Mot à  Mo J'aime les mots et écrire, même maladroitement

17juin/110

J’aurais aimé…

J'aurais aimé t'offrir ma jeunesse, la fraîcheur de ma peau dorée après les mois d'été, mes innocences et mes ignorances... J'aurais choisi une robe de lin blanc pour t'épouser dans une petite chapelle perdue au milieu des champs... J'aurais voulu qu'avec l'insouciance nous soit très vite venu un enfant... J'aurais rêvé qu'on s'installe dans une grande maison qu'on aurait habillée de bonheur et d'éclats de rire... Nous l'aurions meublée de projets et remplie de jolis souvenirs...

La vie a eut pour nous d'autres desseins... Il nous aura fallut des années et bien des chagrins pour qu'enfin elle fasse se croiser nos chemins... Sans rien renier du passé qui nous a façonné, sans regretter nos  premiers émois, nos amours ou nos désillusions, voilà qu'à nouveau nous nous inventons un tendre et même avenir. Comme à vingt ans rien ne nous semble impossible... Comme à vingt ans nos coeurs battent la chamade et nos corps se conjuguent... Si l'âge, sans doute, laisse sur nos visages la trace de son passage, si au fil du temps il n'a pas cessé d'y dessiner notre histoire, il n'a pas oublié non plus d'y laisser l'empreinte de nos rêves les plus fous, ni celle, radieuse, d'y croire à nouveau.

Les automnes ne sont pas moins ardents, regardez comme en Septembre la nature flamboie ! Ne souriez pas jeunes gens, il vous apparaitra un jour, à vous aussi, combien l'Amour a le pouvoir de relever les plus las, d'alléger les tristesses, d'illuminer certains crépuscules...

A tous ceux qui s'aiment, pour un jour, un an ou une vie... Pour ceux qui trébuchent, se relèvent et recommencent...

24juin/100

Le vieux peintre…

Le jeune homme tout en noir s'est assis à côté et lui parle tout bas, le vieil homme tout en blanc acquiesce ou ronchonne en mimiques silencieuses.

Il pointe son pinceau comme pour prendre la mesure d'un paysage qu'il dessinerait sur sa toile blanche, trempe sa brosse dans un pot de peinture laiteuse et dessine à grands traits l'idée qu'il se fait de notre monde.

Le jeune homme lui murmure un avis dont le vieux n'a que faire : prenant du recul il le toise d'un regard narquois, hausse les épaules et poursuit son oeuvre laborieuse...

La foule tout autour bruisse et sourit à l' impatience du vieillard qui devant son chevalet prend des poses d'artiste à grands renforts d'éclaboussures qui zèbrent la chemise du pauvre garçon...

Ses pantomimes s'accélèrent dans un désordre exalté, le pot se renverse et blanchit les graviers...

Il est temps de cesser le commerce, le jeune homme s' agace et chapitre le grand-père qui prend un air de contrition attendrissant... Les gens alentour lui ont déjà tout pardonné tandis qu'il s'incline vers eux la main sur le coeur...

Et le barbouilleur s'évanouit dans une dernière révérence au public conquis tandis que le marionnettiste a retiré ses mains du costume  blanc du pantin...

18fév/090

Blanc…

Blanc...

Rien que du blanc. Tout était blanc. Une infinitude de blancs...

Le brouillard enveloppait la montagne comme un drap posé sur le canapé d'une maison fermée.

Une brume d'ivoire partout s'effondrait noyant la forêt d'une marée de coton.

Une chape blafarde s'affaissait doucement sur la piste poudreuse où nous glissions sans horizon.

La neige accumulée sur les branches gelées donnait aux arbres l'immobilité d'un geste brutalement arrêté.

Partout un silence immaculé seulement rompu par le passage fluide de quelques skieurs effacés...

Serpentant entre ciel et terre, sans repère et perdant l'équilibre, nous tutoyions l'apesanteur...

Plus bas, la bruine devenait piquante et nous plissait les yeux. L'ouate s'effilochait percée de rares lueurs solaires.

La pente expirait doucement dans la pâleur des flocons, cette journée laiteuse avait la couleur d'une nuit blanche...