rues ainsi qu'à la construction des immeubles et des maisons.

Chez moi, il arrive par endroits, qu'après s'être allongé un bon moment, ils se redressent, comme soulevés par de petits hoquets, pour s'étrangler d'une arête de mur envahissant brutalement leur chemin !

Il faut dire qu'à la campagne ils ont déjà bien du mérite à s'installer !