Je pense à vous Madame…
Ce soir un petit berceau tout habillé de lin occupe un coin de mon salon... Et je pense à vous, Madame...
C'est un petit lit de bois qui a déjà bercé deux générations. Dans quelques semaines, un petit bébé y dormira, ce sera un petit garçon, notre petit-fils, Madame...
Je ne doute pas que Chloé vous ai souvent parlé de ce tout nouveau bonheur, une Maman c'est tellement important dans ces moments là... On est si heureuse et si fière... Un peu inquiète aussi... On découvre son corps différent, tant de sensations nouvelles, d'interrogations, d'émerveillements... Je n'ai certainement pas répondu à ses attentes aussi bien que vous l'auriez fait, et puis vous savez, je crains toujours d'être maladroite ou inopportune... Mais c'est un vrai bonheur que de les voir s'aimer autant et partager si harmonieusement cette promesse... Dans ces moments là, je pense à vous, Madame...
Je n'habite pas tout près d'eux, mais j'essaye d'être présente, ni trop, ni trop peu... Un apprentissage parfois délicat... Et puis, on a de la chance, aujourd'hui, la technologie permet d'oublier la distance...
Chaque fois qu'ils arrivent chez moi ou que je vais chez eux, je suis tellement, tellement heureuse ! Alors forcément, là aussi, je pense à vous, Madame...
Je suis toute émue qu'ils aient bien voulu de mon vieux berceau... Toute à mon plaisir, j'ai proposé de le remettre en état. Je bricole un peu, et j'aime la couture aussi. Cet été, j'ai accompagné Chloé choisir le tissu de son choix, (un joli vichy "taupe" et "écru", ce sont des couleur à la mode, pleines de douceur, et qui pouvait convenir tout autant à une petite fille qu'à un petit garçon). Vous allez rire, mais plus d'une fois je me suis trouvée prétentieuse... Et l'exercice devint une gageure ! J'aurais aimé pouvoir le coudre avec vous, vos conseils m'auraient été bien nécessaires ! Plus d'une fois, en soupirant, j'ai pensé à vous, Madame...
Enfin, ce soir, j'ai noué le dernier ruban aux petits barreaux ouvragés, je ne suis pas mécontente d'avoir terminé... J'étais un peu inquiète à l’idée de ne pas réussir à l'achever à temps.... C'est que je pars dans deux jours le leur apporter !
Avec les petites chutes de tissu, j'ai même réussi à rhabiller un panier en osier dont je me servais pour poser quelques langes, crèmes et autres barboteuses près de la table à langer. Votre fille l'a trouvé ravissant et, en riant, m'a dit qu'elle allait le garder pour elle ! Je crois que tout ça lui fait plaisir... Alors, quand elle a ce si joli sourire et que je la vois heureuse, si vous saviez comme je pense à vous, Madame...
A Brigitte, ( + Avril 2010), pour Chloé...
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Puisque maman ne le rajoute pas, je me permets d'illustrer ce texte avec une photo envoyée hier soir sur notre téléphone a Chloé et moi :
Merci maman.
Dans quelques semaines mon gamin, tu seras Papa…
Comme toi je compte à rebours tous ces jours qu'il te faut encore attendre pour le prendre dans tes bras...
Avec sans doute un peu d'inquiétude tu imagines ce moment patiemment espéré où la douce Chloé t'appellera pour que très vite tu viennes la chercher pour la conduire à la Maternité...
Où que tu sois, ton cœur se mettra à battre un peu plus fort, rien ne saura te retenir de laisser en plan ce qui t'occupait urgemment l'instant d'avant, et tu partiras précipitamment vers la grande aventure de ta vie...
Quelque soit le trajet et le délai qu'il te faudra pour arriver à temps, tu frissonneras ou tu auras trop chaud, tu pâliras ou tu sentiras le rouge te monter aux joues... Tu haïras les embouteillages, et te connaissant, tu vas râler, t'énerver, klaxonner, rouler trop vite et forcément t'inquiéter de ne jamais arriver... Chloé te rappellera, te dira de ne pas t'affoler, que tu as encore du temps devant toi mais toi, bien sûr, tu ne la croiras pas...
Bon, attends toi à la retrouver la mine un peu défaite... Rien de grave, mais que veux-tu, quand bébé soudain se sent trop à l'étroit, il cherche la sortie et ne s'embarrasse guère de manières... Il prend son élan, pousse, tire, écarte pour faire son chemin, toutes choses parfois perturbantes et inconfortables pour celle qui neuf mois durant lui a servi de doux abri... L'ingratitude des enfants commence là...
Enfin, je passe sur les minutes ou les heures de travail dont il vous gratifiera afin d'être, s'il est possible, davantage encore attendu et d'arriver ainsi en pays conquis...
Un dernier effort et... dans un vagissement plein de vigueur, de soulagement, de colère et de bonheur, on posera sur le ventre de sa jeune Maman un petit gars de trois ou quatre kilos tous mouillés... ! Quelques secondes d'apesanteur, sans lieu ni heure, comme timides ou interdits, à n'oser le toucher... De vous trois, lequel sera le plus surpris d'être là ? Vous le trouverez beau, même s'il est tout fripé et rougeaud ! En quelques secondes d'émotions vous serez devenus parents, et toi mon grand, tu seras Papa !
Autant que tu t'y prépares : pour la tranquillité d'esprit, la sérénité, l'égoïsme, les loisirs ou les grasses mâtinées... Pour un moment, c'est fini ! En compensation, les nuits blanches, les couches à changer et le vomi sur l'oreiller... L'inquiétude dès qu'il pleure et une main sur son front brûlant...Mais si si, je te le promets, il y a aussi plein de bons côtés : le moment ou il va ouvrir ses petits yeux tous plissés, ce regard qu'on a envie de saisir pour l'éternité... Le premier sourire, qu'il fait aux anges mais qu'on prend évidemment pour soi... Cette douce chaleur blottie aux creux de tes bras, ou ce borborygme qu'on reçoit comme le plus beau des mots d'amour... Ce petit tout en sommeil au fond du berceau, cette grenouille qui gigote et qui sent l'eau de Cologne sur la table à langer... Cette toute petite main qui te cramponne du bout de ses tout petits doigts, cette confiance quand il s'élancera vers toi pour un tout premier pas, et ce tout premier "Papa" que tu n'oublieras pas...
Et toi, maintenant, que je regarderai doublement attendrie en découvrant mon fils, mon petit, tenant dans ses bras son enfant...
A Pierre, mon petit garçon devenu grand...
Petit Stroumph…
Vendredi 22 Avril 2011...
Quand ils sont arrivés très tard ce soir d'avril, les heures de route avaient compté double tant ils étaient impatients de me révéler leur doux secret...
A peine étaient-ils entrés qu'ils me tendaient un tout petit paquet... Dans un minuscule oeuf de Pâques rempli de paille dormait un bébé stroumph tout enrubanné...
Dénouant délicatement le ruban qui enlaçait le bébé bleu, quelques mots de satin s'emparèrent de mon coeur pour m'annoncer leur tendre projet : un petit bout de rien du tout s'annonce pour la fin du mois de Novembre...
Un petit poupon qui, sans vergogne va faire de moi une Grand-maman ! Mais le plus étonnant dans cette nouvelle aventure, c'est que ce soit maintenant au tour de mes enfants de devenir parents !... Ca alors, ça me chamboule ! Mon "petit garçon" responsable à jamais d'une vie ! ... J'ai passé le relais, sa douce Chloé en a fait un homme et bientôt un "papa"... Les années s'écoulent sans qu'on y prenne garde, me voici à l'automne de ma vie, riche d'un vécu qui me laisse forte, résistante, parce que consciente de la fragilité de nos existences.
Ce bébé qui doucement arrondit le ventre de sa jeune maman, ce bébé que j'aime tant déjà, ce bébé, moi aussi je l'attends... Ce petit enfançon, qu'il soit fille ou garçon, remplit mes jours d'avenir et me donne une impétueuse envie de vivre ! Merci mes enfants chéris, grâce à ce petit poupon, grâce à vous qui m'inventez une tendre famille, je n'ai plus peur de vieillir !...
A Chloé et Pierre, mes enfants...
Les mariés de Portivy…
Le café du petit port somnole au soleil d'une moitié d'avril. La chaleur nous laisse silencieux et nonchalants, cherchant quelque fraîcheur au fond d'un verre de menthe à l'eau. Posées sur la table trois ou quatre cartes postales s'interrogent encore sur leur destination et quémandent un peu d'imagination...
La marée basse laisse les bateaux gités sur le sable gras, des paquets d'algues aux vessies noires finissent d'y sécher tandis que les goélands se disputent quelque providentielle pêche aux relents douteux...
Quand un brouhaha fait son chemin jusqu'à notre terrasse... Des enfants courent jusqu'aux tables d' à côté, s'emparent de l'espace à force de rires et de tapage, bientôt nous voici entourés d'une famille endimanchée ! On nous prie de céder deux chaises où nous avions posé nos sacs et nos gilets, on nous fait les yeux doux pour se faire pardonner d'accaparer ce bout d'après-midi qui, jusqu'ici n'était que silence et douceur...
Enfin s'approchent les mariés... Un bouquet de jeunesse à l'orée d'un projet, elle, toute de grège vêtue, un petit paletot rose vif posé sur les épaules, la chevelure blonde libre de danser autour d'un visage d'où l'enfance n'a pas encore complètement disparu. Lui, déguisé d'un costume foncé, presque trop grand pour lui, comme si l'on espérait encore qu'il puisse grandir ! Ils se tiennent par la main, timides et empruntés, et sont accueillis par un chahut de tendresse et d'amitié. Une jeune fille tout en volants et dentelles apporte à la future épousée son bouquet de mariée : quelques églantines et marguerites blanches mélangées de fougères, enrubannées de tulle et de satin...
La tablée trop émue à l'heure de les accompagner à l'église préfère en plaisanter : "Eh, garçon, il est encore temps de dire non !" Blagues, bons mots, plaisanteries convenues, éclats de rire, on ne s'entend plus parler...
Des consommations leurs ont été enfin servies, et déjà un sirop d'orgeat s'est renversé ! On se presse d'aller rincer les éclaboussures sous le robinet... On s'extasie sur les risettes d'un bébé, qui, profitant de l'aubaine réclame davantage encore d'attention ! On le met debout sur la table et on s'amuse de le voir agiter ses petits pieds autour des verres déjà presque vides.
Une envolée de cloches se met à carillonner, l'heure est arrivée de rejoindre l'abbé. Tous se lèvent vivement en repoussant les chaises dans une cacophonie de métal et de bois traînés sur le ciment.
Nous les regardons s'éloigner sous le soleil, qui sait de quoi leur avenir sera fait ? Mais il me plaît de rêver qu'ils sauront mieux que d'autres se garder d'oublier pourquoi aujourd'hui ils ont tant envie de s'unir pour le restant de leur vie !...


